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CHAPITRE XX

LOUISE A PAIUS

Quoique lancé dans le grand monde, quoique lobjet des coquetteries de plusieurs femmes dont on enviait la conquête, malgré les œillades des grisettes et les rendei-vous que lui

offraient les lorettes, Chérubin n'avait point oublié totalement le village et celle petite Louise près de laquelle il avait passé ses premières ann(^es.

Souvent il parlait de se rendre à Gagny pour revoir, pour embrasser sa bonne Nicolle; il avait chargé plusieurs fois M. Gérondif d'aller lui porter de ses nouvelles, en accompagnant cette commission de petits présents pour les habitants du village, et en lui recommandant de s'informer du sort de Louise. Le professeur faisait la commission à moitié : il allait à Gagny, il portait les présents, il dévorait des yeux la jeune Louise, qui embellissait chaque jour, puis il revenait dire à son élève que son ancienne compagne était toujours en Bretagne, où elle se plaisait tant, qu'elle ne voulait pas revenir chez Nicolle.

Cependant, la veille du jour où il avait été au Cirque avec Daréna, Chérubin avait encore parlé de se rendre à Gagny, et il avait annoncé positivement, devant M. Gérondif, que la semaine ne n'écoulerait pas sans qu'il allât revoir et embrasser sa nourrice.

Alors le professeur était devenu fort inquiet; il s'était dit:

— Si M. le marquis va à Gagny, il trouvera la jeune Louise, et par conséquent il verra que je lui ai menti. Il est capable de me chasser de chez lui; car, malgré sa douceur habituelle, il a des morrents où il est extrêmement emporté. Je ne me soucie pas de perdre une place de quinze cents francs dans un bel hôtel où je suis logé, nourri, dorloté, où mon emploi se borne à dormir, manger et réciter des vers à l'énorme Turlurette; de plus, si n»on élève revoit cette jeune Louise, il est probable que soa amour pour elle renaîtra... et cela contrarierait encore mes desseins, car celte peiile a allumé dans mon intérieur un brasier... Mes vues sont honnêtes, je veux en faire ma femme, je veut l'éiever à l'honneur de mon nom... Mais pour se marier il faut avoir quelques avances... En restant encore deux ans chez le marquis j'amasserai de l'argent, car je puis mettre de côté à peu près tout ce que je gagne; il ne s'agit que de mettre cette petite Louise en sûreté, afin qu'on ne me la souffle pas.

M. Gérondif a rêvé à cela toute la journée, et le soir, il est allé rêver à côté de la bonne Turlurette, qui lui fait goûter des fruits à l'eau-de-vie qu'elle sait faire dans la perfection; et pendant que le professeur se délecte sur une troisième prune, Is

vieux Jasmin, qui devient tous les jours moins ingambe, mais qui est de très-mauvaise humeur de ce que son maître ait pris un jeune jockey, entre chez la femme de charge, et lui dit :

— Est-ce que vous connailriez par hasard une femme de chambre qui fût sans place ?

— Pourquoi cela, Monsieur Jasmin ? demande mademoiselle Turlurette.

— Ah ! c'est parce que dernièrement j'avais élé attendre mon maître dans une réunion... Il me le défend toujours... mais cette fois-là son petit jockey était malade... j'en ai profité pour lu» mener le soir son cabriolet J'ai même accroché deux boutiques... Mais il y a des gens qui ne se rangent pas.

— Enfin, Monsieur Jasmin ?

— Enfin, en causant dans l'antichambre avec les domestiques qmse trouvaient là... et nous avons eu le temps... on reste si tard, à présent, dans les réunions!... Bref, il y a un qui a dit •

« Nous cherchons une ferhme de chambre, pour mademoiselle... Justement.... madame sa mère est allée passer quelque temps à la campagne. Monsieur a voulu garder sa fille avec lui... et puis voilà qu'on a été obligé de renvoyer la femme de chambre parce qu'on a découvert qu'elle jasait trop avec un frot-

teur... et comme monsieur est irôs-sévère..' ça n'a pas élé long, mais nous cherctions une autre femme de chambre. »

— Là-dessus, moi j'ai proposé une personne que je connais... et qui est remplie d'mtelligence ; mais quand j'ai dit qu'elle avail soixante ans, ils m'ont répondu que ce n'était pas la peine de l'envoyer. Ils sont étonnants à présent, ils veulent des enfants pour les servir.

— Je ne connais personne à placer, répond mademoiselle Turlurette.

M. Gérondif, qui n'a pas perdu un mot de ce que vient de dire Jasmin, prend alors la parole, en affectant un air assez indifférent

— Et quelles étaient ces personnnes qui avaient besoin d'une femme de chambre?... Quelquefois, dans mes connaissances à Paris, je pourrais obliger quelqu'un en offrant cette place; mais ivant (le me mêler de rien, voiis comprenez quo je veux être ceriainque c'est chez des personnes recommandabics.

— Oh ! quant A cela, vous youv'^^être tranquille. Monsieur Gé-

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rondif, répond Jasmin. C'est dans une maison tout ce qu'il y a de plus honnête... Chez M. de Noirmont. un ancien magistral... un homme qui ne rit jamais et ne ferait pas de tort à un oiseau... C'était un ami de feu M. de Grandvilain, père de notre marquis actuel.

— Et comment est composée la maison ?

— M. de Noirmont, son épouse et leur fille qui a quinze ans; une cuisinière, un domestique pour monsieur, et la femme de chambre que l'on demande.

— Est-ce que le domestique est jeune ?

— Oui... c'est celui avec qui j'ai causé... Il n'a que cinquantesix ans, mais il a l'air très-raisonnable.

M. Gérondif sourit, et répond :

— Est-ce une maison où l'on reçoit beaucoup de monde... où Tcii donne des 'bals.... de ces gens qui passent leur vie in varietjlr voluptas?

- Non, jamais de bal... ni de volupétas, comme vous dites. La f'ame n'aime pas le monde, et M. de Noirmont passe sa vie daus sa bibliothèque. Aussi notre jeune marquis ne veut pas aller chez eux, quoiqu'il y ait été invité...

— Ah ! il a été invité à y aller?

— Oui, mais je lui ai entendu dire souvent en s'habillant le nriiïn :

« Je n'ai pas envie d'aller dans cette maison-là; oï: doii horriblement s'y ennuyer. »

— Vous êtes sûr que M. Chérubin à dit cela? -—Oui, et môme M. de Monfréville lui a répondu :

« Vous ferez bien ; c'est une maison qui a'a rien d'agréable pour votre âge. »

M. Gérondif se frotte les mai as et n'en demande pas davantage. Le lendemain, après s'être procuré l'adresse de M. de Noirmont, il se rend à sa demeure, demande à parler au domestique, se présente comme venant de la part du vieux Jasmin, et ayant une femme de chambre à offrir pour mademoiselle de Noirmont.

Jasmin était le Nestor des serviteurs ; sa recommandation était îoute-puissanle, et celle d'un homme aussi grave que paraissait l'4tre M. Gérondif ne pouvait que confirmer dans la bonne opinion que l'on se formait de leur protégée.

Le jeune doneslique de cinquante-six ans. comme avait dit

Jasmin, répond au professeur que madame étant absente et monsieur ne se mêlant jamais de détails domestiques, on s'en rap portait à lui pour le choix d'une autre femme de chambre; qu'il accepte de confiance celle que le respectable M. Jasmin veut bien lui adresser, et qu'il désire seulement qu'elle arrive le plus tôt possible.

Sûr de réussir de cp "ô'.é, M. Gérondif remercie, promet d'amener bieniôi la jc\ine fille, part aussitôt pour Gagny, et se rend chez Nicolle.

La présence du professeur ramenait toujours la joie dans la demeure des villageois; car il apportait des nouvelles de Paris, et avec lui on parlait sans cesse de Chérubin.

Après avoir répondu aux questions de Nicolle et de Louise, qui s'informent d'abord de la santé de l'objet de h urs affections, M. Géiondif se tourne vers le jeune fille, et lui dit :

— Ma ! elle enfant, c'est pour vous principalement que je suis venu à Gagny, car je m'occupe de votre avenir... de voire sort... Vous avez dix-sept ans... vous êtes grande et formée au physique comme au moral : j'entends par là que vous avez une raison précoce; ensuite, en assistant aux leçons que je donnais à mon élève, vous en avez profité; vous lisez et écrivez fort convenablement et parlez même assez correctement. De plus, vous maniez l'aiguille avec facilité et me paraissez a()te à tous les ouvrages de votre sexe; n'est-il pas vrai, mère Nicolle?

— Mais oui que c'est vrai, répond la bonne femme tout en ouvrant de grands yeux. Ah çà! quoi donc que vous manigancez pour notre Luuise, est-ce que vous voulez en faire une duchesse aus-i?

— Non, pas tout à fait; mais je vous le répèle, je veux assurer

son sort En restant dans ce village, quel serait l'avenir de

Louise? Elle n'a point de parents, point de fortune, il faudrait donc qu'elle se trouvât fort heureuse si quelque rustre sans éducation voulait bien l'épouser.

— Oii! jamais! jamais!... s'écrie Louise, je ne veux pas me marier, moi.

— M lis, mon Dieul ma chère enfant, reprend Nicolle, tu sais ben que je ne le forcerons pas; et que je ne le renverrons jamais de cheux nous.

— Tout cela est fort bien, répond Gérondif. Mais si Louise

trouvait une bonne place à Paris, dans une maison honorablie, où elle pourrait faire quelques épargnes... puis ensuite trouver un parti avantageux, il me semble que cela ne serait point à dédaigner.

— A Paris! s'écrie Louise en faisant une exclamation de joie. J'irais à Paris!... Ohl quel bonheur !... que je serais contente!... Oh! oui, oui, n'est-ce pas ma mère, que tu le veux bien?

— Comment, mon enfant, tu veux aussi me quitter! dit tristement Nicolle.

Mais Louis'» l'embrasse à plusieurs reprises en s'écriant •

— Mais songe donc qu'il y est, lui... à Paris... En habitant la même ville que lui, je pense que je pourrais le voir... le rencontrer quelquefois... el c'est celte pensée seule qui me fait désirer d'aller à Paris... N'est-ce pas, monsieur Gérondif, qu'on se rencontre... qu'on se voit quand on habite le même endroit... et que je le verrais si j'étais à Paris?

— Vous le verriez. . . qui?

— Mais Chérubin... M. le marquis... Et de qui donc voulezvous que je parle si ce n'est de lui?

Le professeur comprend que c'est l'espoir seul de revoir Chérubin qui fait que la jeune fille accueille avec jdie sa proposition; il se garde bien de la détromper et répond :

— Certainement, quand on habite la même ville, il y a bien plus de probabilités de se voir que lorsqu'on est l'un au midi, l autre au nord... ou si vous aimez mieux l'un per fas et l'autre nefas. Eh bien! jeune et intéressante Louise, ce que je désirais rencontrer pour vous, je le tiens : une place de femme de ch=îmbre, vous eslotferte dans une maison de premier choix, etquand jedis femme de chambre, c'es'. comme si je disais : femme de compagnie! et quand je dis femme de compagnie, c'est comme si je disais : amie d'une jeune demoiselle de quinze ans que Tondit aussi aimable que bonne... seulement vous l'aiderez à s'habiller... et elle ne vous aidera pas... mais entre amies cela se voit tous les jours; il y en a une qui fait tout et l'autre qui se promène. Enfin, vous serez bien mise... l'amie qui se promène donne ordinairement les robes et les fichus dont elle ne veut plus à l'amie qui l'habille; puis vous gagnerez de l'argent, ce qui ne L;àlc jninais rien, car avec l'argent on a de l'or, el l'or est le métal le plus pur. . quand il n'y pas d'alliage

avec. Eh bien! répondez, que pensez-vous de ma proposition?

— Oh ! moi je ne demande pas mieux... si ma mère adoptive y consent !

— Dame! mon enfant, dit Nicolle, puisque ça te fait tant plaisir d'aller à Paris, je ne voulons pas m'y opposer; d'ailleurs je jjT^nsons que M. Gérondif, qui a éié maître d'école du pays, ne peut rien te proposer que pour ton bien.

— Vous avez de l'esprit comme Esope, dame Nicolle, quoique vous ne soyez pas bossue ! Je ne veux que préparer un sort heureux à cette puella formosa... et l'avenir vous le prouvera.

— Et... M. Chérubin? reprend Louise, qui n'ose plus dire rien que Chérubin, en parlant de celui qu'elle aime, sait-il ce que vous me proposez?... veut-il bien que j'aille à Paris?

M. Gérondif se gratte le nez un moment, puis répond avec assurance :

— S'il le sait ! mais assurément... et il désire beaucoup que mon offre vous agrée.

— Oh ! alors il n'y a pas à hésiter, n'est-ce pas, ma bonne mère ? J'accepte, monsieur, je partirai quand vous voudrez... je suis prête.

— Alors nous allon?^ partir sur-le-champ.

— Quoi ! s'écrie Nicolle, vous allez l'emmener comme ça tout de suite, cette chère enfant?

— Il le faut, dame Frimousset ; l'emploi que je lui fais avoir est envié par beaucoup de monde : si nous tardons il pourrait être donné à une autre. A Paris, on ne nage pas dans les bonnes places, il faut donc que je la présente et que je la fasse agréer dès aujourd'hui.

— Oh ! oui, ma mère, laisse-moi partir 1 Je sais bien que cela te fera du chagrin de ne plus m'avoir près de toi... et moi... ahl j'en ai aussi en te quittant... Mais d'un autre côté je suis si contente de me rapprocher de... M. Chérubin!... D'ailleurs, il désire que j'aille à Paris... il ne faut pas le contrarier... Mais je viendrai te voir, moi, oh ! je ne ferai pas comme lui je n'oublierai pas le village... et ceux qui m'ont tenu lieu de parents,

Nicolle embrasse tendrement la jeune fille et dit enfin :

— Pars, mon enfant... je ne suis pas ta mère... je n'ai poinj de droits sur toi... et quand même j'en aurais, je ne voudrais pas m'opposera ton bonheur à venir... mais au moins vieni quele

quefois me voir... On ne l'en empêchera pas, monsieur Gérondif?

— Non, cerlainemfnt!... elle jouira d'une douce liberté... à londition qu'elle n'en abusera point. Allons, belle Louise, un paquet de vos effets... les plus nécessaires seulement... Il e>-t inutile d'emporter des sabots, vous n'en porterez point où vont allez; dépêchez-vous, je vous attends.

Louise se hâte de faire un paquet de ses hardes; elle est si étonnée, si étourdie de ce qui lui arrive, qu'il lui semble que c'est un rêve; son cœur bondit de joie à l'idée d'aller à Paris. Mais ce n'est point aux plaisirs de la grande ville qu'elle pense, ce n'est point une belle toilette, une existence plus douce qu'elle espère, elle ne voit dans ce voyage qu'une chose : c'est qu'elle va demeurer dans la même ville que Chérubin.

Pendant que Louise fait ses préparatifs de départ, M. Gérondif prend la nourrice à part, et lui dit d'un ton grave et imposant :

— Maintenant, vertueuse Nicolle, je dois vous révéler un secret... Si j'emmène Louise à Paris, c'est surtout pour la soustraire aux séductions que l'on voulait employer pour faire succomber sa vertu et cueillir la fleur de son innocence... En deux mots, voilà le fait : votre nourrisson Chérubin est devenu à Paris un grand séducteur, il faut que rien ne lui résiste... Dernièrcmoi t il s'est rappelé Louise, la compagne de sa jeunesse, il s'est écrié : « Elle doit être charmante à présenti je veux en faire ma maîtresse... »

— Ah 1 mon Dieu ! c'est-i ben possible ! s'écrie Nicolle en ouvrant de grands yeux. Mon petit Chérubin est devenu libertin comme ça !

— C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire : à Paris, avec 1 e la fortune, on apprend très-vite à être ce qu'ils appellent 1 n lion, et lion se traduit ici par séducteur...

— Chérubin, un lion 1 lui qui était un agneau!

— Je vous répèle qu'à Paris on ne trouve plus d'agneaux. Bref, j'ai pensé que vous ne donneriez pas les mains à la corruption de votre fille adoplive, et que vous m'approuveriez dq mettre celle enfant à l'abri des tcnlatives de la séduction.

— Oh! vous avez très-ben fait, monsieur le professeur, et je vous approuve.

— Or, quand Chérubin vienrira pour voir Louise, vous lui direz qu'elle est depuis longtemps en Bretagne, chez une de vos parentes, et qu'elle s'y plaît beaucoup.

— C'est entendu! je répondrai ça!... Mon Dieul Chérubin un séducteur! c'est donc ça qu'il a lout à fait oublié le village!

Louise a bien vite fait son paquet : elle a mis le petit chapeau de grosse paille avec lequel elle se rend quelquefois dans les environs, et dont la forme n'est pas élégante, mais sous lequel pourtant sa figure est toujours charmante.

Elle se jette dans les bras de Nicolle, en lui disant à l'oreille :

— Quand je le verrai, je lui dirai que c'est bien vilain de ne pas venir vous voir !

Nicolle couvre Louise de baisers, en lui disant :

— Enfin, mon enfant, si par hasard tu t'ennuyais là-bas... si tu ne t'y trouvais pas bien... tu sais que cheux nous tu as toujours ta place, et que nous serons ben contents si tu veux y revenir.

M. Gérondif se hâte de mettre fin à ces adieux, en prenant le bras de la jeune fille; Jacquinot était au cabaret comme à son ordinaire ; Louise jette donc un dernier regard à sa mère adoptive et s'éloigne avec M. Gérondif, qui avait fait la dépense d'une petite citadine à l'iieure, afin de conduire plus vite la jeune fille à Paris.

Durant la route, le professeur dit à Louise :

— Je dois, ma belle amie, vous donner quelques instructions préliminaires sur la conduite que vous devez tenir dans la place que vous occuperez. D'abord, si l'on vous demande ce que vous savez faire, répondez hardiment : tout!

— Tout! mais, monsieur, je mentirais, car je ne sais que bien peu de choses.

— Mais vous apprendrez les autres; vous êtes péirie d'intelligence, par conséquent, vous apprendrez très-vite, c'est donc comme si vous saviez déjà. Faites ce que je vous dis, cela est nécessaire pour inspirer de la confiance; dans le monde il ne faut jamais avoir l'air de do^ ter de soi. Ensuite, vous devez comprendre qu'il ne faut point parler du jeune marquis Chérubin, et dire que vous avez été élevée avec lui. Le monde est méchant! on pourrait croire des choses... il ne faut pas badiner avec sa réputation.

— Comment! monsieur... el que pourrait-on croire?... Est-ce que c'est un mal d'aimer son frère de lait?

— De lait! de lait! tant que vous voudrez!... Vous allez mieux me comprendre : mon noble élève ne veut pas maintenant qu'on sache qu'il a été jusqu'à seize ans en nourrice... ça le vexe beaucoup; ensuite vous sentez qu'un marquis ne peut plus être l'ami d'une... femme de chambre; si vous parliez de lui, cela pourrait le faire rougir.

— Rougir!... s'écrie Louise en portant son mouchoir sur ses yeux. Quoi! monsieur le... Chérubin rougit de mon amitié!... de ma connaissance!... Oh! soyez tranquille, monsieur, je ne parlerai pas de lui... je ne prononcerai jamais son nom...

— C'est très-bien, ô flavial... Non, vous n'êtes pas blondel... Allons, ne pleurez pas pour cela... ce que je vous dis n'empêche pas que le marquis ne s'intéresse toujours à vous, et moi aussi. Je ne vous en dis pas plus maintenant, jeune Louise, mais soyez toujours' sage, honnête... ne riez pas avec les jeunes gens; si on voulait se permettre avec vous quelque liberté équivoque... déchirez la figure à l'insolent ; car vous devez vous conserver sans tachft, comme l'agneau pascal, jusqu'à ce que... Mais, motus! ie ne veux pas encore aller plus avant!

Louise n'écoutait plus M. Gtîrondif ; elle pensait à Chérubin, qui maintenant rougissait de la connaître, et cette idée Croublait tout le plaisir qu'elle avait éprouvé à venir à Paris.

Cependant la voiture est entrée dans la ville; M. Gérondif dit au cocher de les conduire faubourg Saint-Honoré, et Louise s'écrie :

— Est-ce près de la demeure de M. Chérubin?

»— Pas très-loin, ma chère; d'ailleurs maintenant, à Paris, il n'y a plus de distance, les voitures à six sous vous transportent dans tous les quartiers de la ville; vous n'avez môme pas besoin de snvoir votre chemin, ce qui est fort commode pour le» étrangers.

La voilure s'arrêie devant une belle maison que M. Gérondif désigne au cocher, et qui est tout près de la rue de la Concorde. Le professeur fait descendre Louise; il pousse la galanterie jusqu'à vouloir porter son paquet, puis lui dit:

— Suivez-moi, c'est dans cette maison... au second, un appartement superbe, ce sont des gens très comme il faut... Comme cet

escalier est frotté! Gela ne ressemble plus à nos masures de villages qui sont parquetées avec de la crotte !

En disant ces mois, le professeur glisse deux marches et manque de se casser le nez sur l'escalier ciré, ce qui était peutêtre une punition du ciel pour son ingratitude envers le village; mais il se retient à la rampe en murmurant : « Ne quid nimisl on a mis trop de cire ! »

Louise suit M. Gérondif, un peu tremblante et toute honteuse en songeant qu'elle va se présenter chez des personnes qu'elle ne connaît pas, et qu'il faudra demeurer seule au milieu de ce monde si nouveau pour elle. Elle pousse un gros soupir et invoque Te souvenir de Chérubin, pour qu'il soutienne son courage.

C'est Comtois (on nomme ainsi le domestique de M. de Noirmont) qui reçoit M. Gérondif, lorsque celui-ci présente sa protégée. L'aspect de Louise ne pouvait que prévenir en sa faveur, et le valet de chambre laisse échapper un sourire de satisfaction, en disant :

— Oh! mademoiselle a tout ce qui doit convenir ici... l'air doux... l'air pas évaporé... Je suis certain qu'elle plai-a à notre jeune demoiselle Ernestine, qui m'avait dit plusieurs fois :

« Surtout, Comtois, je veux une jeune femme de chambre, parce que si j'en avais une vieille, je n'oserais pas rien lui commander, ni rire devant elle !... »

— C'est qu'elle est fort gaie, mademoiselle! Un peu vive, un peu capricieuse... mais à son âge, c'est bien naturel... et puis avec cela pas méchante du tout... Quand elle s'est un peu emportée, elle nous en demande excuse... ça n*est pas commun chez les maîtres, ça !

— Ce valet est très-loquace ! se dit M. Gérondif en se mouchant.

Comtois, après avoir encore regardé Louise d'un air satisfait, reprend :

— Je vais tout de suite présenter mademoiselle... Ah! comment vous nommez-vous ?

— Louise, monsieur, répond timidement la jeune fille.

— Louise; fort bien c'est votre nom de baptême... Et

votre nom de famille... quelquefois on est bien aise de savoir?

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La jeune fille rougit et baisse les yeux sans répondre, mais M. Gérondif se hâte de dire :

— Louise Frimoussei. Frimoussel est le nom des parents de celte jeune adulte.

Louise jette un regard sur le professeur; mais celui-ci a pris un air grave, qui semble annoncer qu'il ne serait pas convenable de le démentir, et que c'est après y avoir mûrement réfléchi qu'il a répondu; la jeune fille se tait et Comtois répond:

— Frimou... Frimousse... Friquet! C'est un drôle de nom, mais au reste, c'est seulement pour savoir; car ici, vous com.prenez bien que l'on appellera toujours mademoiselle par son nom de baptême. Nous disons donc que je vais vous présenter. Si madame était ici, naturellement ce serait à elle que je devrais vous conduire d'abord; mais madame est absente depuis quinze jours : elle est allée voir une tante à elle qui est malade... Elle voulait emmener sa fille, mais monsieur a voulu garder mademoiselle Ernesline avec lui ; car , malgré son air sévère, monsieur aime beaucoup sa fille... jamais il ne lui refuse rien!... et même quelquefois je l'ai entendu se fâcher contre madame... parce qu'il prétendait qu'elle parlait à mademoi" selle trop durement, qu'elle ne l'aimait pas... et pour ce qui est de la justice, je dois dire que monsieur se trompe : je suis sûr que madame aime bien sa fille. 'Cependant , c'est vrai que quelquefois elle lui parle à peine... elle répond d'un air froid à ses caresses... mais nous avons tous des jours où nous sommes plus ou moins de bonne humeur...

M. Gérondif se mouche fort longuement en se disant:

— Est-ce que cela ne va pas finir?

Puis il dit à Comtois :

— Estimable serviteur... pardon si je vous interromps; mais il me semble que je n'ai pas besoin d'assister à la présentation de notre jeune Louise, puisque vous m'avez dit que l'affaire était convenue; d'après cela je vais prendre congé, en vous recommandant toujours d? veiller sur cette enfiint comme si c'était votre nièce.

Soyez tranquille, monsieur, mademoiselle est dans une

bonne maison ; je suis bien sûr qu'elle ne s'y trouvera pas malheureuse

--Adieu donc, Louise... adieu! Je viendrai m mformer ae

L'AMOUREUX TKANSI 201

vous... savoir de vos nouvelles, enfin je ne vous perdrai pas de vue... vous serez constammeni mon point de mire, mon but... mon polygone I

La jeune fille tend la main à M. Gérondif qui semblait vouloir l'embrasser, et lui dit à demi-voix :

— Vous lui direz que je suis à Paris, n'est-ce pas, monsieur? que je n'ai pas hésité à y venir puisqu'il le désirait, mais que je m'ennuie bien de ne pas le voir et que mon seu: désir...

— Je dirai lout ce qu'il est de mon devoir de dire, reprend le professeur en montrant ses dents, quoiqu'il n'ait pas envie de sourire ; puis tournant vivement sur lui-même, il salue Comtois et sort.

Le valet le reconduit jusqu'à la porte, et là, M. Gérondif lui dit encore à l'oreille :

— Cette jeune fille est jolie... les hommes sont horriblement libertins à Paris... je n'ai pas besoin de vous engager à veiller sur son innocence et à ne point la laisser causer avec les frottours.

— Monsieur, répond Comtois d'un air un peu sec, on ne reçoit ici que des gens honnêtes, et ce n'est pas dans cette maison qu'une jeune fille se perdra! ai la dernière femme de chambre a été inconséquente, ce n'est pas notre faute, et du reste on l'a renvoyée sur-le-champ... ainsi que le susdit frotteur.

— Votre réponse dissipe tous les nuages qui auraient pu .obscurcir mon firmament. Adieu, honnête Comtois, je vous réitère l'assurance de mon estime.

M. Gérondif est parti, et Comtois retourne près de Louise, qui est restée toute pensive dans la salle d'entrée ; il lui fait signe de le suivre, traverse un salon, puis ouvre la porte d'une autre pièce et s'arrête sur le seuil en di-ant ;

— Mademoiselle... voilà la femme de chambre que j'attendais pour vous... et qui vient d'arriver.

Une voix répond aussitôt de l'intérieur de la pièce :

— Oh! qu'elle vienne... qu'elle entre bien vitel... Je l'attends avec impatience.

Comtois fait passer devant lui Louise, qui n'avance qu'en tremblant et n'ose pas lever les yeux, mais qui bientôt se sent pius rassurée, en entendant la jeune Ernestine s'écrier :

— Oii! qu'elle est gentille!... ahl... elle me plaît beaucoup!

Avancez, mademoiselle; ohl n'ayez pas peur de moi... je ne suis pas etfrayanle, allez!... N'est-ce pas, Comtois... je n'ai pas l'air sévère, mol... ce n'est pas comme maman !... Mais cela n'empêche pas que maman soit bien bonne aussi... et papa aussi. Comment vous appelez-vous?...

— Louise, mademoiselle.

— Quel âge avez-vous ?

— Dix-bcpt ans, mademoiselle.

— Dix-sept ans 1... Ab I comme vous êtes grande... forte... moi, j'ai quinze ans... je suis un peu petite pour quinze ans... n'est-ce pas?

Louise ne peut s'empêcher de sourire, et levant les yeux sur celle qui va être sa maîtresse, elle éprouve un sentiment de joie à l'aspect de cette jeune personne mignonne, si enfant, doni les yeux bleus et espiègles sont alors fixés sur elle avec une expression de bienveillance qui chasse sur-le-champ la crainte qu'elle ressentait en entrant.

— N'est-ce pas que je suis bien petite pour quinze uns? re» prend Ernestine après que Louise l'a regardée.

— Mademoiselle... vousavez encore bien du temps pour grandir,

— Oh! oui... c'est ce qui me console... Avez-vous déjà servi à Paris?

— Non, mademoiselle, j'arrive de mon village... je n'ai encore servi nulle part... et sans doute je serai bien gauche dans les commencements ; mais je vous promets de faire bien attention à tout ce que vous me direz... afin d'apprendre vite et de pouvoir vous conienler plus tôt.

La jeune Ernesline se met à faire des bonds, des sauts dans la chambre; elle va prendre la main de Louise et la presse dans la sienne, en s'écriant :

— Oh ! mais c'est très-bien ce que vous dites là !.... Je sens que je vous aimerai beaucoup... je vous aime déjà... Moi, on me plaît tout de suite ou jamais !.... Vous m'aimerez aussi, n'est-ce pas?

— Mademoiselle, ce ne doit pas être difficile, vous avez l'air li bon!

— Ah! Comtois, je suis bien contente... Mais Louise a-t-elle apporté son paquet, toutes ses affaires?... pourra-t-elle rester tout de suite ici?

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— Oui, mademoiselle, répond Louise, j'ai apporté mes effets et je puis rester dès à présent avec vous... si vous voulez bien me garder.

— Certainement! Je ne veux plus vous laisser partir... Comtois, tu lui prépareras sa chambre; tu sais, la petite chambre qui est derrière la mienne... Tu auras soin qu'elle ne manque de rien... qu'elle ait tout ce qu'il lui faut...

— Soyez tranquille, mademoiselle.

— D'ailleurs, j'irai m'assurer moi-même si tout cela est bien! Et la jeune Ernestine reprend avec une gravité comique :

— Ah! c'est que, pendant l'absence de maman, c'est moi qui dois surveiller- tout... et la remplacer ici... Allez, Comtois, allez porter les effets de Louise dans sa chambre; moi, pendant ce temps, je vais la présenter à mon père. Est-il dans son cabinet?

— Oui, mademoiselle.

— Venez, Louise... ne tremblez pas... il a l'air un peu sévère^ mais il n'est pas méchant.

— Si je n'allais pas convenir à monsieur votre père ? murmure Louise d'un air craintif; s'il allait me trouver trop jeune pour être à votre service, mademoiselle ?

— Ohl ne craignez rien; du moment que j'aurai dit que voui me plaisez, mon papa n'aura pas envie de vous renvoyer.

La jeune Ernestine traverse une pièce qui est la chambre à coucher de sa mère, puis uue autre pe lite pièce, et va frapper à une porte, en disant :

— C'est moi, mon papa.

Et la voix sèche de M. de Noirmont répond :

— Eh bien ! qu'est-ce qu'il y a don ; encore?

La gentille espiègle ouvre la porte du cabinet de son père, passe seulement sa tête, et dit :

— Est-ce que tu es occupé? C'est que je viens te présenter quelqu'un...

— Qu'est-ce que c'est?...

— C'est une femme de chambre que l'on a arrêtée pour moi... et qui vient d'arriver.

— Me déranger pour une femme de chambre! Est-ce que ces détails me regardent?... En vérité, Ernestine, vous abusez de 011 patience.

— Ah! mon papa, ne te fâche pas! mais puisque maman est

absente, il faui bien que tu la voies, cette femme de chambre... je ne peux pas conduire la maison toute seule, moi 1 M. de Noirmont reprend d'un ton plus doux :

— Eh bien! voyons... où est-elle... finissons-en ! Ernestine fait entrer Louise, qui baisse les yeux et se sent

trembler, parce que la voix de M. de Noirmont était loin d'avoir la douceur de celle de sa fille.

Après avoir considéré quelque temps la jeune villageoise qu'ca lui présente, M. de Noirmont lui dit :

— Quel âge avez-vous?

Avant que Louise ne réponde, la pelile Ernestine s'écrie :

— Elle a dix-sept ans ; n'est-ce pas, mon papa, qu'elle est bino grande pour son âge... et qu'elle est bien gentille... Oh ! elle me plaît beaucoup... Elle s'appelle Louise, elle n'a pas encore servi... mais j'aime mieux ça, moi... parce que je la formerai à mon idée.

M. de Noirmont retient avec peine un sourire, provoqué par le discours de sa fille, et dit :

— Je trouve, moi, que cette jeune fille est bien enfant aussi pour être placée près de toi...

— Mais pourquoi donc cela, mon papa? Mais au contraire, voyez donc comme elle est raisonnable!... D'ailleurs, puisque je vous dis que je la formerai... et puisque Comtois n'a eu que de bons renseigneme.its.

— Allons... si elle te convient... De quel pays êtes-vous?

— DeGagny, monsieur, répond Louise en tremblant.

— Gagny... Ah! c'est tout près de Paris... Vos parents sont laboureurs, sans doute?...

Louise balbutie d'une voix à peine intelligible :

— Oui, oui, monsieur.

— Et au lieu de garder leur fille avec eux. ils l'envoient en service à Paris!... Enfin I puisque c'est l'usage dans les campagnes !... Et puis on viendra nous vanter les mœurs des champs. Du reste, vous paraissez honnête, jeune fille, et j'aime à croire que votre conduite ne démentira pas ce qu'annonce votre fignre. D'ailleurs, jo connais Goinlois,et je m'en rapporte à sa prudence. Allez, allez!

M. de Noirmont fait signe qu'on le laisse, mais sa fille courj l'embrasser; puis elle son bien vile avec Louise et referme la poric (lu cabinet en disanl :

— C'est fini, je savais bien que cela irait tout seul.

La jeune Ernestine conduit ensuite Louise dans une assez jolie petite chambre qu'elle doit habiter; l'aimable enfant examine si rien ne manque à sa nouvelle femme de chambre, et lui témoigne enfin tant d'intérêt que Louise, qui en est vivement touchée, remercie le ciel de laNuir amenée dans cette maison.

Ce premier jour est employé en instructions qu'Ernestiae donne à Louise, et celle-ci <jui ne sait pas mentir, avoue franchement à sa jeune maîtresse qu'elle est fort ignorante de ce qu'on doit faire dans son emploi, et qu'elle réclame toute son indulgence, ^rneslinc répète avec emphase qu'elle saura bien la iormer, et que cela ne doit pas l'inquiéter.

Dans la maison de M. de Noirmuiu, c'est ordinairement le domestique qui sert à table, à moins qu'il n'y ait beaucoup de monde à dîner ; le service de la femme de chambre se borne donc à être aux ordres des deux dames, à les aider pour leur toilette, et enfin à travailler presque constamment pour elles ou pour la maison.

Louise sait fort bien coudre; elle est active, adroite, elle apprend très-vile ce que l'on exige d'elle; de plus, la jeune Ernestine lui montre à broder, à faire de la tapisserie et mille petits ouvrages de femmes que l'on ignore au village, mais qu'il faut, connaître à Paris.

Louise fait de rapides progrès, et Ernestine dit à son père :

— Oh I si tu savais comme je suis contente de ma femme de chambre!...

— Elle est donc bien habile? demande M. de Noirmont.

— Habile, oui... mais elle ne savait rien du tout... c'est moi qui lui ai tout montré.

— Comment! cette jeune fille ne savait rien faire?

— Qu'est-ce que cela fait?... Ce que je lui montre, au bout de deux jours elle le fait mieux que moi... Oh! je suis sûre que ïjiaman m'en fera compliment!

L'air décent et sérieux de Louise finit aussi par captiver la bienveillance de M. de Noirmont, qui lui adresse la parole d'un ton un peu moins sec. Comtois est enchanté de sa nouvelle corn mensale, et la cuisinière ne cesse de vanter son eïtrèuie douceur. Quant à Ernestine, si parfois olle s'impatiente et crie loi"sque sa femme de chambre no s'y i r>M d pas bien pour rhabiller.

l'instant d'après elle court à elle et l'embrasse, en la priant de ne point se fâcher de sa vivacité.

Enfin, chaque jour qui s'écoule augmente l'attachement qu'elle éprouve pour Louise, ei celle-ci se trouverait heureuse de sa nouvelle position, si le souvenir de Chérubin ne l'occupait pas sans cesse; mais elle commence à perdre l'espoir de le voir à Paris; car chez M. de Noirmont elle sort fort rarement, et seulement pour aller faire quelques emplettes pour sa jeune maîtresse, dans des boutiques voisines.

Il y a trois semaines que Louise est attachée au service d'Ernesline, lorsque celle-ci lui dit un matin :'

— Maman va revenir enfin!... papa vient de me dire qu'elle serait ici dans trois jours... C'est bien heureux, car voilà près de six semaines qu'elle est absente, et je m'ennuie de ne pas la voir. Oh! quel bonheur' Alors il ne me manquera plus rien... Et puis elle t'aimera aussi, maman, je suis sûre qu'elle sera aussi bien contente de toi.

Louise ne répond rien, mais elle se sent toute émue, et elle ne peut pas bien se rendre compte du trouble qui l'agite lorsqu'on lui apprend qu'elle va voir madame de Noirmont.

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