‹ L'amputation du membre supérieur dans la contiguité du troncChapitre 3 sur 62 · LE MEUNIER SAMUEL WOOD · texte numérisé non relu

LE MEUNIER SAMUEL WOOD

Reproduction photographique de la planche du traité d’anatomie de Cheselden : 1, l’extrémité externe de la clavicule; 2, la cicatrice; 3, le muscle sous-scapulaire; 4, le cubitus fracturé en deux endroits.

Cependant dès 1836 un chirurgien américain, nommé Dixi Crosby, avait réalisé la même opération avec succès pour un ostéo-sarcome du membre supérieur ; c’est à lui que revient l’honneur d’avoir pour la première fois pratiqué d’emblée l’ablation totale du membre supérieur pour une tumeur. Cette tentative, malgré son heureux résultat, eut si peu de retentissement que deux ans plus tard Mac Clellan, de Philadelphie, ayant dans un cas analogue eu recours à cette ressource extrême, put se croire le premier à l’avoir mise en usage.

L’année même où Gaetani-bey pratiquait son opération, un autre Américain, Mussey, se déterminait à enlever la totalité de l’omoplate et de la clavicule pour un chondrome qui, dix-neuf ans auparavant, avait nécessité la désarticulation scapulo-h umérale : cette opération, bien que moins étendue que celle à laquelle les auteurs précédents avaient eu recours, fut conduite suivant les mêmes règles ; elle reconnaissait d’ailleurs le même principe, l’extirpation de tout ce qui représentait encore le membre supérieur; ce fut d’ailleurs une opération grave et difficile, et dans sa relation nous trouvons pour la première fois la mention d’un accident que nous verrons se reproduire assez fréquemment au cours de l’amputation interscapulo-thoracique : l’opéré faillit succomber à l’entrée de l’air dans la veine sous-clavière.

Tels furent les premiers cas dans lesquels fut exécutée l’amputation interscapulo-thoracique. Ils nous présentent, dès le début de l’histoire de cette opération, autant d’exemples des conditions très différentes dans lesquelles on est appelé à la pratiquer. A partir de cette époque les observations se multiplient; chaque année, presque, ajoute un fait

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nouveau à ceux qui le précèdent, et nous arrivons aujourd’hui à un total de 51 amputations du membre supérieur pratiquées dans la contiguïté du tronc par des chirurgiens, dont quelques-uns, comme Mussey, Fergusson, Parise, ont eu l’occasion de recourir plusieurs fois à cette opération. La relation très complète que nous allons donner de ces cas dans l’ordre chronologique où ils se sont présentés, avec l’indication exacte des sources où nous les avons recueillis, nous dispense d’une énumération qui n’offrirait qu’un médiocre intérêt : c’est en abordant les différents points de cette étude que nous chercherons à établir ce qui revient à chaque auteur dans la détermination des indications de l’opération qui nous occupe et dans les modifications et les perfectionnements apportés à sa technique. Nous devons cependant faire observer dès à présent que presque tous les cas dont on trouve la trace dans la littérature médicale sont jusqu’à ce jour restés des tentatives isolées, souvent ignorées des chirurgiens qui ont eu l’occasion de pratiquer l’ablation complète du membre supérieur avec l’omoplate. Ce n’est que de loin en loin que ces auteurs ont joint à la relation de leurs faits personnels quelques détails historiques ou des résumés publiés sous forme de tableaux synoptiques.

C’est ainsi que Stephen Rogers a réuni un certain nombre d’observations en tableau à l’occasion d’une opération de résection de l’omoplate publiée en 1868 dans Y American Journal of the medical Sciences. Ce résumé fut reproduit avec quelques modifications l’année suivante dans le New-York medical Journal à propos d’un cas analogue survenu dans la pratique de Sydney Jones. Des documents d’une certaine importance sont également renfermés dans un remarquable mémoire paru dans YEdin-

burgh medical Journal de 1869. Dans cet article, Patrick Héron Watson accompagne la relation d’un arrachement du bras pour lequel il dut pratiquer l’amputation du membre supérieur dans la contiguïté du tronc, d’un judicieux exposé des indications de cette opération et de l’indication sommaire des cas qui étaient parvenus à sa connaissance.

Mais l’aperçu le plus complet qui ait été donné de la question est dû à la plume de M. Chauvel et se trouve contenu dans l’article Omoplate du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Si les faits dont il renferme l’indication ne surpassent pas beaucoup en nombre ceux qui sont mentionnés dans les résumés précédents, on y trouve envisagées avec quelques développements les circonstances pathologiques ou accidentelles qui régissent l’opération et les procédés qui leur correspondent dans son exécution. Nous aurons, au cours de cette étude, à faire à ce travail de nombreux emprunts.

Enfin, pour ne rien omettre de ce qui se rapporte à ce sujet, il faut signaler la communication d’Adelmann au congrès des chirurgiens allemands en 1878, communication qui ne renferme guère que des chiffres bruts et par conséquent d’une médiocre utilité, un mémoire plus important de Th. Gies publié en 1883 dans le Deutsche Zeitschrift fur Chirurgie , et quelques thèses récentes parmi lesquelles nous citerons principalement celles de MM. Demandre et de Langenhagen. Dans presque tous ces travaux les cas d’amputation interscapulo-thoracique se trouvent réunis et parfois confondus avec d’autres faits relatifs à des opérations très différentes, telles que la résection totale ou partielle et l’amputation de l’omoplate. Ils nous ont servi

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surtout à établir la comparaison entre les résultats de ces divers modes d’intervention et à déterminer celui d’entre eux auquel on doit avoir recours dans un cas pathologique déterminé.

Aux observations citées dans ces recueils, nous en avons pu joindre d’autres qui se trouvent dispersées dans des publications diverses, plusieurs cas récents, et deux observations inédites dont l’une nous a été confiée par M. le professeur Ollier, et dont l’autre, recueillie à l’hôpital de la Charité sur un de nos opérés, a été le point de départ de ces recherches. Nous avons résumé nous-même celles de ces observations que nous ne pouvions retracer en entier et nous les avons fait suivre de l’indication précise du lieu où elles ont été publiées ou reproduites. Dans l’étude d’un sujet aussi spécial et jusqu’à un certain point nouveau, il nous a semblé que l’exposition complète des faits connus devait précéder toutes les considérations que peut faire naître leur examen. Nous commencerons donc par l’exposé des observations que nous avons rassemblées, et c’est après les avoir passées en revue que nous pourrons, en nous fondant sur elles, envisager l’amputation totale du membre supérieur successivement dans ses résultats , dans ses indications , et dans son exécution.

Avant d’aborder l'exposition de ces observations, il nous faut cependant justifier en quelques mots l’ordre que nous avons adopté dans leur répartition. Les cas dans lesquels l’amputation du membre supérieur a été pratiquée dans la contiguïté du tronc sont de deux ordres : les uns sont relatifs à de grands délabrements du membre par une violence telle que l’action d’un projectile ou celle d’une

machine, ce sont les cas d’amputation traumatique que nous devons présenter et analyser à part.

Mais le plus souvent l’amputation interscapulo-thoracique a été motivée par une affection pathologique et cela dans deux sortes de conditions qui établissent entre ces amputations pathologiques une distinction des plus tranchées.

Tantôt l’on a enlevé au cours de la même opération, en une seule séance, la tumeur avec le bras, l’omoplate et le plus souvent une partie de la clavicule : nous donnerons à l’opération pratiquée de la sorte le nom d 'amputation pathologique totale d’emhlêe.

Tantôt le membre supérieur avait dû être désarticulé dans l’articulation scapulo-bumérale quelque temps auparavant, lorsqu’une récidive du mal a contraint le chirurgien à porter plus haut l’intervention en enlevant avec la tumeur récidivée l’omoplate et une partie de la clavicule. On pourrait objecter qu’en pareil cas il ne s’agit pas d’une amputation véritable, mais d’une résection de l’omoplate exécutée consécutivement à la désarticulation de l’épaule : l’examen des observations dément une semblable interprétation. L’opération faite de la sorte n’a rien d’une résection, dont le caractère essentiel doit toujours être d’enlever l’os malade en ménageant les parties du membre situées audessous de lui et même les parties molles qui l’entourent.

Non seulement, en pareil cas, c’est l’ablation large de l’omoplate à laquelle il faut recourir, en y comprenant toutes les parties ambiantes, en intéressant les gros vaisseaux, en courant les mêmes risques que dans l’amputation totale d’emblée; mais l’exécution de l’opération ne diffère pas très notablement suivant que le bras a été enlevé ou

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qu’il tient encore à l’épaule ; les accidents, les complications qui accompagnent ou qui suivent l’intervention sont les mêmes ; la mortalité est égale dans un cas comme dans l’autre; enfin le résultat de l’opération est identique, car elle aboutit à la suppression complète du membre supérieur enlevé au ras du tronc. Nous croyons donc qu’il est nécessaire de conserver ces opérations qui sont des réamputations véritables dans la classe des amputations interscapulo-thoraciques de cause pathologique ; nous les désignerons désormais par le nom à' amputations pathologiques consécutives .

En passant en revue les observations, nous examinerons donc successivement :

Les amputations pathologiques totales d’emblée ;

Les amputations pathologiques consécutives;

Les amputations traumatiques.

OBSERVATIONS

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