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Les jours suivants ce pansement est renouvelé ; l’état général s’étant remonté peu à peu et le shock traumatique étant dissipé, le chirurgien procède le 4 juillet à l’opération suivante.
M. Championnière fait à la réunion du tiers interne et des deux tiers externes de la clavicule une incision longitudinale, afin de sectionner l’os, puis de faire la ligature de l’artère sous-clavière, immédiatement en dehors des muscles scalènes. La clavicule est dénudée avec soin et une plaque de cuivre est placée derrière l’os afin de protéger les parties molles contre l’action de la scie. La section de l’os étant faite, on coupe le muscle sous-clavier et l’on dénude la veine et l’artère sous-clavières qu’on lie séparément avec du catgut. Les nerfs du plexus brachial sont de même dénudés et coupés le plus haut possible. Les muscles pectoraux ayant été sectionnés, tout le moignon de l’épaule est alors renversé en dehors, de façon à être détaché du thorax avec tous les muscles.
Faisons remarquer de suite que la section de la clavicule et les ligatures préliminaires ont été des temps très laborieux de l’opération.
Au fur et à mesure que les muscles sont coupés en arrière, de nombreuses pinces hémostatiques sont mises en place sur les artérioles musculaires, qui donnent beaucoup de sang. Au moment où l’opérateur parvient au bord postérieur de l’omoplate, les difficultés sont assez grandes, la plaie étant très profonde ; les muscles sont alors détachés du peu de peau qui reste adhérente en arrière, puis tout le moignon est enlevé.
L’hémostase est assez longue à faire ; on la fait avec du catgut.
OBSERVATIONS
Un lavage très abondant avec la solution pliéniquée forte est répété plusieurs fois.
Une incision en arrière, au niveau du point où se trouvait le bord postérieur de l’omoplate, est faite à la partie déclive afin de permettre un bon drainage.
On ferme la plaie par quelques points de suture profonds et de nombreux points superficiels ; tous sont faits avec des crins de Florence.
La peau de la région antérieure se réunit assez difficilement avec celle de la région postérieure malgré cette énorme perte de substance. La peau de Faisselle, encore garnie de poils et qui a été conservée pour faciliter cette réunion, est en assez mauvais état, broyée en partie, et l’événement montra qu’elle était mortifiée sur ses bords.
Le drainage est fait très largement avec les drains fenêtrés en caoutchouc durci de M. Championnière.
Sur la face énorme de la plaie, les derniers lavages sont faits avec la solution de bichlorure de mercure à 1/1000% afin d’éviter trop d’absorption d’acide phénique.
Le pansement est fait avec des gâteaux de charpie imprégnés de cette même solution, mais séparés par des couches d’iodoforme pulvérisé. Aussitôt après l’opération, le blessé était déprimé, refroidi, la respiration était lente ; on le laissa pendant deux heures sur la table d’opération, la tête basse. Le soir, il était un peu relevé et avait pu prendre un peu de nourriture liquide. Le lendemain la température était modérée, plus basse qu’avant l’opération (38% 5 au lieu de 39°) ; on ne changea rien au pansement, qui ne fut levé que le 6 juillet.
Ce jour et le suivant, il se manifesta du gonflement amenant de la tension de la suture, et un commencement de
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suppuration avec un peu d’emphysème à la région thoracique antérieure. Il fallut supprimer les points de suture, la peau de la région axillaire s’étant en grande partie sphacélée. Le 8 s’éliminèrent quelques lambeaux de tissu cellulaire mortifié : un érythème assez intense des bords de la plaie, qui étaient en grande partie décollés, obligea de renoncer pour le pansement à l’emploi du sublimé et à le remplacer par l’acide phénique.
A partir du 10 juillet une amélioration notable se produisit; la plaie prit bon aspect, la suppuration se réduisit à quelques gouttes de pus. Le 30 juillet, la cicatrice se rétrécissait visiblement ; l’opéré pouvait se lever et se promener dans la salle. Ce fut au niveau du point où l’extrémité du bout restant de la clavicule faisait saillie que la réparation fut le plus longue à se faire. Quand M. Lucas-Championnière revit ce malade, le 30 septembre, après une absence, il était complètement guéri.
M. I jiicas-Championnière eut plusieurs fois l’occasion d’examiner son opéré. La cicatrice se rétractait de plus en plus de manière à ne plus mesurer que 7 à 8 centimètres de hauteur sur 3 à 4 de large. Elle était insensible, sans aucune adhérence ; la clavicule ne formait aucune saillie sous la peau.
M. Collin construisit pour cet opéré un membre prothétique fort analogue à celui qu’il a fabriqué pour le sujet de l’observation XY ; en voici la description. Cet appareil se compose d’une demi-camisole en toile du côté droit, remplacée du côté gauche par une espèce de cuirasse en cuir emboîtant tout le moignon de l’épaule et rendant au tronc sa forme normale. Ces deux parties sont réunies
Berger. 9
OBSERVATIONS
par un lacet, ce qui permet au malade de faire blanchir lui-même la partie en toile.
Sur la portion en cuir s’adapte, par deux lanières fixées à sa partie supérieure, un bras qui ne diffère du membre artificiel décrit dans la XVe observation, que par la suppression du mécanisme un peu compliqué par lequel le pouce pouvait être écarté des doigts sans le secours de la main opposée.
Cet appareil a l’avantage, par son poids, de rétablir l’équilibre du sujet qui, sans cela, se trouve entraîné par le membre restant du côté droit. L’opéré apprécie luimême ce grand avantage, car dès qu’il quitte son appareil pour une raison quelconque, il ne se sent plus en équilibre.
Grâce à cette prothèse, il peut encore du membre gauche remplir quelques fonctions utiles dans l’exercice de sa profession, comme de tenir un carnet; le membre artificiel lui sert également pour manger et pour quelques autres menus usages.
Cette observation a d’abord été publiée dans la thèse de M. le Dr Trévelot ( Quelques considérations sur V amputation de l’omoplate, etc. Paris, 1885, p. 35); puis par M. Lucas-Championnière lui-même, dans la Revue de chirurgie , 1886, VIe année, n° 6, p. 529.
RÉSULTATS
Pour estimer la valeur d’une opération, il faut tenir compte non seulement de ses résultats immédiats, mais de ses résultats définitifs. Les premiers permettent d’évaluer le degré de gravité qu’elle présente : ce n’est que par la connaissance des seconds que l’on peut se faire une idée exacte de son utilité réelle.
La notion de gravité ou de bénignité relative qui s’attache à l’intervention chirurgicale ne doit d’ailleurs pas être uniquement fondée sur la proportion des succès opératoires et des cas suivis de mort. Il importe d’étudier, dans leurs détails, les faits heureux comme les faits malheureux, et de déterminer les causes qui ont eu quelque influence sur la terminaison observée dans chaque cas particulier. La considération des accidents survenus au cours de l’opération ou à sa suite est ici de première importance. En précisant les difficultés et les dangers que le chirurgien rencontre sur sa route, elle permet d’établir les moyens que l’on a de les prévenir ou de les combattre, et d’alléger ainsi les statistiques opératoires de complications qui pèsent sur elles et qui en assombrissent les résultats.
Reste à savoir si l’opération remplit le but pour lequel on la pratique : question aussitôt résolue lorsqu’il s’agit d’amputations motivées par des lésions traumatiques ou des affections de nature bénigne, mais à laquelle peut seule répondre l’étude des résultats éloignés de l’opération lors-
RÉSULTATS
que celle-ci est dirigée contre des tumeurs malignes. La fréquence, la date d’apparition des récidives, doivent être déterminées dans la limite du possible, afin eue l’on puisse juger de la proportion dans laquelle l’intervention chirurgicale prolonge l’existence du malade, et comparer le bénéfice qui en résulte avec le sacrifice qu’elle impose.
Enfin, dans les cas où la guérison définitive a été obtenue, il faut en dernier lieu constater la dégradation de la forme, la perte des fonctions qui résultent de la mutilation subie, et rechercher si les moyens dont la prothèse dispose permettent de dissimuler la première et d’atténuer la seconde dans une certaine limite.
Tels sont les aspects divers sous lesquels nous allons envisager les résultats de l’amputation du membre supérieur dans la contiguité du tronc.