CHAPITRE XiV
L AMOUR d'une enfant
Pendant qu'à Paris on s'amusait, on riait, et que Ton ne s'occupait que de plaisirs, à Gagny, on s'ennuyait, on était triste et l'on versait des larmes. 11 en est souvent ainsi dans ia vie : le bonheur des uns ne s'acquiert qu'aux dépens du chagrin dei «Dires ; n'est-ce pas le payer trop cher! ... Si l'on réfléchissait
toujours sur les effets et les causes, on se repentirait quelquefois d'être heureux.
En revenant de Montfermeil, où Ton doit se rappeler que M. Gérondif l'avait envoyée, Louise, qui s'était aperçue qu'on n'avait cherché qu'à l'éloigner, avait demandé avec inquiétude où était Chérubin, et NicoUe, tout en pleurant, lui avait appris que celui qu'elle se plaisait à appeler encore son fieu venait de partir pour Paris avec plusieurs messieurs et de jolies dames, étrangères sans doute, à en juger par leurs costumes, ei qui étaient venues danser chez elle d'une manière qui ne ressemblait pas du tout aux danses du village.
Louise avait sangloté longtemps; son cœur était déchiré. Il y avait dans ce au'elle souffrait une peine plus forte que les autres: à quatorze ans et demi, une jeune fille peut déjà savoir aimer, €t, avec l'amour, la jalousie venait aussi d'arriver.
— Vous l'avez laissé partir ! disait Louise en pleurant ; mais ;1 avait promis cependant de ne jamais me quitter... Ces gens- .à l'ont donc emmené de force.
— Non, mon enfant, Chérubin est parti de bonne volonté, fort gaîment même, et presque en dansant avec ces petites pimpantes qui faisaient des pirouettes que ça tournait plus -ongtemps que les toupies de mes garçons, quand ils étaient des mioches.
Les pleurs de Louise redoublaient, et elle s'écriait :
— Pourquoi donc avez-vous laissé entrer ces vilaines femmeslà chez vous ? Oh ! je les déteste ces femmes-là !
— Dame ! ma petite, c'est un de ces messieurs qui les a amenées ; elles ont bu du lait comme de vraies chattes ! et puis elles ont dansé comme des cabris !
— Et Oliérubin est parti avec elles !... Oh I mais il revienura demain, n'est-ce pas, ma bonne mère?
— Espérons-le, mon enfant!
Mais le lendemain et plusieurs jours s'étaient écoulés sans ramener Chérubin au village. Louise était si triste que Nicolie oubliait son propre chagrin pour la consoler.
La jeune fille s'écriait à chaque instant :
— Mais il lui est peut-être arrivé quelque chose ! On le retient sans doute à Paris malgré lui ; car, sans cela, il serait déjà revenu. A.llons le chercher, ma mère, allons le chercher.
NicoUe lâchait de faire eatendre raison à Louise, en lui di-
— Écoi Le donc, ma petite, il y a déjà bien longtemps que M. Jasmin me répétait : « Il faut pourtant que mon jeune maître retourne à Paris; il ne peut poini passer toute sa vie en nourrice !... Si on savait qu'il est encore chez vous, on me gronderait. » Et un las de choses comme ça... Le fait est, mon enfant, qu'ordinairement on vous retire les nourrissons quand ils commencent à parler... à moins... à moins...
La bonne femme s'était arrêtée, car elle avait été sur le point de dire :
— A moins qu'on ne fasse comme ta mère, et qu'on ne les relire pas du tout.
Louise avait cet instinct du cœur qui sait lire au fond de l'âme; elle avait deviné la pensée qui étaii venue mourir sur les lèvres de Nicolle ; et lui pressant la main avec force, elle avait dit en sanglotant :
— On n'est pas revenu me chercher, moi, je le sais bien... Ma mère n'a })lus voulu de moi... et pourtant je ne pouvais pas <incore avoir été méchante alors... j'étais trop jeune... et sans vous... sans votre bonté... que serais-je devenue!... Ah! ma bonne Xicolle, comment se fait-il qu'une mère abandonne son enfant ? J'aurais tant aimé ma mère, et elle n'a pas voulu me reprendre... ni m'embrasser ! Ah ! c'est qu'elle est morte san» doute, sans cela je suis bien sûre qu'elle serait revenue me chercher... ou du moins me voir quelquefois.
— Oui, disait Nicolle en embrassant Louise ; tu as raison, ma petite, ta mère sera morte sans avoir eu le temps de te faire venir près d'elle... sans avoir pu dire peut-être où étaii son enfant... Eh ! mon Dieu!... on meurt si vite quelquefois!... Oh ! il faut que cela soit ainsi... Mais ne parlons plus de cela; lu sais bien que je n'aime pas que nous revenions sur ce sujet qui te rend toujours triste.
— Aussi, ma bonne Nicolle, je vous en parle rarement, quoique j'y pense presque sans cesse; mais du mo ns quand Chérubin était avec moi, cela me faisait oublier que je ne connais pas mes parents... Il me disait qu'il m'aimerait toujours... et lui aussi m'a abandonnée.
El après cet cnlrelien, Louise s'en allait au fond du jardin,
afin de pouvoir y pleurer à tfon aise ; Nicolle lui disait en vain :
— Il reviendra, ma chère enfant, il reviendra !
Le temps se passait, et l'on ne voyait pas revenir Chérubin.
Enfin, cédant aux instances de la jeune fille, un malin Nicnlli^ était partie avec elle pour Paris, et tout le long du chemin Louise répétait :
— Nous allons le voir... Je lui dirai combien je suis trisie loin de lui; je lui dirai que je pleure presque toujours, qu'il n'y a plus rien qui m'amnse au village, et il reviendra avec nous, ma mère; oh ! je suis sûre qu'il reviendra.
Nicolle secouait la tête d'un air de doute et murmurait :
— Enfin, nous saurons au moins s'il est content et s'il se porte bien; c'est le principaL
Elles étaient arrivées ainsi devant le vieil hôtel du faubourg Saint-Germain
— C'est là sa maison, avait dit Nicolle. Oh ! je la reconnais bcn ! — C'est là où je suis venue le prendre quand il était tout petit et tout maigre... tout chétif ! Dieu merci, j'en avons fait un beau garçon; et puis je sommes revenue Tamener plusieurs fois à son père, quand le vieux monsieur vivait encore.
Louise regardait avec surprise le vieil hôtel, dont l'aspect sévère et les murs noircis par le temps lui causaient presque de la frayeur. Cependant on était entré dans la cour, et Nicolle avait dit au concierge :
— Monsieur, je venons voir mon fieu... mon nourrisson... le jeune Chérubin, votre maître... Il nous a quittées pour venir ici... mais ça nous ennuie de ne pas l'avoir embrassé depuis longtemps; nous n'y tenons plus, et nous vlà.
Le concierge, qui a sa consigne, répond :
— Vous ne pouvez pas voir M. le marquis, mon maître, car il n'est pas à l'hôtel ?
— Il est sorti! Ah ben il reviendrai... Nous l'attendrons,
n'est-ce pas, Louise?
— Oh! oui, ma mère, nous l'attendrons, car il faut que noua le voyions, puisque nous sommes venues à Paris pour cela.
Le concierge reprend atec un flegme désespérant :
— Vous attendriez en vain; M. de Grandvilain est en voyage, il ne reviendra peut-être pas de dix ou quinze jours.
— En voyage ! s'écrie Louise; oh! mon Dieu... mais c'est hier»
ennuyeux !... Et où donc, monsieur, aequel côté est-fe loin?
— Mon maître ne me Tapas dit.
— Mais du moins, reprend NicoUe, seporte-l-il bien ?... est-il bien heureux?... s'amuse-t-il à Paris?
— M. le marquis jouit d'une parfaite santé.
— Mon Dieu !,.. mai<; pourquoi donc se mettre en voyage sans êire revenu nous voir?... Monsieur... esl-ce que ces jeunes daines étrangères qui dansent si bien voyagent avec... M. Chérubin ?
— Je ne pourrais pas vous dire.
Alors Nicolle et la jeune fille s'en étaient retournées à Gagny, bien tristes de n'avoir pu embrasser Chérubin; cependant la nourrice disait à Louise :
— C'est égal, nous savons qu'il se porte bien, et c'est beaucoup.
— Oui, ma bonne mère... et sans doute qu'au retour de ce -voyage il viendra nous voir, et s'il ne venait pas nous retournerions à Paris, car il ne sera pas toujours absent.
Mais les jours, les semaines s'étaient écoulés de nouveau sans que l'on entendît parler de celui que l'on aimait tant et que l'on attendait toujours. Vaincue par les prières et les larmes de Louise, Nicolle avait consenti à retourner encore à Paris, et ce second voyage n'avait pas été plus heureux. Seulement, cette fois, le concierge avait répondu que M. le marquis était allé passer quelque temps dans le château d'un de ses amis.
Alors les deux femmes étaient revenues plus tristes encore que la première fois.
— Ma chère enfant, avait dit Nicolle en pleurant aussi, je crois que celui que j'ai nourri ne veut plus me recevoir... Tu vois bien d'ailleurs qu'il nous a oubliées, puisqu'il ne vient plus au village et ne nous donne pas de ses nouvelles... Et, vois-tu, quand les gens de Paris ne veulent pas recevoir quelqu'un, ils font dire tout uniment qu'ils n'y sont pas !
— 0 ma mère ! vous penseriez que Chérubin ne veut plus nous voir... qu'il rougit de nous, peut-être?...
— Je ne dis pas ça, mon enfant, mais ce qu'il y a de certain, c'est que je ne retournerai plus chez lui à Paris... car on a dû lui dire que nous étions venues... et... s'il nous aimait encore, il me semble, à moi, qu'i' «serait bien vite accouru nous embrasser.
Louise n'avait rien trouvé à répondre; elle désirait défendre Chérubin dans l'esprit deNicolle, lorsqu'au fond du cœur elle ne conservait plus qu'une faible espérance. Depuis ce second voyag? à Paris, la tristesse de la jeune fille n'avait fait qu'augmenter* devant celle qui lui avait servi de mère, elle tâchait de dissimuler son abattement, son chagrin, mais, seule, elle s"y abandonnait avec une espèce de jouissance; car, dans l'extrême peine, c'est presque une consolation de n'être pas troublé dane ses rêveries, dans ses regrets, dans ses souvenirs.
Louise faisait comme tous ceux qui ont perdu un objet chéri, elle se rendait dans tous les endroits qu'elle avaii souvent visités, parcourus, admirés avec lui. En se retrouvant dans des lieux oij l'on a été heureux, il semble que l'on doive l'être encore : notre mémoire nous rappelle toutes les circonstances passées; les plus légères, les plus futiles deviennent précieuses quand elles ont rapport à la personne aimée. A force de s'identifier avec ses souvenirs, on croit tenir encore ce passé si regretté, le cœur s'ouvre à un sentiment de bonheur... Mais, hélas! qu'il dure peu!... Le présent revient avec son accablante vérité; on regarde autour de soi... on est seul... bien seul... on ne retrouve au fond de son âme qu'un vide affreux... et pas une joie pure dans Tavenir.
Un matin, Nicolle travaillait, Jarquinot dormait et Louise était dans le jardin, où, comme de coutume, elle rêvait à Chérubin, lorsqu'un monsieur entre dans la maison rustique en s'écriant :
— 0 séjour... agrestis et rusticus!... Je te salue... mais je ne te regrette pas... Je ne suis pas du goût de Virgile... je préfère la ville à la campagne.
Nicolle a poussé un cri de joie en reconnaissant M. Gérondif, et elle se hâte d'appeler Louise en lui disant :
— Viens donc vile, mon enfant, v'ià M. le maître d'école revenu... sans doute que Chérubin reviendra bientôt aussi.
C'était en effet le professeur, qui était mis avec beaucoup de recherche, qui avait un chapeau tellement luisant qu'il paraissait verni et sous lequel il était pommadé avec soin, qui portail des gants glacés et de l'eau de Portugal sur son mouchoir, mais qui avait le nez encore plus rouge qu'autrefois.
Louise eftt accourue. Jamais la présence de M. Gérondif ae
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lui aval l cau;é un tel plaisir; elle brûle et elle craint de lui parler, mais elle lui lend la main en balbutiant :
— Ah! quel bonheui, monsieur!... vous allez nous parler de lui. De son côte, M. Gérondif est resté en admiration à la vue de
la jeune fille, car il y avait déjà huit mois qu'il avait quitté Gagny, et cet espace de temps avait amené dans Louise un changement prodigieux, et tout à son avantage. Ce n'était plus une enfant, une adolescente; c'était une fille grande, bien faite, charmante, qui avait tout pour plaire, et à laquelle on aurait donné dix-sept ans et beaucoup d'amoureux.
— C'est extraordinaire! s'écrie le professeur, c'est magique assurément... quel changement satisfaisant!
Vou^ trouvez Louise grandie, n'esl-ce pas, monsieur? dit NicoUe.
— Grandie d'au moins douze centimètres... et les formes trèsamassées... très-palpables!...
— Mais Chérubin, monsieur, parlez-nous donc de Chérubin !... ce n'est pas de moi qu'il faut s'occuper. Va-l-il venir, monsieur?... Le verrons-nous bientôt?... Pcnse-t-il à nous?... En parlc-t-il quelquefois?...
— Est-il ben gras... ben portant... ben content, ce cher fieu?... et quand l'embrasserons-nous?... Pourquoi donc ne vieiii-il pas à Gagny?...
— .M. le marquis se porte fort bien, répond Gérondif en lorgnant toujours Louise. Vous demandez pourquoi il ne vient pas vous voir?... Mais, ma chère madame Frimousset, on voit bien que vous ne connai&sez pas la vie de Paris, et surtout la vie que doit mener un jeune homme du grand monde !... Mon élève (l'a pas un moment à lui : dès le malin il fait des armes, monte à cheval... chante, danse, lire la savate!... c'est à peine s'il a le temps de prendre ses repas; ensuite, il faut bien aller dans le monde, au spectacle, aux concerts, au bail... Comment diable voulez-vous qu'il trouve un moment pour venir dans ce village ?... C'est impossible!... Moi-même j'ai eu infiniment de peine à faire aujourd'hui ce voyage... j'ai été obligé de me presser pour déjeuner... et je n'aime pas à manger vite...
— Nous ne le verrons donc plus? murmure Louise, dont le cœur est redevenu bien gros et dont les yeux se sont emplis de Urmcs.
L'AMOURi::UX TRAxN'SI 135
— Je ne vous dis pas cela... adorable pastourelle!.., soalement je vous dis qu'il faut être raisonnable et ne pas exiger quf M. le marquis se dérange pour vous de ses importantes occujtations.
— Oh! je n'exigeons rien! Je serions ben encore relournéos à Paris pour le voir mais on nous dit toujours qu'il es* absent.
— Ne venez pas à Paris, vous prendriez une peine inutile; comment voulez-vous saisir au vol un jeune homme qui a cinq cents courses à faire dans la journée.
— (Jinq cents courses!... Eh ! mon Dieu, mais il doit s'éreinter, ce pauvre garçon I
— Est-ce qu'il va à pied!... Il est toujours en voiture ou à cheval et il va ventre à terre.
— Et il ne peut pas venir jusqu'ici !... dit Louise en poussant an gros soupir. — Et ces belles dames qui dansent si bien... il va les voir sans doute?
— Les danseuses!... fi donc! Et les mœurs!... On s'est
servi de ces baladines comme on se sert de l'aimant pour attirer une foule de choses, mais ensuite... retro^ Salarias!
— Enfin, pourvu qu'il pense un peu à nous! reprend Nicolle.
— La preuve qu'il pense à vous, dame Nicolle, c'est qu'il m'a chargé de vous remettre ceci... car il veut que vous soyez heureuse, que vous ne manquiez de rien... Et il est fort généreux, mon élève... Tenez, prenez... il y a là-dedans mille francs! C'est fort gentil.
En disant ces mots, M. Gérondif présente un sac d'argent à Nicolle. Celle-ci le prend en s'ccriant :
— iMille francs!... Oh! mais c'est trop, ça! mille francs... Ah! c'csL un beau cadeau; mais si j'avais pu l'embrasser avec ça, c'eût été ben plus agréable.
Jacqumot, qui vien'- ' t s'éveiller, regarde le sac d'argent ep balbutiant :
— Mille francs!... A .ïW sous le litre... combien donc que !,c: fait de tonneaux ?
— Et il ne vous a charge, de rien pour moi, monsieur? reprend Louise.
Puis elle ajoute bien vite en rougissant :
— Oh! monsieur, ce n'est pas un cadeau... de l'argent que j£ veux dire; maio un mot d'amitié, de souvenir... un mot qui me
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prouve qu'il ne m'a pas oubliée. Voyons, monsieur, rappeleivous donc.
M. Gérondif se gratte le nez et répond :
— Non, ma belle amie, le marquis, mon élève, ne m'a chargé de rien pour vous en particulier, mais il m'a dit de vous souhaiter à ous une bonne santé.
Louise pâlit et détourne les yeux. Le professeur s'approche d'elle, et lui dit alors à demi-voix :
-— ]Mais ne vous chagrinez pas, mia cara bella!... Si le marquis vous oubliait, il y a quelqu'un qui ne vous oubliera pas, qui veillera sur votre avenir et qui ne vous laissera pas végéter obscurément dans ce village. Patience, vous êtes encore bien jeune, quoique déjà parfaitement formée ; attendons un peu : Pénélope attendit longtemps le retour d'Ulysse, mais il arriva et tua les amants... Cet homme-là tirait parfaitement de l'arc!
Louise regarde M. Gérondif d'un air surpris et comme pour lui demander ce qu'il veut dire ; mais le professeur se retourne vers Nîcolle, en s'écriant :
— Maintenant, il faut que je vous fasse mes adieux.
— Quoi! déjà, monsieur Gérondif, sans rien prendre, sans vous rafraîchir?...
— Un coup de piqueton, dit Jacquinot en se levant, ça ne se refuse pas.
— Pardonuez-moi, mon cher Frimousseï, cela se refuse trèsfacilement; lorsqu'on est habitué comme moi à boire à Paris des vins excellents, maintenant votre piqueton me ferait mal à l'estomac.
— Mais qui vous presse donc pour partir si vite?
— Ma digne Nicolle, je sais qu'il y a des cailles en caisse au dîner d'aujourd'hui; c'est macemoiselle Turlurette qui me l'a dit, et ce serait me faire une malhonnêteté à moi-même que de ne point en prendre ma part. Au revoir, vertueux campagnards; Nicolle, veillez sur cette jolie perle... margarita... je vous la recommande; et vous, belle Louise, ne vous livrez pas au chagrin: votre avenir sera beau assurément! Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas! Je vous souhaite à tous une parfaite santé, el je cours à Villemonble prendre la voiture.
Kn disant cela, M. Gérondif adresse fi chacun un énorme sourire; il y ajoute pour la jeune fille un regard exlrêmemont chaud,
et s'éloigne en remetlant son chapeau luisant et ses gants glacés. — Il veut que je ne me livre pas au chagrin, se dit Louise lorsque M. Gérondif fut parti. Et Chérubin ne lui a rien dit pour moi!