RÊVES IH SOMNAMBULISME
fléchir vers l’organe de la fantaisie que se diriger vers les objets extérieurs , il est hors de doute que, dans l’un et l’autre ras, le somnambule, parmi les impressions de ces objets sur la rétine , perçoit au moins celles qui sont en harmonie avec ses fausses perceptions visuelles. L’occlusion absolue des paupières n’empôcherait meme pas complètement ce résultat, une action plus énergique et plus exclusive de la partie cérébrale du sens de la vue donnant au somnambule la faculté de recevoir des impressions lumineuses auxquelles il serait insensible dans l’état de veille.
Mais il x a un sens qui est évidemment éveillé, et des plus éveillés, chez le somnambule , au moins dans ce qui est relatif à ses fausses sensations: c’est le sens du toucher. C’est ce sens qui lui vient en aide dans ses promenades périlleuses sur les toits, au bord des Homes, promenades qu’il ne tente, du reste, que dans des lieux qu’il connaît , et pour lesquelles il a besoin d’ètre entièrement abandonné à la direction des fantômes de son imagination ou plutôt de >a mémoire. C’est ce sens surtout dont l’action surexcitée lui donne les moyens d’exécuter d’autres actes plus merveilleux encore \ d’écrire, avec une correction extrême, de la prose, des vers, de la musique; de distinguer et de choisir, parmi
IIÈVF.S DU SOMNAMBULISME.
les objets les plus ténus, ceux qu’i I destine aux ouvrages les plus délicats; actes complexes , difficiles, qui nécessiteraient dans l’état de veille l’exercice le plus attentif du sens de la vue.
Il est un dernier caractère du somnambulisme, celui qu’on a donné comme son caractère essentiel, et qui , s’il était absolu, s’opposerait à ce que personne ne put observer cet état de l’esprit sur soi-même , de sorte (pie la psychologie n'en pourrait être faite que par induction. Ce caractère, c’est l’absence de tout souvenir des scènes, moitié fantastiques, moitié réelles, qui le constituent, une séparation telle entre le moi du rêve cl ie moi de la veille, (pie le premier se souviendrait du dernier, sans que celui-ci put se rappeler l’autre.
C’est cet oubli au réveil des songes du somnambulisme qui a surtout porté Maine de Biran à admettre, comme je l’ai dit, deux moi réellement distincts et de nature opposée. Mais d’abord ce phénomène est loin d’être aussi absolu que le crojail le. systématique écrivain, cl que le prétendent les auteurs mêmes qui se sont le [dus occupés de ce point d’anthropologie. Il existe des histoires avérées de somnambules (pii conservaient quelque souvenir des actes et des idées de leur sommeil. Lue observation de ce genre a notamment pu être faite par un pin-