PARISE
spéciale. L’omoplate, brisée, est enfoncée sous la paroi antérieure de l’aisselle, au milieu de larges lambeaux déchirés et contus. Je lie l’artère et la veine sousclavière droites; j’enlève le bras, l’omoplate et la moitié externe de la clavicule. Les suites de l’opération furent très heureuses; la plaie suppura pendant deux mois. La cicatrisation ne fut retardée que pendant quelques jours par la formation d’un abcès sous le lambeau supérieur.
« J’ai revu de temps en temps cet opéré, il est devenu un homme très robuste, exerçant la profession de charbonnier. Il porte 50 kilogrammes de charbon avec la plus grande aisance. J’ai pu le retrouver et le faire photographier en 1882.
« Sur le moignon, on voit une cicatrice assez profonde, de la largeur d’un travers de doigt, d’une longueur de 12 centimètres et ayant une direction antéro-postérieure; la lèvre supérieure de la cicatrice est froncée fortement en deux ou trois points et peu mobile vers le point qui répond au centre de l’aisselle. Sur cette première cicatrice vient tomber perpendiculairement une cicatrice superficielle verticale. Ces deux cicatrices forment donc une sorte de T. En avant de la cicatrice verticale, qui a une longueur de 8 centimètres, on trouve la peau recouverte par une touffe de poils, et sous la peau on sent le coussinet graisseux de l’aisselle. Ces cicatrices, dans leur ensemble, ne sont pas adhérentes aux parties profondes sur lesquelles elles glissent facilement, sauf dans le point précédemment cité où existe une dépression profonde, dans laquelle on peut insinuer la première phalange de l’index.
« Dans ces mouvements de glissement on sent un frottement assez gros et rude au niveau de la partie postérieure
de la cicatrice transversale. C’est l’angle postéro-supérieur de l’omoplate, non encore ossifié au moment de l’opération, qui est resté adhérent à la face profonde du lambeau et a donné naissance à une végétation osseuse, large de 4 centimètres carrés. C’est cette plaque osseuse qui frotte avec bruit sur les côtes sous-jacentes, entraînée par l’insertion de l’angulaire de l’omoplate; ce qui reste de la clavicule s’est porté un peu en arrière et en haut. On peut voir et sentir les deux faisceaux du sterno-cléido-mastoïdien. Le blessé peut tenir la tête bien droite, sans inclinaison ni rotation.
« Ce malade, qui s’est adonné pendant longtemps à l’alcool, s’est suicidé au mois de mars 1885. »
Deuxième fait. — « La date ne peut pas être exactement précisée.
« Il s’agit d’un garçon de quatorze ans, dont le membre supérieur gauche fut saisi dans un engrenage. Le bras et l’épaule étaient broyés. C’était une large plaie contuse avec lambeaux, remontant jusqu’au-dessous de la clavicule, en avant et en arrière jusqu’à la partie inférieure du cou. 11 existait des fractures esquilleuses de l’humérus et de l’omoplate. L’artère sous-clavière put être liée facilement; mais je cherchai vainement la veine au devant du scalène antérieur; elle avait été arrachée et s’était rétractée en dedans de ce muscle vers l’ouverture supérieure du thorax. Je ne pus la trouver et la lier, comme j’ai l’habitude de le faire. J’enlevai tout le membre supérieur, y compris l’omoplate en entier et plus de la moitié de la clavicule. J’utilisai les lambeaux en assez bon état, surtout en arrière et en haut, pour recouvrir la plaie.