J. -J. CHARLES
<( porter brièvement les opérations de même genre que j’ai eu « l’occasion d’exécuter depuis trente ans. Je ferai suivre leur « rapide énumération de quelques réflexions,
« Veuillez agréer, mon cher collègue, l’expression de mes « meilleurs sentiments. »
Le Dr J. Parise.
XLVIIP cas. — J.-J. Charles (de Belfast). — Case of avulsion of the right arm and scapula.
Charles fut appelé, le 14 septembre 1870, à Tintagh près de Cookstown, pour un garçon de dix ans qui, le malin, avait eu la main prise dans un engrenage, et le membre supérieur presque arraché du tronc : au dire des assistants, l’hémorragie immédiate avait été considérable; le sujet était faible et refroidi, mais il souffrait peu.
Les téguments étaient arrachés au niveau de la poitrine et de la paroi antérieure de l’aisselle, laissant à découvert une plaie de plusieurs pouces, à la partie supérieure de laquelle faisait saillie l’extrémité acromiale de la clavicule; mais les parties molles de la région scapulaire postérieure étaient indemnes et même remarquablement sauves; elles seules mainlenaient encore le membre attaché au tronc. Le tiers supérieur de l’humérus, toute l’omoplate avaient été arrachés, et les camarades du patient affirmaient que des fragments osseux jonchaient encore le sol de l’atelier. L’extrémité externe de la clavicule était détachée de ses connexions à l’omoplate; elle faisait saillie hors de la plaie : les vaisseaux et les nerfs de l’aisselle, arrachés, pendaient à une distance de 1 à 3 pouces de la première côte. Le muscle grand pectoral était à nu, comme disséqué, son insertion à la coulisse bicipitale de l’humérus était conservée;
OBSERVATIONS
ce qui restait du squelette du bras, de l’avant-bras et de la main était broyé.
Le patient fut cliloroformisé, mais pas complètement ; on tailla un vaste lambeau aux dépens des parties molles de la région postérieure de l’épaule et de l’aisselle, et le membre fut séparé du tronc.
Les nerfs du plexus brachial furent coupés au ras, les vaisseaux axillaires, bien qu’obturés par l’arrachement, furent liés, l’extrémité externe de la clavicule fut sciée dans l’étendue d’un pouce. Des sutures fixèrent ensuite le lambeau postérieur sur la perte de substance, et l’on appliqua un pansement à l’eau froide, aucun antiseptique n’étant à portée.
Le blessé fut rapporté chez ses parents; on fit des lavages phéniqués sur la plaie. Le 18 septembre seulement, M. Charles le revit; l’état général était bon malgré une insomnie prolongée, la plaie était granuleuse ; un gonflement inflammatoire assez intense s’était produit autour d’elle, et les angles des lambeaux présentaient par places une coloration noire. Les sutures furent enlevées.
Charles ne revit plus le malade. Le médecin qui soignait ce dernier lui apprit bientôt sa guérison complète. L’observation ne renferme aucun renseignement sur l’état de la cicatrice.
(Communication à the Ulster medical Society, le 3 février 1872. The Lancet , 1872, vol. I, 17 février, p. 216).
XL1XC et Lc cas. — Wheelhouse et Jessop.
McGill (1), dans une note annexée à son observation per-
(1) Mc Gill, Note on a case of amputation of the arm with scapula and part of clavicle (British medical Journal, 1880, t. II, p. 702).
WHEELHOUSE ET JESSOP.
sonnelle, rapporte, sans préciser les dates, qu’il a vu pratiquer quatre fois cette opération (l’amputation du bras avec l’omoplate et une partie de la clavicule), deux fois par sir William Fergusson, à King’s College Hospital, pour des sarcomes de l’omoplate, une fois avec succès ; une fois où la mort survint ; deux fois sur de jeunes garçons pour des accidents, par M. Wheelhouse et par M. Jessop, à l’infirmerie de Leeds ; les deux malades guérirent. Aucune autre indication et aucune date ne sont jointes à cette mention sommaire. Nous avons pu retrouver l’observation du cas de Jessop seulement : elle a été publiée dans le British medical Journal.
Primary amputation of upper extremity , including scapula and outer half of clavicle : entrance of air into subclavian vein; recovery ( under the care of M. Jessop). Reported by M. A.-W.-M. Robson.
John Clark, âgé de quatorze ans, a eu le bras gauche pris et presque arraché par une roue d’engrenage le 28 avril 1873. Après avoir fait quelques pas, il est tombé sans connaissance dans les bras de ses camarades ; la perte immédiate de sang a été peu considérable.
Admis à l’infirmerie de Leeds, il est fort pâle, le pouls à peine sensible, la respiration pénible, les yeux clos, les pupilles dilatées; l’insensibilité est presque absolue, l’humérus droit est broyé entre le col anatomique et le col chirurgical ; toutes les parties molles sont divisées à ce niveau, sauf une bande de peau de trois travers de doigt de large vers la région postérieure et externe de l’épaule. Les battements de l’artère sous-clavière peuvent être perçus près de la clavicule.
L’opération est pratiquée pendant la durée du shock. Anesthésie à l’éther; le pont de peau qui relie le membre supérieur au tronc est coupé ; tous les tissus placés en avant
OBSERVATIONS
de l’épaule, quoique fort délabrés, sont disséqués avec soin de manière à constituer un lambeau antérieur : l’articulation scapulo-bumérale est ouverte et la tête humérale enlevée.
L'artère sous-clavière fut tordue au niveau de sa troisième portion. Il devint alors manifeste qu’il y aurait insuffisance des parties molles destinées à recouvrir la perte de substance, et l’on se décida à extirper l’omoplate, ce qui fut fait en en détachant la peau, et en coupant ses attaches supérieures. Le corps de l’os fut alors saisi de la main gauche pour mettre à découvert les insertions musculaires de la base (du bord spinal?) et pour pouvoir les couper d’avant en arrière. Pendant cet acte, deux sifflements bien distincts furent entendus ; ils étaient causés par l’entrée de l’air dans la veine sous-clavière. On exerça de suite une compression avec le doigt sur le vaisseau ouvert ; mais déjà l'opéré était livide et sans pouls ; on suspendit aussitôt l’administration du chloroforme, et sans perdre un instant, pendant que les aides faisaient la respiration artificielle, attiraient la langue, jetaient de l’eau froide sur le visage, l’opération fut achevée, le reste des attaches de l’omoplate fut divisé, et le tiers externe de la clavicule sectionné avec une cisaille.
Trois onces de sang seulement furent perdues ; trois artères, la sous-clavière comprise, avaient nécessité la torsion. On chercha à rapprocher autant que possible les bords de la plaie, mais il resta en un point une légère perte de substance ; enfin un pansement simple (non antiseptique) fut appliqué. Deux fois pendant l’opération, la situation du blessé avait été des plus critiques. Pendant plusieurs heures il fallut le laisser sur la tahle d’opération en cherchant à le remonter avec de l’alcool.
LUCAS-CHAMP10NNIÈRE.
Les jours suivants il y eut de la fièvre et du délire, mais peu à peu la température diminua, le pouls se releva, les forces revinrent. Les angles des lambeaux, une notable partie de l’antérieur surtout, se nécrosèrent ; dès le 7 mai on put commencer à recouvrir la perte de substance avec des greffes épidermiques et bientôt elle fut cicatrisée. Le 8 mai, le blessé quittait l’hôpital, le 17 il était guéri complètement. Le 18 août, il tomba sur son côté blessé ; peu après il se déclara un abcès gros comme un œuf, qui fut ouvert le 20 août (deux jours après la chute) et qui renfermait du pus fétide et des bulles de gaz ; cet abcès guérit rapidement après incision.
Deux gravures sur bois représentent le malade vu de face et de côté, d’après des photographies prises le 21 juin, près de deux mois après l’opération.
(British medical Journal, 1874, t. I, 3 janvier, p. 12.)
LIe cas. — J. Lucas-Championnière. — Amputation du membre supérieur avec l'omoplate et la partie externe de la clavicule gauches , pour un arrachement du bras.
Le 30 juin 1884, un mécanicien, âgé de trente-huit ans, en voulant passer une courroie autour d’une poulie ébréchée mue par un arbre de couche, eut la main gauche entraînée par cette courroie, le bras engagé et enroulé à son tour autour de l’arbre de transmission, et finalement arraché. Le blessé, qui n’avait pas perdu connaissance, fut transporté à l’hôpital Tenon, oû il arriva non sans avoir perdu une assez grande quantité de sang.
À son entrée, M. Lucas-Championnière constate un arrachement du membre supérieur gauche au tiers supérieur.
OBSERVATIONS
La peau est détruite en avant jusqu’à la moitié gauche du thorax, mettant ainsi à nu le muscle grand pectoral ; en haut et en avant la région de la clavicule est complètement dénudée, et en haut et en arrière la région de l’omoplate est dégarnie de sa peau dans sa moitié externe. Dans le creux axillaire, à la partie inférieure, la peau est conservée avec ses poils, mais elle est décollée sur une grande étendue, formant un angle dont, le sommet arrive sous le bras.
La partie moyenne de l’humérus est dénudée et saillante au milieu des masses musculaires qui l’entourent; on voit qu’il y a eu éclatement de l’os par flexion forcée.
Le muscle biceps est pour ainsi dire dépouillé jusqu’à l’épaule, ainsi que tous les autres muscles des faces postérieure, externe et antérieure du bras. Ces muscles pendent autour de l’extrémité supérieure de l’humérus qui est restée solidement attachée par ses ligaments à la cavité glénoïde de l’omoplate, malgré la force considérable qu’il a fallu pour produire un tel délabrement.
Les vaisseaux sont de même disséqués et de plus étirés. L’artère humérale est allongée, mais oblitérée, et on en voit nettement les battements; aucune artériole ne donne, l’hémorragie a plutôt lieu en nappe.
Les nerfs sont aussi mis à nu, allongés et disséqués. Le nerf médian dépasse de plusieurs centimètres la masse musculaire.
Le blessé étant très déprimé, M. Lucas-Championnière remet à plus tard toute intervention chirurgicale : il se borne à lier l’extrémité de l’artère humérale, à sectionner les masses musculaires pendantes et les troncs nerveux ; il saupoudre la plaie d’iodoforme et la recouvre d’un pansement phéniqué.