SHOCK OPÉRATOIRE
quée consécutivement à la désarticulation de l’épaule.
Quoique la malade de Jeafferson n’eût perdu que fort peu de sang, le shock opératoire fut tel qu’on craignit de la perdre ; elle se remit bientôt et guérit en moins d’un mois.
Wood fut moins heureux : la compression de l’artère sousclavière avait prévenu tout écoulement sanguin notable et son opérée paraissait avoir supporté parfaitement l’amputation ; mais elle ne put se relever et elle mourut dans la soirée.
Parmi les malades qui ont subi l’amputation interscapulo-tlioracique pour des lésions traumatiques de l’extrémité supérieure, le plus grand nombre, au moment de l’opération, étaient dans un état de dépression causé par l’arrachement ou le broiement du membre, et à la production duquel avaient également concouru la perte de sang et l’ébranlement nerveux qu’ils avaient subi. Comme l’opération, dans presque tous les cas sur lesquels nous avons des données positives, a suivi l’accident d’aussi près que possible, il est impossible de faire le départ de ce qui revient au traumatisme accidentel ou au traumatisme opératoire dans les phénomènes de shock qui ont été notés à la suite de l’amputation. Dans le cas de M. Lucas-Championnière seulement, le blessé étant, après l’accident, dans un état de dépression très marquée, l’intervention fut reculée jusqu’au cinquième jour. Le shock opératoire fut cependant assez intense, quoique l’opéré eût perdu peu de sang : aussitôt après l’opération, le blessé était déprimé, refroidi ; la respiration était lente ; on le laissa pendant deux heures sur la table d’opération la tête basse. Le soir il s’était un peu relevé et il avait pu prendre un peu de nourriture liquide. Le lendemain la température était modérée et encore plus basse qu’avant l’opération.
RÉSULTATS
Le shock opératoire mérite donc d’être pris en sérieuse considération, surtout lorsqu’il vient s’ajouter immédiatement à la commotion et aux effets de la perte de sang résultant de la blessure dans les cas d’amputation traumatique. Dans le cas de Winslow Lewis, de Boston, où les lésions concomitantes graves existaient en même temps qu’un broiement de l’omoplate et de la clavicule, dans celui de Vincent Jackson, dont le malade, écrasé par les roues d’un wagon après avoir été tamponné, avait perdu une notable quantité de sang, personne ne s’étonnera que la mort soit survenue peu de temps après l’opération. Bien que d’autres chirurgiens, forcés d’agir dans les mêmes circonstances, aient été plus heureux, l’acte chirurgical entrepris dans de semblables conditions présente évidemment des chances moins favorables. Nous dirons, en appréciant les indications de l’opération, qu’en pareil cas il serait préférable d’attendre, comme le fit M. Lucas-Championnière, que le shock traumatique se fût dissipé. Mais en présence des désordres qui nécessitent l’amputation totale du membre, il n’est pas toujours possible de différer l’intervention, et l’on doit se résoudre parfois à faire subir au blessé les chances défavorables que présente la mutilation chirurgicale venant s’ajouter à la mutilation produite par l’accident.
B. Accidents consécutifs et complications postopératoires. — La réaction inflammatoire consécutive à l’opération paraît avoir été le plus souvent assez modérée ; pourtant, dans tous les cas dont l’observation complète a été publiée en entier, il y eut plus ou moins de suppuration, et la réunion par première intention, quand elle fut tentée,
SEPTICÉMIE.
échoua ou ne réussit que partiellement. La suppuration paraît avoir été plus abondante en général dans les cas d’amputation traumatique que dans ceux d’amputation pathologique ; elle a été parfois accompagnée d’une gangrène partielle des lambeaux. Celle-ci, dans certains cas, était imputable aux délabrements produits par l’accident qui avait motivé l’opération (observations de Jessop et de Lucas-Championnière) ; mais dans les amputations de cause pathologique, dans les cas de Mc Gill et d’Ollier par exemple, elle doit être attribuée à l’opération elle-même. Certaines particularités inhérentes à cette dernière peuvent expliquer la production de cette complication : dans le fait d’Ollier où, du reste, la perte de substance résultant de la mortification était peu étendue, il avait été nécessaire, pour recouvrir la plaie, de disséquer et de relever un vaste lambeau comprenant la peau de l’aisselle et de la face interne du bras, lambeau qui était évidemment dans des conditions de nutrition et de vitalité très défectueuses.
Des accès fébriles, des phénomènes d’infection septique, furent parfois observés au cours de la suppuration. L’opéré de M. Verneuil eut à plusieurs reprises des températures élevées qu’on attribua à un certain degré d’infection de la plaie ; dans plusieurs observations il est expressément noté (Patrick Héron Watson, Ollier, etc.) que l’abondance et la prolongation de la suppuration parurent, pendant quelque temps, épuiser le malade. Enfin des accidents positifs de septicémie et d’infection purulente survinrent dans les cas de Mc Gill, de Parise, de d’Ambrosio. Mais sans qu’il soit même besoin d’invoquer ces complications ultimes, la réaction fébrile et l’établissement de la suppuration, venant s’ajouter à l’ébranlement général et à
RÉSULTATS
l’affaiblissement produits par l’opération, ont pu déterminer la mort : c’est ainsi probablement que succomba le malade de Krakowitzer qui mourut d 'exliaustion le septième jour.
Le pansement antiseptique n’aurait pas toujours suffi, paraît-il, à modérer la suppuration et à prévenir les accidents infectieux : nous citerons à ce point de vue les cas de Mac Gill et de d’Ambrosio, où, malgré son emploi, la mort survint par septicémie ou par infection purulente : Patrick H. Watson accuse même le pansement phéniqué d’avoir favorisé chez son opéré la désunion des sutures et l’abondante suppuration qui s’établit à la suite. Quelle que soit la déférence avec laquelle on doive accueillir l’opinion de cet éminent chirurgien, il faut reconnaître que sa tentative de réunir par la suture des lambeaux de peau déchirés, contus et décollés au loin des parties profondes, ne pouvait guère être suivie de succès, et l’on devait s’attendre à ce que cet essai de réunion fût plus propre à retarder la guérison qu’à la favoriser.
Nous n’avons que peu de renseignements sur le cas de Mac Gill, où une gangrène septique se déclara et détermina la mort ; l’observation relate seulement que des précautions antiseptiques rigoureuses avaient été prises. Quant aux accidents de phlébite axillaire et d’infection purulente qui survinrent chez l’opérée de d’Ambrosio, il nous paraît légitime d’en attribuer l’origine à l’entrée de l’air dans les veines qui, pendant l’opération, avait mis la malade à deux doigts de sa perte ; aucun agent antiseptique n’eût été capable de lutter contre une inoculation produite dans de telles conditions.
L’efficacité de la méthode antiseptique est d’ailleurs une