‹ L'amputation du membre supérieur dans la contiguité du troncChapitre 36 sur 62 · UTILITÉ DES APPAREILS · texte numérisé non relu

UTILITÉ DES APPAREILS

Il n’est évidemment pas question d’appliquer ici un appareil doué de mouvements autonomes; toute la mobilité dont celui-ci peut disposer doit être soumise à l’action immédiate du membre sain : les déplacements soit de l’épaule, du coude, du poignet, des doigts, jusqu’à la position de l’avant-bras artificiel en pronation ou en supination, seront toujours communiqués directement par la seule main que l’opéré possède, et ce ne sera qu’au niveau de l’articulation du pouce avec la main, qu’un système de charnière à ressort permettra d’établir uue sorte de pince élastique capable de fixer et de retenir de menus objets. Partout, du reste, les articulations de l’appareil pourront être maintenues mobiles ou fixées à volonté dans une position déterminée, par l’action de verrous. Nous n’insistons pas pour 'le moment sur les détails de construction de ces appareils que nous décrirons en dernier lieu, après que le manuel de l’opération et tous les points du traitement auront été étudiés ; mais avant d’indiquer sommairement le principe d’après lequel est construit le membre artificiel et les services que l’opéré peut en attendre, nous ferons dès à présent observer qu’à cet égard il n’est guère de différence entre les conditions où s’exerce la prothèse à la suite de l’amputation du membre, supérieur, omoplate et clavicule comprises, et celles où Ton se trouve après la désarticulation de l’épaule. Le seul avantage réel que possède cette dernière opération est de laisser un moignon d’épaule doué de mouvements actifs d’élévation qu’il peut communiquer au membre artificiel; mais si l’on recherche dans quelle mesure ces mouvements d’élévation peuvent être d’un utile secours à l’opéré, il faut bien reconnaître que, bornés à un simple va-et-vient dans le sensde l’élévation ou de l’abaissement, dépourvus des mouve-

RÉSULTATS

ments associés d’adduction ou d’abduction, de propulsion en avant et en arrière, souvent limités par la disposition de la cicatrice, ils ne peuvent le plus souvent agir efficacement que si un mouvement de totalité du tronc vient s’y adjoindre : le désavantage que présentent à ce point de vue les sujets qui ont perdu la totalité du membre est donc peu marqué.

Le point d’appui et le mode de fixation du membre artificiel sont facilement établis par une cuirasse moulée qui embrasse la partie supérieure du tronc en laissant libre le cou et le membre sain. Le bras artificiel est rattaché à ce support fixe par une tige en acier, munie d’une articulation au niveau de l’épaule.

Cette cuirasse non seulement ne gêne les mouvements ni de la tête ni du bras valide, mais elle n’exerce sur la poitrine aucune pression pénible pour les fonctions de la cage thoracique, même dans les efforts. Le membre artificiel est, de la sorte, maintenu en place aussi solidement que celui que l’on adapte à la suite des désarticulations scapulo-humérales, malgré le défaut de support qui résulte de l’absence d’omoplate et de la clavicule. Chez mon malade, chez celui de M. Lucas-Championnière, la stabilité de l’appareil prothétique était parfaite ; il nous semble donc complètement inutile deconserver la clavicule, commel’afait M. Bérenger- Féraud, la clavicule et l’acromion, comme l’a tenté Vincent Jackson, afin de lui donner un point d’appui plus solide; on peut même rendre l’appareil plus simple et moins coûteux en ne fabriquant en cuir moulé que la partie qui correspond à l’épaule et au côté correspondant de la poitrine et en complétant la fixation au tronc par une camisole en toile attachée par des liens bouclés.

CONCLUSIONS

Nous décrirons plus tard la modification ingénieuse par laquelle M. Collin a cherché à rendre au pouce de la main artificielle le mouvement d’écartement indépendant que lui communiquait, au moyen d’une ficelle glissant sur des poulies et des coulisses, le bras opposé : mon opéré se servait peu de cette disposition qui nécessite une petite complication dans la construction de l’appareil, et il préférait écarter avec les doigts le pouce que l’action d’un ressort maintenait fixé en opposition contre les autres doigts de la main artificielle, légèrement recourbés vers lui.

L’appareil ainsi disposé répond à une triple indication : il restaure très suffisamment la forme et masque entièrement la mutilation ; il rétablit l’équilibre du tronc et combat avec avantage la tendance à l’incurvation qui menace parfois de s’y manifester; enfin, au point de vue de la préhension, il peut rendre d’utiles services : mon opéré, comme celui de M. Lucas-Championnière, comme celui de M. Bérenger- Féraud, pouvait tenir un journal, un livre, un verre, une bouteille, toute sorte de petits et de moyens objets; il pouvait s’aider de sa main artificielle pour manger et pour exécuter divers travaux journaliers : grâce à lui, il a pu reprendre son métier de facteur des postes qu’il exerce encore. Le membre prothétique remplit donc parfaitement le but que l’on se propose et réalise tout ce que l’on peut souhaiter au point de vue du rétablissement de la forme et des fonctions. A cet égard encore, le résultat que laisse à sa suite l’amputation interscapulo-thoracique est réellement des plus avantageux.

Ainsi l’analyse des observations qui nous sont connues nous montre que l’amputation du membre supérieur dans

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la contiguïté du tronc est une opération à tous égards favorable.

La mortalité qu’elle détermine ne dépasse pas celle des amputations de la cuisse, elle est fort inférieure à celle qu’entraîne la désarticulation de la hanche. Les accidents qui viennent compliquer son exécution sont peu nombreux, et les plus redoutables d’entre eux peuvent être prévenus avec certitude ; la surface traumatique qu’elle laisse à sa suite, par sa disposition même, ne prête guère aux suppurations abondantes et aux invasions septiques; la mutilation qui en résulte peut être atténuée par l’application d’appareils perfectionnés, solides et très simples qui trouvent sur le tronc un point d’appui suffisant. Enfin, pratiquée pour l’ablation de tumeurs malignes, si cette opération ne peut mettre dans tous les cas à l’abri de la récidive, elle a bien souvent retardé de plusieurs années l’évolution du mal et même parfois réalisé une guérison définitive.

L’étude des conditions où l’on est conduit à l’appliquer va nous permettre d’établir les indications et les contreindications qu’il faut lui reconnaître, et de la comparer aux autres opérations, résection ou amputation partielle de l’omoplate, désarticulation de l’épaule, que l’on peut être appelé à pratiquer dans des circonstances et pour des affections analogues.

INDICATIONS

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