‹ L'amputation du membre supérieur dans la contiguité du troncChapitre 43 sur 62 · IV · texte numérisé non relu

IV

DE QUELQUES AUTRES INDICATIONS RÉSULTANT DE LÉSIONS TRAUMATIQUES OU DE LÉSIONS ANALOGUES.

Patrick Héron Watson mentionne la nécessité où l’on pourrait se trouver de sacrifier le membre entier si l’on

INDICATIONS

était en présence d’une destruction totale de la peau produite par une brûlure ou par un arrachement, à plus forte raison si cette destruction de la peau s’accompagnait de lésions plus profondes, portant sur des parties essentielles, telles que les vaisseaux et les nerfs. Il insiste, en même temps, sur la prudente réserve où l’on doit se tenir dans des cas semblables, et il rappelle les merveilleuses réparations auxquelles peut donner lieu le travail de la nature aidé par des soins minutieux, même dans les cas en apparence les plus désespérés. Le fait suivant, dont nous avons été témoin, confirme ce que dit l’auteur anglais sur ce sujet.

Il s’agit cl’un homme âgé de 46 ans, qui avait été transporté d’urgence dans mon service, à l’infirmerie de Bicêtre ; son membre supérieur gauche avait été trois jours auparavant saisi par une machine et présentait les désordres suivants : la presque totalité des téguments était convertie en une eschare profonde, comprenant toute la peau, et atteignant même, au niveau du deltoïde et du triceps, les muscles sous-jacents. La mortification s’étendait de la partie supérieure du moignon de l’épaule à toute la région deltoïdienne ; elle devenait circulaire au niveau du tiers supérieur du bras : dans tout le reste de ce segment de membre ainsi qu’au niveau du coude, elle occupait les quatre cinquièmes au moins de la circonférence du membre; une mince langue de peau seule était conservée sur la partie interne du bras et du coude; à l’avant-bras l’eschare occupait une partie de la région antérieure et toute la face dorsale pour se continuer à la région dorsale de la main. Il existait en outre, une fracture compliquée de l’avant-bras et l’un des fragments du radius sortait au travers de la plaie. Convaincu que des désordres semblables ne pourraient arriver à une réparation incomplète qu’au prix des plus grands dangers, et qu’ils laisseraient au blessé, s’il survivait à l’épuisement produit par les douleurs et la suppuration, un membre absolument inutile dont

TRAUMATISMES DIVERS.

la présence même serait pour lui une cause permanente de gêne et d’infirmité, je finis, après avoir hésité plusieurs jours, par lui proposer la désarticulation scapulo-humérale. Cette opération, consentie par son patron et par sa famille, fut absolument refusée par le malade. Je me mis donc en devoir de favoriser le plus possible la réparation. Je donnai d’abord mes soins à la consolidation de la fracture de l’avant-bras, qui se fit à peu près dans les limites de temps ordinaires. Puis, les eschares s’étant détachées, la plaie s’étant absolument détergée sous l’influence des pansements antiseptiques, j’activai la granulation au moyen de pansements au styrax, alternant avec le pansement antiseptique de Bœckel. Dès que la circonférence de la perte de substance me parut présenter une tendance marquée à se resserrer et à s’épidermiser sur les bords, j’entrepris, par une série de greffes dermo-épidermiques, de la diviser en un certain nombre de surfaces granuleuses isolées par des points de cicatrisation. Chacune de ces surfaces étant à son tour traitée de la même façon, la perte de substance totale fut ainsi divisée successivement en segments toujours plus nombreux et plus petits. Entre deux applications successives de greffes épidermiques, j’avais toujours soin de recourir de nouveau au pansement au styrax pour exciter les bourgeons charnus. Un an et demi et l’application de plus de soixante greffes furent nécessaires pour amener l’épidermisation totale de la surface dénudée. Pendant ce temps, bien souvent la marche de la cicatrisation parut s’arrêter ou rétrograder, des ulcérations se produisirent sur les cicatrices, les surfaces granuleuses prirent un aspect lisse et atonique qu’on ne put modifier qu’avec peine. Enfin la réparation fut complète, et depyis plus d’un an qu’elle est arrivée à son terme, aucune ulcération ne s’est reproduite, au contraire la guérison a fait sans cesse de nouveaux progrès. Les cicatrices ont pris de la souplesse et de l’extensibilité, en plus d’un point elles sont mobiles ; ce qui restait de peau saine s’est en quelque sorte étendu en surface de manière h recouvrir près de la demi-circonférence du membre ; il n’y a aucun indice de la gêne de la circulation vei-

INDICATIONS

neuse et de l’innervation que je regardais comme la conséquence inévitable de la disposition circulaire de la perte de substance au niveau de la racine du membre ; enfin le coude a repris une grande partie de ses mouvements et les doigts, de mois en mois, récupèrent leur agilité. Le blessé est aujourd’hui guéri contre toute espérance, en conservant un membre déjà bon et qui dans quelques mois lui rendra presque les mêmes services qu’un membre sain.

Cet exemple démontre que lorsqu’on est en présence d’une destruction de la peau et des parties molles même des plus étendues, il ne faut pour ainsi dire jamais désespérer de la conservation du membre, et que si le sacrifice en devient nécessaire, ce n’est qu’après avoir constaté l’impossibilité où l’on est d’obtenir une réparation complète ou à peu près complète, et le danger prochain que la suppuration abondante et indéfiniment prolongée fait courir au blessé. Alors seulement l’on est autorisé à proposer une opération tardive, dont l’importance sera réglée sur l’étendue des surfaces détruites. On conçoit qu’en pareille extrémité l’on puisse être conduit à reculer l’intervention jusqu’aux limites du tronc et à pratiquer l’amputation interscapulo-thoracique en obéissant à l’indication que nous avons vu s’imposer dans le plus grand nombre des faits où l’arrachement du membre a motivé cette opération.

Dans ces considérations sur les indications et les contreindications de l’amputation du membre supérieur dans la contiguité du tronc, nous n’avons pas fait entrer les conditions d’âge. L’opération en question est toujours impérieusement commandée par un danger pressant que court l’existence; c’est une opération de nécessité, jamais ce n’est

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