EDWARD LUND
muscle trapèze ; elle fut continuée au-dessous de la clavicule par une autre incision curviligne, allant atteindre l’aisselle. Le muscle sous-clavier, le petit pectoral, les faisceaux supérieurs du grand pectoral étant divisés, Lund constata que les extrémités de la clavicule s’écartaient aisément et permettaient de sentir les battements de l’artère sous-clavière, la veine de ce nom étant appliquée intimement contre la première côte par les insertions tendineuses du muscle sous-clavier.
En cherchant à atteindre la sous-clavière pour la lier, le chirurgien blessa l’artère sus-scapulaire, et, pour arrêter l’hémorragie, il fut obligé de lier les deux bouts du vaisseau divisé. Lund donne le conseil formel de ne faire la section des vaisseaux qu’entre deux ligatures en raison des riches anastomoses qui entourent l’épaule ; grâce à cette précaution, son opéré n’a perdu du fait de l’opération que trois onces de sang environ. C’est ainsi que l’artère sousclavière fut divisée entre deux ligatures en dehors des scalènes ; puis la veine fut traitée de la même façon, enfin les nerfs du plexus brachial furent sectionnés avec des ciseaux.
Le trapèze fut coupé à ses insertions à l’épine de l’omoplate ; on lia l’artère cervicale transverse et la scapulaire supérieure ; le tissu cellulaire de l’aisselle était sain, mais on dut enlever un ou deux ganglions un peu volumineux. On n’eut plus qu’à couper le long dorsal, le grand dentelé, le rhomboïde, l’angulaire, en détachant le bord spinal du tronc, et toute la pièce fut enlevée, grâce à une dernière incision verticale faite sur la peau au niveau du tiers interne de la clavicule.
L’opération, qui avait été longue et laborieuse, était ainsi
OBSERVATIONS
presque finie. Les lambeaux s’appliquaient parfaitement l’un sur l’autre (et de fait, après l’ablation de tout le moignon de l’épaule, on a toujours plus de peau que ce n’est nécessaire) ; vingt-quatre points de suture les unirent et un pansement antiseptique compressif fut appliqué.
Le malade se remit du shock, qui avait été violent ; la température s’éleva le lendemain à 102° F. pour redevenir normale. Les sutures furent enlevées douze jours après l’opération, il y avait à peine de suppuration. Au bout d’un mois, le pansement sous le spray put être laissé de côté ; le quarante-sixième jour l’opéré regagnait sa demeure avec un simple pansement à l’acide borique.
(Read before the surgical section of the annual meeting of tlie British medical Association in Cambridge, août 1880. British medical Journal, 1880, t. II, p. 617.)
XIIIe cas. — Mac Gill. — Noie on a case of amputation of the arm with scapula and part of cl avicle.
Au mois de mai 1882 (?), une femme de cinquante-huit ans était reçue à l’hôpital de Leeds ; elle souffrait beaucoup d’une grosse tumeur sise au bord axillaire de l’omoplate gauche ; celle-ci proéminait à la fois dans l’aisselle et dans la fosse sous-épineuse.
La résection de l’omoplate fut tentée avec les précautions antiseptiques ; une incision en T fut faite sur la face postérieure du scapulum ; les attaches postérieures de l’os furent sectionnées, les artères scapulaires supérieure et postérieure étant saisies avec des pinces. En cherchant à isoler les parties antérieures de la tumeur, l’artère axillaire fut blessée ; M. Gill se décida alors à étendre son inci-
A. DESPRES.
sion au long de la clavicule, à sectionner cet os et à enlever tout le membre. La malade perdit quelques onces à peine de sang, quoiqu’aucune ligature ne fût posée avant l’achèvement de l’opération. L’examen de la tumeur fit ultérieurement reconnaître que le parti auquel s’était résolu l’opérateur était le seul à prendre, l’artère étant comprise dans l’intérieur du tissu pathologique sur l’étendue d’un pouce.
Malgré des précautions antiseptiques rigoureuses, la suppuration devint putride, une plaque de gangrène se montra sur les lambeaux, et la malade succomba le sixième jour.
M. Gill a vu pratiquer quatre fois cette opération : deux fois par sir William Fergusson à King’s College Hospital, pour des sarcomes de l’omoplate, une fois avec succès, une fois où la mort survint : deux fois sur de jeunes garçons pour des accidents, par M. Wheelhouse et par M. Jessop à l’infirmerie de Leeds : les deux malades guérirent.
(Br itish medical Journal, 1880, t. II, p. 702.)
XIVe cas. — A. Desprès. — Ostéo-sarcome de l'épaule , ablation ; récidive et amputation totale du membre supérieur avec F omoplate et le tiers externe de la clavicule : guérison, puis récidive et mort.
En décembre 1881. un homme âgé de vingt-deux ans entre dans le service de M. Desprès à F hôpital de la Charité : vers l’âge de onze ans, il a commencé à ressentir dans l’épaule droite des douleurs sourdes qui ont pris un caractère de plus en plus aigu. Il y a trois ans, elles le déterminèrent à entrer à l’hôpital de Reims, mais ce ne fut que six mois plus tard qu’apparut vers le milieu de l’omoplate
OBSERVATIONS
une tumeur grosse comme une noisette, très dure, peu douloureuse à la pression, qui continua à grossir progressivement et qui le lit réformer du service militaire. A son entrée à l’hôpital de la Charité, il se présente dans l’état suivant :
La tumeur siège à la partie postérieure de l’épaule et occupe l’angle inférieur de l’omoplate aux dépens duquel elle semble s’être développée et auquel elle adhère intimement. Son volume égale celui des deux poings ; elle ne paraît d’ailleurs avoir envahi que la portion sous-épineuse de cet os. La peau, quoique amincie, n’adhère pas ; la tumeur est dure, rénitente, sans fluctuation; elle ne présente ni crépitation osseuse ni battements. Les douleurs, très vives, empêchent le sommeil ; on ne trouve nulle part de ganglions engorgés.
Quelques jours après, M. Desprès enlève la tumeur en réséquant toute la partie de l’omoplate située au-dessous de l’épine. La pièce enlevée pesait 4 livres ; elle était développée aux dépens de l’os et du périoste ; à la coupe elle présentait un tissu grisâtre, marbré, tantôt dur, tantôt en voie de ramollissement, parsemé d’aiguilles osseuses, ayant toutes les apparences des sarcomes des os (tumeurs à médullocelles avec productions osseuses).
Au bout d’un mois, la cicatrisation était complète; mais trois mois après apparaissait une récidive au niveau de l’épine scapulaire. En avril 1882, le malade rentrait à l’hôpital avec un envahissement de tout ce qui restait de l’omoplate ; la peau était adhérente dans l’aisselle, autour de la clavicule et sous le sterno-mastoïdien on trouvait plusieurs ganglions engorgés, dont le plus volumineux ne dépassait pas les dimensions d’une noisette ; l’omoplate