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L'INTERIEUR D UNE FAMILLE

Ainsi que la jeune Ernesline l'avait annoncé à Louise, madame de Noirmonl est de retour à sa maison le jour qu'on l'aliendail. Son arrivée esl une fêle pour sa fille, qui du plus loin qu'elle aperçoit sa mère vole au-tlevani d'elle et se précipite dans ses bras. Madame de Noirmont répond avec tendresse aux caresses de son enfant; il est facile de voir qu'elle y est sensible, et que c'est aussi avec un véritable bonheur qu'elle se retrouve près d'elle.

Monsieur de Noirmonl n'a pas couru au-devant de sa femme ; de telles marques d'affection ne sont pas dans son caractère : en s'y livrant, il craindrait de compromettre sa dignité; cependant, lorsqu'il apprend que son épouse est de retour, il se rend au près d'elle, la salue avec affabilité, mais ne l'embrasse pas. Puis il lui dit :

— Vous avez fait un bon voyage, madame?

— Oui, monsieur, je vous remercie.

— El comment va voire tante, madame Dufrénil?

— Elle va beaucoup mieux, monsieur; sa santé est parfaileuent rétablie. Mais il était temps que je revinsse, je serais tombée malade d'ennui. Être ^i longtemps «éloignée de ma fille! J'ai beaucoup regretté, monsieur, que vous ne m'ayez pas permis de l'emmener.

— Cela fait, madame, que vous en avez plus de plaisir k ia revoir, et je désire que cela vous la fasse aimer davantage.

Après avoir dit ces mots, M. de Noirmonl salue sa femme ei retourne s'enfermer dans son cabinet.

Quand son mari n'est plus la, madame de Noirmonl attire sa fille auprès d'elle et la presse à plusieurs reprises contre son cœur, en murmurant :

— Ton père croit que je ne t'aime pas... Est-ce que tu penses iela aussi, ma fi'le?

— Oh 1 non, maman ! n'on certainement, s'écrie Ernestine. Mais papa ne le pense pas non plus... j'en suis sûre... Je sais hien que vous m'aimez ; et pourquoi donc ne m'aimeriez-vous pas? ne suis-je pas votre fille ?

Il se fait comme un mouvement nerveux dans les traits de madame de Noirmonl ; son front s'assombrit, et elle se dégage assez vivement des bras d'Ernestine. Mais bientôt ce nuage se dissipe, et elle attire de nouveau sa fille près d'elle, en disant d'un air mélancolique :

— Oh! oui... oui, je t'aime bi^n !

— Je n'en ai jamais douté, moi, maman, et si vous avez quelquefois... tenez, comme tout à l'heure... des instants oii l'on dirait que mes carresses vous ennuient... je suis bien sûre que c'est seulement parce qu'alors vous avez vos maux de tète... ou bien que vous pensez à autre chose !... Mais vous ne m'en aimez pas moins, n'esl-ce pas ?

— Non, sans doute, je ne t'aime jamais moins. Et tu as trouvé long le temps de mon absence?

— Oli ! oui, maman I Mais heureusement, depuis trois semaines, j'ai une nouvelle femme de chambre... Mon père a dû vous écrire qu'il avait renvoyé l'auire?

— Oui, ma fille.

— Ahl j'aime bien mieux la nouvelle! Si vous saviez comme elle est gentille... et pas bète du tout!... pas commune! E\e parle fort bien sa langue, et pourtant elle arrivait de son vi Jage; elle n'avait jamais servi, mais elle a tout de suite été au fait.

— Qui est-ce qui l'a fait entrer ici ?

— C'est Comtois. Oh î il aura eu de bons répondants. Madame de Noirmonl sourit de l'air grave avec lequel sa fille

lui dit cela, et répond :

— Ma chère amie, je sais que l'on peut avoir confiance en Comtois. Et comment se nomme la femme de chambre?

— Louise... Louise... Fré... Frécel... Je ne me rappelle jamais son autre nom... C'est égal, c'est un bien bon sujet, allez, maman ; je suis sûre qu'elle vous plaira aussi... Je vais l'appeler pour vous la présenter... Elle est Irès-limide, voilà pourquo. elle n'a pas encore osé venir vous saluer.

— Mon Dieu ! ma chère amie, j'ai tout le temps de voir ta femme de chambre; rien ne presse.

— Oh ! si, maman, je veux que vous la voyiez tout de suite. Ernestine avait tiré le cordon d'une sonnette; bientôt la porte

s'ouvre, et Louise paraît sur le seuil, l'air craintif, les yeux baissés, et murmurant :

— Madame m'a sonné ?

Madame de Noirmont considère la jeune fille qu'elle voit pour la première fois ; elle est frappée de sa beauté, de la dignité de ses traits, de sa tenue modeste ei décente, de tout cet ensemble de sa personne que l'on ne rencontre pas ordinairement dans une femme de chambre, et elle ne peut se lasser de la regarder.

La jeune Ernestine se penche vers sa mère, en lui disant à l'oreille :

— Eh bien 1 comment la trouves-tu ?

— Bien, ma fille, fort bien... elle a même l'air distingué ; on ne croirait pas que c'est une domestique.

— N'est-ce pas, je ne l'avais pas flattée ?

Et la jeune personne reprend, en s'adressantà Louise :

— Maman vous trouve bien, Louise, vous lui plaisez aussi .. Je vous disais bien que vous lui plairiez.

Louise lait une révérence, en murmurant :

— Madame est bien bonne, je ferai tous mes efforts pour ly contenter, ainsi que mademoiselle.

— Je n'en doute pas, mon enfant, répond madame de Noirmont ; tout en vous prévient en voire faveur, et je suis persuadée que ma fille ne s'est point trompée dans le bien qu'elle m'a dit de vous.

Pendant qui: la mère d'Eincsiine lui parle, Louise a enfin levé les yeux pour la regarder. A l'aspect de cette belle figure, noble et sévère, de ce front pâle et fier, de ces grands yeux noirs dans lesquels on aperçoit toujours une expression de mélancolie, la jeune fille se sent toute émue, toute saisie; son cœur bat avec force, elle ne sait pas si c'est de plaisir ou ne cramie, elle ne

peut pas définir ce qu'elle éprouve, mais elle reste immobile. Depuis quelques instants madame de Noirmont a cessé de parler et elle l'écoute encore, on lui fait signe qu'elle peut se retirer et elle reste là; enfin, il faut qu'Ernesline aille lui toucher le bras, en lui disant : c Louise, vous pouvez nous laisser », pour qu'elle revienne à elle-même et quitte l'appartement, en jelml à la dérobée un dernier regard sur madame de Noirmont.

Après avoir encore dit quelques mots sur sa nouvelle femme de chambre, madame de Noirmont ne songe plus qu'à reprendre le cours de ses occupations habituelles dans l'intérieur de sa maison, et à surveiller de nouveau l'éducation de sa tille et les études auxquelles elle se livre avec les différents professeurs qui viennent lui donner des leçons.

La vie de madame de Noirmont est très-uniforme; elle sort rarement et ne reçoit pas de nombreuses visites; elle s'occupe de sa fille, surveille ses études, et lit beaucoup : c'est son plus grand plaisir, sa plus douce distraction.

M. de Noirmont passe la jo irnée entière dans son cabinet; sa femme et sa fille le voient peu avant le dîner. A ce moment on se réunit, et, assez souvent, un ancien ami de M. de Noirmont vient dîner avec la famille; mais il est rare que l'on ait plusieurs personnes à la fois. Pendant le repas, madame de Noirmont cause fort peu, son mari parle politique ou économie publique avec son ami; c'est Ernestine seule qui est chargée d'égayer le dîner. Elle s'en acquitte assez bien ; souvent ses saillies, ses réflexions enfantines font sourire sa mère, et, malgré sa gravité, M. de Noirmont lui-même ne garde pas toujours son sérieux. Enfin, le soir, les dames travaillent, font de la tapisserie, de la musique, et les hommes une partie d'échecs ou de trictrac. Quand il n'y a point eu d'étrangers au dîner, M. de Noirmont soit assez souvent le soir pour aller dans quelques réunions ; quelquefois sa femme et sa fille l'accompagnent, mais cela est rare. Madame de Noirmont prélère rester clie/. elle avec sa fille; et lorsque son mari n'est pas là, il semble qu'elle soit moins sérieuse, moins pensive, et qu'elle lémoigne plus de tendresse à Ernestine.

Le service de Louise est fort doux dans celte maison, où Ton ne court pas les bals, et où l'on reçoit lort peu; c'est Comtois seul qui sert à table. Lt jeune femme de chambre aide les dames

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pour leur toilette, puis, pendant presque tout le courant de la journée, elle iravaille, dans sa chambre, à des robes pour mademoiselle ou à entretenir le linge de la maison. Le soir, c'est elle qui sert le thé, puis elle veille à ce que ses maî;resses trouvent dans leur appartement ee qui leur est nécessaire. Tout cela n'est pas bien fatigant, et Louise dit parfois à Ernesline qu'on ne lui donne pas assez d'ouvrage à faire; mais la jeune fille lui répond en souriant :

— Pourquoi travailles - tu si vite? A peine t'a-t-on donné «jucique chose à coudre que c'est fait. Maman dit que ton ;:dresse et ton activité sont extraordinaires. Ah 1 les autres femmes de chambre n'allaient pas si vite que toi.

Louise éprouve un sentiment de plaisir toutes les fois qu'elle apprend que madame de Noirmont est contente d'elle; et quoique celle dame conserve presque toujours avec ses gens un air grave et sérieux qui ne permet p^s la moindre familiarité, elle se sent portée à l'aimer, et il lui semble qu'elle éprouverait un vif chagrin s'il lui fallait maintenant la quitter.

Cependant trois mois se sont écoulés depuis qu'elle est à Paris, et elle n'a pas aperçu une seule fois Chérubin ; mais depuis le retour de madame de Noirmont, Louise, tout occupée à lui plaire, a ressenti moins vivement ses peines d'amour; quoiqu'elle aime toujours autant le compagnon de son enfance, on dirait qu'un autre sentiment s'est glissé dans son cœur pour faire diversion à ses chagrins.

M. Gérondif est venu plusieurs fois s'informer près de Comtois de ce que l'on pensait de Louise chez ses maîtres, et toutes les fois le domestique s'est répandu en éloges sur la jeune femme de chambre, et il a prié le professeur de remercier le vieux Jasmin du cadeau qu'il leur a fait. M. Gérondif s'est éloigné, fort content d'avoir placé Louise à Paris, quoique, tout préoccupé de ses bonnes fortunes, Chérubin n'ait plus songé à se rendre chez Nicolle.

Un matin que M. Gérondif est encore entré dans la maison de M. de Noirmont pour demander à Comtois si l'on est toujours satisfait de Louise, le domestique lui répond :

— Toujours; mademoiselle Louise est un modèle de sagesse ei d'activité. Mais si vous désirez la voir, monsieur, elle est seule en ce moment; ces dames sont sorties pour taire des emplettes.

Elle travaille dans sa chambre, et rien ne s'oppose à ce que vous lui souhaitiez le bonjour.

M. Gérondif accepte avec joie cette proposition : il suit Comtois, qui le conduit jusqu'à la chambre de Louise et le laisse avec elle.

Louise montre une vive joie en apercevant le professeur, car elle va pouvoir parler de tous ceux qui lui sont chers. M. Gérondif, sot comme la plupart des pédants, prend pour lui ce dont il n'est que le prétexte; il croit avoir inspiré à la jolie femme de chambre une tendre affection et sourit de manière à se démantibuler la mâchoire en allant s'asseoir près d'elle.

Louise commence par demander des nouvelles de sa mère adoptive.

— Elle se porte à ravir, el elle est charmée que vous soyez à Paris dans une si belle position, répond le professeur qui ment avec un aplomb imperturbable, parce qu'il n'est pas retourné au village depuis que Louise l'a quitté.

— Et M. Chérubin, reprend la jeune fille, est-il satisfait do me savoir à Paris comme il le désirait? Il n'a donc pas envie de me Toir, lui? Est-ce qu'il ne vous parle pas quelquefois de moi?... est-ce lui qui vous envoie aujourd'hui?

Le professeur se gratte le nez, tousse, crache, s'essuie le front, toutes choses qui, avec lui, prennent beaucoup de temps et pendant lesquelles il réfléchit à ce qu'il va dire. Ayant enfin pris sa résolution, il répond à Louise :

— Ma belle amie, i) est rare que les amours d'enfance aient une bonne fini Je pourrais vous citer Paul et Virginie et mille autres exemples ad hoc; j'aime mieux vous dire ex abrupto, ce qui signifie : sans préambule, que vous avez tort de vous occuper encore de M. le marquis de Grandvilain, parce que ce jeune liommo ne songe plus du tout à vous. D'abord, lorsque vous vous présentâtes jadis pour le voir à son hôtel... quand vous vînlet à Paris avec Nicolle...

— Eh bien! monsieur?

— Eh bien, le jeune marquis était chez lui; mais comme il ne TOulait pas vous recevoir, il avait donné à son suisse Tordre de vous dire qu'il était absent.

— 0 mon Dieu ! il serait possible !

— Au milieu des voluptés dans lesquelles il est plongé, eom-

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ment voulez-vous qu'il se souvienne d'une jeune fille des champs avec laquelle il a joué au chat coupé ou à tout autre jeu plus ou moins innocent?... Il est devenu très-libertin, mon élève; ce n'e>t pas ma faute; il a une foule de maîtresses. Il reçoit des billets doux que cela en est scandaleux, et j'aurais déjà quitté sa demeure si mes intérêts pécuniaires ne m'obligeaient à fermer les yeux... ce qui ne m'empêche pas de voir tout ce qui se passe.

Louise porte son mouchoir à ses yeux, en balbutiant :

— C'en est donc fait, il ne m'aime plus du tout!... Ah! qui aurait cru cela de Chérubin!

— Il faut tout croire, il faut s'attendre à tout de la part d'un imberbe, ref)rend le professeur.

Puis mettant sa chaise tout contre celle de la jeune fille, et appuyant sa main sur son genou, M. Gérondif tâche de faire une voix mielleuse et dit, en pesant ses paroles :

— Je viens de faire la blessure, je vais y apporter le dictame, autrement dit, le remède. Belle Louise, si le jeune Chérubin n'a pas été fidèle à vos charmes, il en est d'autres qui seront trop heureux de les encenser... de les cultiver ; je vnis droit au but!... Je vous aime, céleste fille!... et je ne suis pas volage, moi, parce que, grâce au ciel, je suis un homme fait. Je ne viens pas vous faire de viles propositions... rétro Satanas! «e qui veut dire : je n'ai que des vues honnêtes. Je vous offre ma main, mon cœur, mon nom, mon rang et mon titre... seulement, nous attendrons encore deux ans pour convoler; je ferai mes efibrts pour contenir mes feux jusque-là ; mais ce temps m'est nécessaire pour amasser une somme rondelette. Vous y joindrez vos gages, vos économies... on est fort content de vous ici, et il est probable que vous aurez de belles étrennes au jour de l'an. Nous réunirons tout cela, nous achèterons une maisonnette aux environs de Paris... je ferai quelques élèves pour m'entrenir la main; nous aurons un chien, un chat, des poules, toutes les douceurs de la vie, et nous filerons des jours mélangés de miel et d'hypocras.

Pendant ce discours, Louise a repoussé la main que l'on avait jilacée sur son genou ; elle a reculé sa chaise, et, dès que M. Gérondif a fini de parler, elle se lève, et lui dit d'un ton poli maig décidé :

— Monsieur, je vous remercie de vouloir bien m'oltrir le titre de votre femme, à moi, pauvre fille du village, sans nom et sans famille, mais je ne puis l'accepter. M. Chérubin ne m'aime plus, je le conçois, monsieur, et j'étais toile en effet de m'imaginer qu'à Paris, au sein des plaisirs, vivant dans le grand monde, il pourrait conserver mon souvenir; mais, moi, oh ! c'esl bien différent ! je ne suis pas devenue une grande dame, et l'image de celui que je chéris ne saurait s'effacer de mon cœur... J'aime Chérubin, je sens que je n'aimerai jamais que lui! Ainsi donc, monsieur, ce serait bien mal à moi d'en épouser un autre, puisqu'à cet autre je n'apporterais pas mon amour.

M. Gérondif demeure tout surpris à ce discours; cependant, il se remet et reprend :

— Ma belle Louise : varium et mutabile semper femina... ou si vous aimez mieux : souvent femme varie I bien fol est qui s'y fie... ces vers sont de François I«'... je préfère ceux de Béranger. Enfin, Tirésias prétend que les hommes n'ont que trois onces d'amour, tandis que les femmes en possèdent neuf : ce qui leur permet de changer bien plus souvent que nous; et cependant, pour trois onces, nous n'allons déjà pas mal.

— Qu'est-ce que loui cela veut dire, monsieur?

— Ct-la veut dire, ma chère amie, que vous ferez comme les autres, vous changerez; votre amour passera...

— Jamais, monsieur !

— Jamais, en amour, es*, un mot qui ne signifie rien du tout; au reste, vous aurez tout le temps d'y penser, puisque je vous laisse deux ans pour réfléchir. D'ici-là, permettez-moi d'espérer.

— Oh ! c'est inutile, monsieur.

— Pardonnez-moi! En espérant on vit content... je tiens à mon espérance. Adieu, belle Louise, continuez à bien vous conduire ; on augmentera sans douie V)s émoluments, moi je vais continuer à mettre les miens de côté... et, comme dii un vieux proverbe populaire fort trivial, mais plein de finesse : Laissons bouillir le mouton! Je dépose mes hommages à vos genoux.

M. Gérondif est parli. Louise peut alors pleurer en liberté; elle ne s'occupe plus des propositions du professeur, eUe ne songe qu'à Chérubin, qui ne l'aime plus, qui ne pense plus ^ elle, e* qui a des maîtresses. Depuis longtemps elle craignait

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qu'il ne l'eût oubliée ; mais elle en est certaine, et de la crainte à la certitude il y a, en amour, une énorme distance.

Le retour de madame de Noirmont et de sa fille force Louise à cacher ses larmes; elle se hâte d'essuyer ses yeux et tâche de dissimuler sa tristesse, car elle sent bien qu'elle ne doit pas divulguer le secret de son cœur.

Ce jour-là, M. de Noinnonl sort après dîner. Ernestine reste avec sa mère, à laquelle, tout en travaillant, elle dit tout ce qui lui passe par la tête, surtout lorsqu'elle la voit dans ses moments de bonne humeur. Quand madame de Noirmont sourit aux discours de sa fille, celle-ci est si contente que souvent elle quitte son ouvrage pour sauter au cou de sa mère, qui, quelquefois, la tient tendrement pressée dans ses bras.

Louise, que l'on a sonnée pour lui demander le thé, entre au salon dans un de ces moments où Ernestine est enlacée par les bras de sa mère, et l'aimable enfant, dans sa joie de recevoir de si douces caresses, s'écrie alors :

— Vois-tu, Louise, comme je suis heureuse, moi... comii^e j'ai une bonne mère!

Louise est resiée immobile au milieu du salon; elle est satisfaite du bonheur d'Ernestine, et pourtant, dans ce tableau touchant qui est devant ses yeux, elle ne comprend pas pourq'ioi il y a quelque chose qui lui fait mal. Deux grosses larmes s'échappent de ses yeux; mais elle se retourne bien vite poui qu'on ne la voie pas pleurer.

Cependant madame de Noirmont a déjà repris sa gravité, et Ernestine a dû retourner à sa place. Louise s'est hâtée de servir le thé ; puis elle s'éloigne, de crainte qu'on ne remarque sa irisiesse.

Malgré tous ses efforts pour être raisonnable, Louise pleure encore, lorsque, le soir, avai^l de se coucher, Ernestine entre chez sa femme de chambre pour lui demander quelque chose.

Voyant que Louise a le visage baigné de larmes, la jeune Ernestine court à elle, enlui disant avec le plus touchant intérêt :

— Mon Dieu! Louise... tu pleures! Qu'est-ce que lu as

donc?

— Oh! mademoiselle, pardonnez-moi. Je sais que je ne devrais pas pleurer ici, où vous êtes si bonne pour moi... mais je n'ai pu m'en empêcher!...

— Tu as donc eu quelque molif île chagrin? Tu n'aurais pas pleuré ainsi pour rien. Louise, je veux savoir pourquoi tu pleurais.

— Eh bien ! mademoiselle, c'est que ce soir, en vous voyant dans les bras de madame votre mère, le tableau du bonheur dont vous jouissiez m'a fait encore plus vivement sentir le malheur de ma position. Oh! mademoiselle, ce n'est pas par envie que je dis cela! Je bénis le ciel qui vous rend si heureuse; mais je n'ai pu m'empécher de pleurer en songeant que jamaii je n'ai été embrassée par ma mère... que jamais je ne pourrai la presser dans mes bras !

— Que dis-tu, ma pauvre Louise!... Est-ce que ta mère ne t'aime pas?

— Ce n'est pas cela, mademoiselle. Mais, tenez, je vais vous dire la vérité, car je ne sais pas mentir... Et puis, je ne comprends pas pourquoi je forais un mystère de cela ; vous ne serez pas moins bonne pour moi, en sachant que je suis une pauvre fille abandonnée par ses parents...

— Serait-il possible!... tu n'as point de parents?

— Ou du moins, mademoiselle, je ne les 'connais pas. Louise fait alors à Ernestine le récit de la manière dont

Nicolle s'est trouvée chargée de veiller sur elle, et de la bonté des villageois qui l'ont gardée et traitée comme leur fille, quandils ont vu qu'elle était abandonnée par sa mère.

Ernestine a écouté ce récit avec le plus vif intérêt. Lorsque Louise a cessé de parler, elle l'embrasse avec tendresse en lui disant :

— Ma pauvre Louise !... Ahl que lu as bien fait de me conicr celai II me semble que je t'aime encore davantage, depuis que je sais que tes parents t'ont abandonnée... Et cette bonne Nicolle! ces bons paysans! Ah! les braves gens! Demain je raconterai tout cela à ma mère... Oh! je suis bien sûre que cela l'intéressera aussi.

— Ohl c'est inutile, inademoiselle; madame de' Noirmont trouvera peut-être mauvais que je vous aie entretenue de mes chagrins.

— Oh ! je te réponds d" conlr^*' -* , malgré son air sérieux, maman est bonne aussi, et d'ailleurs lu lui plais beaucoup. Elle m'a dit plusieurs fois que ton air était très-convenable, et dam

sa bouche, c'est un grand éloge, celai Allons, bonsoir, Louise, dors bien, et surtout ne pleure plus. S' 4i n'as point de parents, eh bien ! tu as ici des personnes qui t'aiment, et qui auront bien 80in de toi.

Ernestiue quitte Louise pour aller se l'ivrer au repos, et celle-ci se sent moins à plaindre, en voyant l'amitié que lui témoigne sa jeune maîtresse, amitié qu'elle partage avec toute la sincérité de son âme.

Le lendemain a réuni la famille de Noinnont pour le déjeuner. Ërneslinè n'avait pas encore vu sa mère depuis la veille, parce qu'un mal de tête avait retenu madame de Noirmont dans son lit plus tard qu'à l'ordinaire; mais son père, qui ne se trouvait que rarement au déjeuner, venait d'y prendre place, lorsqu après avoir embrassé sa mère, Ernesline dit à ses parents d'un air mystérieux :

— j'ai quelque chose de bien intéressant à vous conter ce matin, et je suis contente que mon papa soit venu au déjeuner pour entendre ce que je vais dire.

— Vraiment! dit M. de Noirmont, en souriant d'un air un peu railleur. Du ton dont tu nous dis cela, je crois qu'il s'agit de quelque chose de fort sérieux, en effet.

— Mais ou4, 3on papa, c'est très-sérieux I Oh! vous avez \'air de vous moquer de moi ; mais quand vous saurez ce que tf'esl, je gage bien que vous serez aussi attendri que je l'étais nier au soir, en voyant pleurer cette pauvre Louise.

— Comment, il s'agit de Louise? dit madame de Noirmonl d'un air d'intérêt; lui seraii-il arrivé quelque chose de malheureux? J'en serais tâchée, car cette jeune fille est un fort h. ;i sujet, et paraît mériter nos bontés.

— Voilà ce que c'est... écoulez-moi bien. Louise ne voulait pas que je vous dise cela ; mais moi je suis bien sûre que vous ne lui en ferez pas un crime : ce n'est pas sa faute à elle.

M. (Je Noirmont, que ce préambule commence à intriguer, dit avec im[)atience :

— Voyons, ma fille, finissez-en, et expliquez-vous.

— Eh bien 1 mon papa, hier au soir, quand Louise est venue au salon pour servir le thé, elle m'a trouvée dans les bras de manian que j'embrassais, et qui m'embrassait aussi...

— C'est très-bien. cela, ma fiHc; ensuite?

— Ensuite, le soir, quand je suis rentrée dans ma chambre, ayant eu besoin d'un fichu de nuit que je ne trouvais pas, je suis allée chez Louise pour lui demander oià elle l'avait mis. Là, j'ai trouvé Louise tout en pleurs; je lui ai dit : a Pourquoi donc pleures-tu? » Elle m'a répondu en sanglotant : « Ah ! mademoiselle, c'est qu'en vous voyant ce soir dans les bras de madame votre mère, j'ai senti encore plus vivement mon malheur de n'avoir jamais été embrassée par la mienne, et de n'être qu'une enfant abandonnée. »

— Une enfant abandonnée!... murmure madame deNoirmont, dont le visage devient à l'instant d'une pâleur extrême.

— Mais, dit M. de Noirmont, il me semble que Comtois nous avait dit que les parents de celte jeune fille habitaient dans les environs de Paris... je ne me rappelle plus quel village.

— Oui, mon papa, on avait dit cela à Comtois en lui présentant Louise; mais c'était un mensonge que ses amis avaient cru devoir faire. Louise a pensé qu'il valait mieux dire la vérité.

— Elle a raison ; mais appelle ta femme de chambre, Ernestine, je veux apprendre d'elle-même toute cette histoire ; cela pique ma curiosité. Et vous, madame, n'êtes-vous pas curieuse aussi d'entendre cette jeune fille ?

Madame de Noirmont répond quelques mots à peine intelligibles ; on dirait qu'une souffrance secrète l'oppresse et qu'elle fait ses efforts pour la cacher.

Cependant, Ernestine n'a pas attendu que son père ait répété sa demande; elle a couru appeler Louise, et celle-ci ne tarde pas à se présenter devant la famille assemblée.

M. de Noirmont regarde Louise avec plus d'intérêt ; Ernestine lui sourit avec amitié; madame de Noirmont baisse les yeux et devient plus pâle encore. A l'inquiétude qui s'est emparée d'elle, à l'anxiété qui se peint dans tous ses traits, on la prendrait pour une criminelle qui attend son arrél.

— Venez, Louise, approchez, dit M. de Noirmont, en faisant nn signe à la jeune femme de chambre; ma fille nous a parlé de ce que vous lui avez avoué hier au soir. Ne tremblez pas, mon enfant, nous ne vous ferons pas un reproche de nous avoir menti en entrant ici.

— Ah! monsieur, ce n'est pas moi ! murmure Louise.

— Oui, je le sais, ce sont les personnes qui vous ont placée

chez moi qui ont cru devoir faire ce mensonge ; elles ont eu ion, on doit toujours dire la vérité. Ainsi donc, pauvre fille, vous ne connaissez pas vos parents?

— Non , monsieur.

— Où avez-vous été élevée?

— A Gagny, monsieur.

— A Gagny... Ah! c'est cela, j'avais oublié le nom du village que vous m'aviez dit en entrant... Et ceux qui vous ont élevée?

— C'est une brave paysanne... Nicolle Frimousset... Elle nourlissait alors M. Chérubin de Grandvilain...

— Ah! le jeune marquis de Granvilain a été nourri par cette brave femme?

— Oui, monsieur, c'est mon frère de lait, et, dans mon enfance, je partageais tous ses jeux.

— Très^ien ! Mais cela ne nous dit pas comment vous êtes venue à Gagny, vous?

— 3Ion Dieu, monsieur, c'est une dame... ma mère sans doute, qui m'apporta chez la bonne Nicolle, en la priant de me nourrir J'avais alors un an ; on laissa de l'argent à Nicolle, et l'on partit en disant qu'on reviendrait. L'année suivante, on envoya encore un peu d'argent par un commissionnaire de Paris ; mais on ne vint pas me voir, el, depuis, on ne revint jamais s'informer de moi.

— Mais quel était le nom, la demeure de cette dame?

— Nicolle n'avait pas songé à lui demander tout cela; car -elle ne pouvait pas s'imaginer qu'on m'abandonnerait, qu'on ne reviendrait pas!... Le commissionnaire envoyé de Paris ne connaissait pas la dame qui était venue le prendre au coin d'une rue, il ne put rien apprendre à ma bonne nourrice.

— Mais sur vous, sur vos vêtements, ne trouva-t-on aucui papier, aucune marque?...

— Rien, monsieur, absolument rien.

— Voilà qui est fort singulier. N'ôtes-vous pas de mon avis, madame?

En disant ces mots, M. de Noirmont se tourne vers sa femme qu'il n'avait pas regardée en questionnant Louise; Ernestine, qui vient de faire comme son père, pousse un cri perçant, en murmurant :

— 0 mon Dieu! maman est sans connaissance!

La tête de madame de Noirmont est retombée en arrière, sur

le dos de son fauteuil ; elle avait en effet perJu connaissance, et la pâleur livida de son visage donnait à son état quelque chose .d'effrayant.

On s'empresse de la secourir; Ernestine pleure, se désole en embrassant sa mère; Louise partage sa douleur, elle perd le tête, elle ne sait plus que faire et n'entend pas ce qu'on lui dit. Mais M. de Noirmont, qui conserve son sang-froid, appelle Comtois, et, avec son aide, transporte son épouse dans sa chambre et la met sur son lit.

Au bout de quelque temps, madame de Noirmont revient à elle; mais il y a dans ses yeux quelque chose de sombre, d'inquiet, qui dénote (jue la cause de son mal existe toujours. Elle promène lentement ses regîirds sur son mari, sur sa fille; puis, en apercevant Louise, qui est un peu plus loin et semble partager l'inquiétude générale, elle referme les yeux et laisse retomber sa tête sur l'oreiller.

— Maman, ma clière maman, comment vous trouvez-vous maintenant? s'écrie Ernestine, en pressant la main de sa mère.

— Mieux, ma* fille... je me sens mieux.

— Quel mal subit vous a donc pris, madame? dit M. de Noirmont avec intérêt. Vous nous avez causé une grande frayeur.

— Mais, monsieur, je ne sais. Je me suis sentie tout à cou)' oppressée; puis une sueur froide m'a saisie, et j'ai perdu l'usage de mes sens.

— Tu étais déjà mal disposée ce matin, tu avais mal à la tête, dit Ernestine.

— Oui, en effet! s'ccrie vivement madame de Noirmont. Déjà ce matin je souffrais, et c'est cela sans doute qui est cause...

— Et puis cette histoire de Louise t'aura fait de la peine, serré le cœur... C'est ce qui aura augmenté ton mal.

— Voulez-vous que l'on fasse venir le médecin, madame?

— Non, monsieur, c'est inutile, je n'ai besoin que de repos.de tranquillité... de sommeil, peut-être.

— Alors, nous allons vous laisser.

-- Mais je serai là, tout près, dit Ernestine, et au moindre bruit je viendrai.

Madame de Noirmont semble vivement désirer qu'on la laisse; chacun s'éloigne : Ernestine, encore tout émue d'avoir vu sa mère évanouie, et Louîo*» bien triste, parce Qu'elle craint que l'hiitoire

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de ses malheurs n'ail trop vivement touché sa maîtresse.

Madame de Noirmont passe le reste de la journée dans sa ehambre, elle garde le lit et flésire surtout être s^ule.

Le lendemain se passe le même, et pendant plusieurs jours elle ne se lève pas.

Cependant, elle refuse de voir un médecin et assure que le malaise qu'elle éprouve ne demande que du repos.

Mais, depuis le premier moment de son étal maladif, il est aisé ..e voir que l'humeur de madame de Noirmont n'est plus la même, elle parle à peine; la présence de sa fille semble parfois lui êire importune; elle lui répond avec sécheresse, et reçoit ses caresses arvec froideur. Quant à Louise, depuis qu'elle garde sa chambre, elle a constamment refusé ses services, en prélextao* qu'elle n'en avait pas besoin.

Lu pauvre Louise est toute triste; elle dit à Ernesline :

— Madame votre mère ne veut j)lus que je la serve... que j'enire dans sa chambre. Ah! mademoiselle, j'ai peur de lui avoir déplu ; elle est peut-être mécoi. tente d'avoir chez elle une fille dont on ne connaît pas les parents.

Ernesline lâche de la consoler en lui disant :

— Tu te trompes... Pourquoi donc veux-tu que maman ait quelque chose contre toi? Non, c'est ce malaise... ce sont ses nerfs qui la rendent irisle... irascible. Moi-même, quand je l'embrasse à présent, elle me repousse... elle .ne m'embrasse plus : ça nie fait bien de la peine aussi, mais pourtant je suis bien sûre que maman m'aime toujours.

En disant cela, l'aimable entant verse aussi des larmes el Louise y mêle les siennes, car elle ne trouve pas d'autres consolations à lui donner.

Enfin, madame de Noirmont s'est décidée à quitter sa chambre, elle est venue au salon ; la première fois que Louise la revoit, elle brûle de lui demander des nouvelles de sa santé, mais elle n*ose pas: le regard de sa maîtresse semble fuir le sien, el elle n'a plus pour elle sa bienveillance d'aulrcl'ois.

Mamlcnanl, pour la plus pelite chose, madame de Noirmont gronde, s'impatiente et témoigne de l'humeur; elle donne quelquefois à Louise dix ordres contraires dans la même minute. La pauvre fille peid la tête, s'étourdit , ne sait plus que faire, el Eraestine regarde sa mère d'un air nurpris el

chagrin en la voyant traiter si sévèrement sa protégée. ^- Parfois, cependant, on dirait qu'un changement extrême s'est ■jfcpéré chez celte femme singulière : après avoir rudoyé, brusqué iCouise, en voyant l'air chagrin de la pauvre fille, madame de Noirmont change de visage, ses yeux deviennent humides, ils suivem tous les mouvements de Louise; puis sa voix la rappelle, et sa voix alors est douce, affectueuse, tendre même , la jeune fille revient aussitôt, joyeuse, empressée... mais déjà sa maîtresse a repris sa figure sévè''e, et d'un geste elle lui fait signe do s'éloigner, en murmurant d'un ton href :

— Que voulez-vous?... Je ne vous ai point appelée. Quelques semaines s'écoulent de la sorte. Un matin, madame

de Noirmont, qui semble plus soucieuse encore que de coutume, dit à fille, lorsque celle-ci vient pour l'embrasser :

— D cidément, je ne veux pas garder votre femme de chan»bre... cf-tte jeune fille n'est bonne à rien... il faut la renvoyer... On lui payera deux,. trois mois de plus que ce qui lui est dû. Prévenez-la, et engagez-la à retourner dans son village ; je crois qu'elle a eu grand tort de venir chercher une place à Pans. Ne cherchez pas à changer ma résolution, ce serait inu-

•tilc.

Ernestine est désolée ; elle aime tendrement Louise, et ce serait pour elle un véritable chagrin de ne plus l'avoir près d'elle; mais sa mère a dit cela d'uu ton si sévère, si décidé, que la pauvre petite n'ose pas répUquer ; elle se tait, baisse les yeux en soupirant, et s'éloigne pour remidir la triste commission dont sa mère vient de la charger. En sortant de l'appartement de sa mère, Ernesiine rencontre M. de Noirmont qui vient à elle et, remarquarit son air chagrin, lui dit en l'embrassant :

— Qu'as-tu donc, ma fille, on dirait que tu as pleuré î

— Oh ! ce n'est rien, mon papa.

— Ernestine, vous savez que je n'aime ni les détours, ni les mystères ; je veux savoir sur-le-champ ce qui vous rend triste ce matin.

— Eh bien ! mon papa , c'est que maman veut renvoyer Louise, cette pauvre Louise, notre femme de chambre... que j'aime tant, et qui est si douce. Mais maman ne Taime plus; elle prétend que Louise n'esi bonne à rien ; cep(?ndant Louise travaille tout autant qu'autrefois, et elle coud comme un ao-^e.

ma. s puisque nianian le veut, je vais aller la prévenir, afin qu'elle...

— N'y allez pas, ma fille, c'est inutile; Louise restera dans celte maison.

— Mais, mon papa, puisque maman a dit...

— Mais je vous dis le contraire, moi, ma fille, et je suis le seul maUro ici.

Ernestine se lait, parce que sou père vient de prendre un air sévère qui annonce chez lui une résolution que personne ne pourrait changer. M. de Noirmont se rend 'Oors près de sa femme ellui dit d'un ton froid ot imposant :

— Madame, vous avez l'humeur bien capricieuse, et l'on s'en aperçoit à la manière dont vous traitez parfois votre fille ; mais vous étendez cela ju^-que sur de pauvres domestiques, et c'est ce que je ne puis souffrir. Celle jeune Louise, qui est entrée ici pour être placée près d'Ernestine, est honnête, sa^e ; sa tenue est aussi convenable que ses manières; je crois qu'il serait difficile de trouver aussi bien, et vous voulez la renvoyer, madame... vous voulez que je chasse un bon sujet, parce que, sans savoir pourquoi, elle ne vous plaîl plus; parce que votre humeur fantasque vous vend plus que jamais difficile à servir 1 Non, madame, cela ne se:a pas; je tiens à être juste avant tout, ei celle jeune fille restera chez moi, car ce serait une injustice de la renvoyer.

Madame de Noirmont ne répond pM un seul mot , elle baisse U tête, semble atterrée.

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