SHOCK OPÉRATOIRE
derniers temps adressées à ce terme peu défini et qui paraît répondre à des causes très diverses, seul il nous semble capable de désigner l’atteinte profonde et subite portée à la vitalité et l’état de dépression où se trouve brusquement jeté le malade, état qui n’est suffisamment expliqué ni par la perte du sang, faible dans certains cas où cette dépression est des plus accusées, ni par l’action des agents anesthésiques qui peut souvent être prolongée bien au delà sans aucun inconvénient, ni par l’entrée de l’air dans les veines, puisque nous mettons les faits où celle-ci a été notée soigneusement à part, ni par la lésion directe de l’appareil respiratoire.
L’expression de shock est, nous le reconnaissons, mal définie et d’une interprétation physiologique plus obscure encore, mais elle nous paraît devoir être ici conservée non seulement parce qu’elle se trouve relatée dans les observations et que nous ne saurions en proposer une autre sans substituer notre interprétation à celle de leurs auteurs, mais parce que le sens clinique de ce mot est nettement établi et facile à saisir. Les faits eux-mêmes nous montrent, en effet, qu’une mutilation étendue peut déprimer les forces au point de mettre l’opéré dans un état voisin de la mort, ou conduire à la mort elle-même par cette chute rapide à laquelle on a donné le nom expressif de collapsus , et cela sans que la cause de la mort puisse actuellement être expliquée par un accident lié à l’opération ou par une lésion anatomique.
Cette dépression n’est pas la conséquence obligée, elle ne paraît même pas être la suite ordinaire de l’amputation iiiterscapulo-thoracique. Dans les amputations totales d’emblée même, le shock opératoire n’a pas toujours été observé. Ainsi, chez notre opéré, il n’y eut ni abaissement de la température ni modification alarmante du pouls et de l’état
RÉSULTATS
apparent des forces, et dès qu’il fut sorti de l’état d’insensibilité où l’avait plongé le chloroforme, nous pûmes être rassuré sur les suites immédiates de l’opération.
L’opéré de M. Verneuil, quoiqu’il n’eût perdu que peu de sang, se présenta pendant la première journée dans un état d’affaiblissement qui, sans être alarmant, nécessita l’emploi d’injections sous-cutanées d’étlier; la température était tombée à 36°; mais dès le soir elle revenait à son chiffre normal ; on peut admettre qu’il y eut dans ce cas un léger degré de shock traumatique.
Un seul mot, dans l’opération de Lund, signale cette complication, mais il est suffisamment explicite : « Le malade, dit l’auteur, « se remit du shock qui avait été violent; » la perte de sang, au cours de l’opération, n’avait pas excédé 3 onces.
Ce fut probablement au shock traumatique que succomba le deuxième opéré de Fergusson (1867); il n’avait perdu que 6 onces de sang; il mourut néanmoins deux jours après l’opération. L’absence de tout détail sur les accidents terminaux qui signalèrent ce cas nous oblige à ne présenter cette interprétation que comme une hypothèse.
Enfin l’enfant de deux ans sur lequel Kenneth M’Leod pratiqua l’extirpation totale du membre supérieur pour une énorme tumeur du bras succomba aussitôt après l’opération « bien plutôt par le choc opératoire que par la perte de sang ou le chloroforme » . Il faut faire observer néanmoins que la veine axillaire et l’artère acromio-thoracique avaient donné une assez forte hémorragie, qui avait été promptement arrêtée par la ligature médiate de ces vaisseaux.
Le shock traumatique est indiqué deux fois comme une complication grave de l’amputation de l’omoplate prati-