Il y a un état de l’esprit qui semble de prime
dans les musions abord moins cleve dans i echelle de la translorma-
dont le moi ap- . ...... . . v
précie la nature (ion sensitive des idées , tenir de moins près en un
et dans celles ou 1
i! la méconnaît. mot aux hallucinations véritables que celui dont je viens de parler. Cet étal est celui que le langage de la science, comme fi' langage du monde, a appelé du nom d' illusion. On se fait illusion à soimème, lorsqu’on s’attribue une valeur qu’on n’a pas , lorsqu’on regarde ses désirs , scs espérances comme des faits réalisables et presque déjà réalisés. On est le jouet d’une illusion, quand on prend un objet pour un autre, et c’est dans ce sens (pie la
in, usions. 79
science do la psychologie morbide a donné le nom ( Y illusion à une sensation fausse rapportée à tort à un corps dont aucune qualité n’a pu la produire.
Ce phénomène de l’illusion est peut-être un des laits qui démontrent le mieux cette ré\ ix ilicalion des idées, cette personnification des images, dont nous venons de suivre les premiers degrés dans ce qui précède , et dont nous constaterons le dernier toutà-l’heure. Envisagée à son plus faible degré, à son degré le plus habituel ut le plus raisonnable, en quoi l’illusion consiste-t-elle? A prendre de près ou de loin, le plus souvent de loin, un objet pour un autre : une pointe de rocher pour une pyramide, un buisson pour un animal, un étranger pour un ami. Qu’est-elle alors autre chose que le transport, l’application d’une image , devenue par ce transport même une perception sensitive , à un corps qui iui sert comme d’appui , mais qui enfin n’a pas donné lieu à sa production primitive, et lui est en réalité aussi étranger que le corps b' plus dissemblable? Ce qu’on voyait dans ce cas, ce n’était donc pas l’objet lui-même, mais l’image que l’esprit transportait au-dehors à son occasion.
Ce résultat est bien plus évident encore quand il s’agit des illusions si fréquentes, si actives, si persistantes, <pii ont lieu, soit dans certaines maladies
ILLUSIONS
aiguës plus particulièrement cérébrales, soit et surtout dans les diverses formes de la folie. Dans ces circonstances diverses le malade en proie à l’illusion applique d’une manière constante , continue , inébranlable, aux objets dont il est habituellement entouré , les images qui se rapportent à la nature de son délire et le constituent en grande partie. Dans les choses les plus inoffensives, par exemple , il voit des instruments de mort, dans les personnes qui l’environnent et qui jusque là lui avaient été étrangères, des amis , des parents qu’il connaît dès l’enfance , ou des bourreaux prêts à le torturer. 11 est évident que de telles illusions sont l’équivalent des hallucinations les plus formelles, qu’elles ont absolument la même nature, et prouvent le même fait , la transformation sensitive des idées. Aussi alternent- elles, coïncident-elles la plupart du temps avec les hallucinations , bien qu’à la rigueur les unes et les autres puissent se présenter isolément.
Ce que je viens de dire des illusions s’applique presque exclusivement à celles du sens de la vue. Mais il est des illusions de chacun des autres sens dont on pourrait , à quelques restrictions près, dire des choses semblables. 1! est des illusions de l’ouïe en vertu desquelles le malade prend pour des paroles avant tel ou tel sens d’autres paroles ollranl
ILLUSIONS
uno signification toute contraire. Il on osl «l’autre?, relatives au moine sens, où sur un bruit grossier, sans rlnthme, sans modulations, sans harmonie, son imagination applique des repos cadencés, des mélodies subies et gracieuses, des accords irréprochables. il est des illusions du toucher dans lesquelles se fait une substitution analogue d’une sensation horrible ou repoussante à la sensation la j) I us ordinaire , la moins blessante. Il en est du sons de l’odorat et de celui du goût où des odeurs affreusement fétides sont prises pour de délicieux parfums, où la saveur la plus agréable est attribuée à des aliments, à des corps qui en ont une tout opposée. Ouanl à cette dernière espèce d’illusions, celles du goût, il n’est personne qui n’ait pu remarquer sur soi-mème qu’il y a telle disposition de l’organisme , disposition qui n’est pas toujours une maladie, par suite de laquelle nous trouvons à des aliments qui nous plaisent et qui constituent notre nourriture habituelle, une saveur plus ou moins différente de celle que nous leur avons trouvée la veille, et que nous leur trouverons de nouveau le lendemain.
Jl \ a toutefois entre les illusions du loucher, du goût et de l’odorat , et les illusions de la vue et de l’ouïe, une différence née de la nature respective
Idérs-sciisations dans les hallucinations dont le moi méconnaît la nalui'C , ou hallucinations par excellence.
de cos deux ordres de sensations, et <|ifd est bon de signaler. Dans les illusions de l’ouïe et surtout de lu vue, ce sont des idées, des images, <jui, après s oti e transformées en sensations fausses , prennent la place des sensations vraies qui auraient dû résulter des impressions faites sur ces deux sens. Dans les illusions du toucher, et surtout du goût et de l'odorat, ce ne sont pas des idées qui, après une conversion directe en sensations fausses, se substituent à des sensations vraies. Ce sont des sensations fausses qui se substituent immédiatement aux sensations vraies auxquelles dans l’état ordinaire auraient du donner lieu les impressions tactiles , sapides ou odorantes.
Après tous les développements qui précèdent, c’est à peine si l'hallucination, l’hallucination j ar excellence, la sensation fausse prise et acceptée pour une sensation véritable, aurait besoin d’être prouvée dans son existence et expliquée dans sa nature. Elle ne devra presque plus paraître, et n’est presque pas autre chose que le résultat un peu forcé d’un acte normal de l'intelligence , le plus haut degré de transformation sensoriale de l’idée, le fait des préoccupations dans les arts élevé à sa dernière puissance, le fait des rêves surtout transporté du soin-
W'.CEPIKF.S l'AH LA UAISoV
tneil à la veille, et, dans l'un conime dans l’autre de ces deux états, marchant de front avec des sensations vraies nées de l’action du inonde extérieur.
Dès lors il ne faudra pas s’étonner qu’un phénomène qui se mêle d'une façon si intime et si nécessaire à tous les actes réguliers de la pensée , s’\ mêle encore quand ces actes ont revêtu un caractère opposé, il ne faudra pas s’étonner qu’une sorte de matérialisation des images qui, dans les illusions et les hallucinations que le moi apprécie, est compatible avec la rectitude de la raison, puisse, dans un grand nombre de circonstances, constituer à elle seule le trouble de l’intelligence, le commencer, le continuer seule , persister ainsi durant toute la vie, n'ayant presque d’autre effet sur le jugement eue de donner pour matériaux a son exercice un ordre de sensations de plus.
Fn France, pour prendre un exemple d’où ressorte approximativement la fréquence de l’état d'hallucination, il v a trente ou quarante mille pauvres êtres qui vivent, à un pinson moins haut degré, avecplus ou moins de vivacité, d’isolement dans le phénomène, de cette vie imaginaire.
Chez les uns, et la science a quelquefois donné
H U.U'CINATIONS
mal à propos à cet état le nom de stupidité i), cette vie est tout entière une hallucination, ou , ce qui est la même chose, une illusion. Ils voient tous les objets comme ils ne sont pas. Ils en voient, en entendent, en touchent, en goûtent, en adorent qui n’existent pas, tellement absorbés dans leurs sensations lausses et dans le chaos intellectuel où elles tourbillonnent , qu’ils restent presque complètement insensibles à l’action des corps extérieurs.
Il y en a d’autres, qui n’ont au contraire presque rien perdu de leur aptitude aux sensations venues du dehors, et chez lesquels le trouble de la fantaisie qui constitue les hallucinations est joint dans une proportion variable au trouble des autres facultés de l’entendement et à la lésion des affections.
On en voit un grand nombre, enfin, qui sont loin d’être tous soumis au contrûle et à la direction de la médecine, chez lesquels le dérangement de l'imagination, à peu près borné à convertir en sensations quelques idées prédominantes, peut durer autant que la > ie, sans s’étendre à aucune autre faculté et sans que la raison \ prenne d’autre part que de ne pas s’en apercevoir, lly a longtemps qu’un fait aussi capital a été signalé, développé même par les hommes que
(1) Voyez sur ce sujet un travail neuf do M. Baillarger, dans les inuilt's noV/co pstichi>Jn(]i(fUfit . t. 1. ISj".
M ( LIT KI.S l'Ail LA IUISU>.
leur position, leur genre d'études, ou lu sagacité de leur esprit avait mis à même de le démêler ( i ). Kn Angleterre surtout d'honorables représentants de la science médicale, (mirliton, Arnold, berriar, llibbert e! plusieurs autres, ont à différents intervalles établi son existence et essayé ses applications. Ln France, j'ai été un des premiers au moins à reporter
(1) l'hom. Bartholin , De morbis Biblicis : cap. XIII , Nabuchodonosoris mania scu melancolia: cap. XVI lf, Epilepticus in Ecangelio; cap. XIX, Damwnio obsessi in Erangelio. — Richard Mead, Medica sacra : cap. VII , Nabuchodonusoris régis morbus ; cap. i\ , de Dœmoniacis; cap. X, de Lunalicis. — Spinosa , Tracialus Iheologico-politicus , in-i", llamburgi, 1670. — Bayle, Dictionnaire critique et historique, ait. Loyola. — Diderot, art. Théosophes de l'Encyclopédie méthodique , t. III de la philosophie ancienne et moderne, pag. 636. — Beausobre , Réflexions sur la nature el les causes de la folie , dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, 1759 : 1er mémoire, pag. 390; 2e' mémoire , pag. .'i 0 8 . — I Kigal i -Stewart , Histoire abrégée des sciences métaphysiques , morales el politiques, trad. franc., Paris, 1820, I. I , pag. 85 et sui\. L'auteur y regarde comme des hallucinés Bodin, Luther, Kepler, Ticho-Brahé. — Arnold, Observations on tiie nature, kinds, causes and prévention of insanity , T vol. 1798; Idéal insanily. — Alex. Criehlou, An inquiry into lhe nature and origin of mental dérangement . 2e vol., 1798, livre II , chap. VII. — Perriar, .lu essay lou ards a llieory of apparitions , London, 1813. — Uibbcil , Skelches of llie pliilosophy of apparitions , 1823. — Waller Scott , Histoire de la détnonologie et de la sorcel-
HAI.LI Cl NATIONS
à ses sources, celles rie l’observation, et à rendre ainsi plus frappante la démonstration de ce grand fait de psychologie à la fois normale et morbide, à en faire sentir l’importance, à en formuler la nature, et par cela même à lui donner un nom i'i). Depuis
lerie. — Burrows, Commentaries on I lie causes, for ms, symptôme and treatmenl moral and medical of insanily , London . 1828. — Virey, Dictionnaire des sciences médicales, art. Enthousiasme. — Leni et, Fragments psychologiques sur la folie , 1834. — K. Littré, Des grandes épidémies; Hevue des Deux-Mondes, 1836, t. I, pag. 231,282. — Lallemand , Des pertes séminales involontaires, Paris, 1839, I. Il , pag. 265 et suiv. — Th. Archambault , Traduction du traité de l’aliénation mentale d’Ellis, 1840; Introduction. — Alf. Maury, Essai sur les légendes pieuses , Paris, 18/|2. — Moreau (de Tours), Du hachisch et de l’aliénation mentale, Paris, 1845. — Ch. de Feuchtersleben , Abrégé de médecine psychique (allem.) , Vienne, 1845. — W. C.riesenger, La pathologie et la thérapeutique des maladies psychiques (allem.) , Sluggard , 1845. — L. Cahneil , De la folie considérée sous le point de vue pathologique, philosophique , historique et judiciaire , depuis la renaissance des sciences en Europe jusqu'au xixc siècle, Paris . 1845, 2 vol. 111-8". — Baillarger, Des hallucinations, des causes qui les produisent et des maladies qu’elles caractérisent , travail qui a remporté le prix proposé sur cette question par l’Académie de médecine; dans les mémoires de celte Société, t. \ll , 1846.
(1) « Tout dans ses actes intellectuels (du mélancolique qui va devenir halluciné) se dessine et prend une forme arrêtée. Ses sentiments, ses idées se transforment en véritables sensations externes, aussi distinctes , je dirais presque aussi
mxkiméiîs i* vr la raison. 87
lors, soit .spontanément, soit sur rinitialhe d'une
physiques que les objets cux-mèines. C'est la pensée qui semble se matérialiser, qui devient une image visuelle , un son, une odeur, une saveur, une sensation lactile; ce sont des hallucinations. » ( Des hallucinations au début (le la folie: Journal hebdomadaire de médecine , avril 1830.)
« Dans le second genre du délire maniaque envisagé dans ce qu'il a de purement intellectuel, les idées, au lieu de se vicier dans leurs rapports, s’altèrent dans leur nature; elles en changent ; elles prennent un tel caractère de vivacité qu elles deviennent de véritables sensations. Quand cela a lieu à l'occasion de l'action des objets extérieurs sur les surfaces sensitives, ce sont les illusions. Lorsqu’au contraire cela arrive sans que rien agisse sur les organes des sens, ce sont les hallucinations. »
) Les hallucinations sont des perceptions, internes comme toutes les perceptions imaginables , mais rapportées à tort à l'action des objets extérieurs sur les sens; ou. si l’on veut encore, ce sont des transformations spontanées de la pensée en sensations le plus souvent externes, une sorte de délire seasorial , dont les illusions ne sont la plupart du temps que le premier degré. » ( Obser cations sur la folie se.nsorialk ; Gazette médicale de l’aris, décembre 1832. )
« Quant à la forme de l’aliénation mentale dans laquelle les idées, prenant, à un degré plus ou moins élevé, le caractère de sensations externes, deviennent des illusions, et surtout des hallucinations, on va voir qu’elle peut aussi trouver dans l’état de raison des analogies bien plus marquées qu’on ne seiait tenté de le croire au premier coup d’œil. » ( Recherche des analogies de la folie et de la raison ; Gazette médicale de l’aris, mai 183Z|. )
" Chez ces grandes et glorieuses intelligences, la pensée,
HALLl'CI.YVI IONS
compagnie savante (i , des travaux considérables ont été accomplis sur la question des hallucinations. Ils n’ont fait, je crois pouvoir le dire, que conlirmcr par de nouveaux témoignages ce que j’ai établi il v a plus de quinze ans sur la nature de ce phénomène et la fréquence de son isolement. Parmi les auteurs de ces travaux, il n’en est aucun qui n’ait senti comme moi à quelles conséquences donne nécessairement lieu l’incontestable existence de la forme pour ainsi dire solitaire de ce dérangement de l’imagination. Quant à ceux qui ne sont allés qu’à mi-chemin dans l’admission de ces conséquences, par des motifs qui ne sont pas tous du ressort de la critique scientifique , les contradictions
en sc circonscrivant, en se repliant sur ellc-niêine , en s’exaltant jusqu’à l’incandescence, a pris une forme qu’elle n’avait pas eue jusque là ; elle est devenue une image , un son, une odeur, une saveur, une sensation tactile. « (Du Démon de Sacrale, spécimen d'une application de la science psychologique à celle de l’histoire, 183G, pag. 18. — A la suite de cet ouvrage se trouvent réimprimés les travaux de détail d’où sont extraites les citations qui précèdent. )
« Les songes sont les hallucinations du sommeil , comme les hallucinations sont les songes de l’état de veille. » (Ibid- , pag. 102.)
(1) L’Académie de médecine, qui a mis au concours en 18ÙÙ la question Des hallucinations , des causes qui les produisent cl des maladies qu'elles caractérisent.
Al « I i'I i;L> l'Ali 1. A IMISO.N. 8(J
| k‘ 1 1 1 b U > où ils oui été par cola mémo eut rainés ser- \ iront autant au triomphe do la vérité <{uc les recliorclios où elle a trouvé une franche et honorable adhésion.
L’hallucination, considérée d’abord dans sa nature la plus saisissablc ol pour ainsi dire la plus essentielle, sa nature de sensation externe, peut revêtir cinq formes, autant que l’on compte de sens. Il \ a des hallucinations de l’odorat, du goût, du toucher, de l’ouïe , de la vue.
Chacune de ces espèces de fausses sensations peut exister et existe, eu effet, quelquefois isolément, bien que cela soit fort rare. Le plus souvent on obsenc à la fois des hallucinations relatives à deux, à trois ei même aux cinq sens. Celte, coexistence des divers genres d'hallucinations se conçoit beaucoup mieux que ne se concevrait leur manifestation isolée. Elle suit de l’essence même des idées , et plus (exactement de celle des idées sensibles, dont chacune est en général le résultat de l’action d’un même objet sur plusieurs sens. Par le fait de celte complexité d origine, la plupart des idées sensibles doivent se diviser en leurs éléments dans les transformations ou les substitutions successives qui les ramènent à leur point de départ .
Les cinq >oites d’hallucinations ne sont pas éga-
Uallueinati
externes.
HALMJCINA I IOÎNS
lemenl fréquentes. Les plus rares sont celles du goût, de l’odorat et du toucher; cela tient à la nature même des sensations qu’elles simulent. Nous avons vu en cdfet qu’il n’y a pas, propiement parler, d’idées du goût , de l’odorat et du toucher, que l'imagination tienne en réserve et qu’elle puisse transformer directement en sensations, il n’y a en réalité que des sensations gustatives, olfactives, tactiles, beaucoup moins fréquentes, beaucoup moins nécessaires à la v ie intellectuelle, que celles de l’ouïe et de la vue, qui, continuelles dans l’état de veille , seules se conservent sous forme d’idées. Pour que les sensations du goût, de l’odorat et du toucher se renouvellent en manière d’hallucinations, il faut donc qu’elles se reproduisent de plein saut, par l’effet d’une action plus vive de l’imagination ou de son organe , ou par suite de leur association primitive soit avec des idées, soit avec des sensations de la vue et de l’ouïe dont le renouvellement entraîne le leur.
Toutes les espèces de fausses sensations peuvent être et sont le plus souvent portées à un tel degré de vivacité et de netteté qu’elles équivalent pour l’halluciné aux sensations véritables, et qu'il ne fait aucune différence entre les unes et les autres. A défaut d’études personnelles, il faut voir dans les ou-
VICK PT lî K S PAR I \ RAISON.
v rages où sont ra|>|»ortés on grand nombre les exemples les plus variés des diverses sortes d'hallucinations, quelle est la persuasion des hallucinés sur la nature objeethe de leurs fausses sensations, combien sont réelles pour eux les odeurs imaginaires qu’ils sentent , les saveurs imaginaires qu’ils goûtent, les chocs imaginaires qu’ils reçoivent, les objets imaginaires qu’ils voient , les paroles imaginaires qu’ils entendent. Il j a toutefois sur cette dernière espèce d’hallucinations, celles doPouie,sur leur degré de force et de clarté , sur certaines circonstances de leur manifestation , sur leurs rapports et leur mélange avec des phénomènes connexes, quelques importantes remarques à faire.
Il arrive assez souvent que, d’après leur propre témoignage, les paroles que croient entendre les hallucinés n’ont pas tous les caractères des sensations auditives ordinaires. Ainsi quelquefois , disentils, ces paroles leur sont prononcées autre part qu’à l’oreille, derrière la tète par exemple, à la région du cœur, à l’épigastre, et elles n’ont pas alors toutà-fail le même souque les paroles auditives. D’autres fois, au lieu de paroles articulées à liante voix soit à l’oreille, soit ailleurs, on leur en fait entendre qui ne sont émises qu’à voix basse, ou 11e sont prononcées que mentalement , ce qui est . comme on le rc-
Q'2 II ALLl I I VU IONS.
marquera, l’inverse du procédé par lequel les idées, dans les circonstances habituelles, arrivent, de mentales qu’elles étaient, à s’exprimer parle langage.
Or, supposez que cette transformation auditive de l’idée , qui dans l'état normal a lieu sous le contrôle du moi et par les ordres de la volonté, se produise en dehors de ces conditions ; il en résultera un phénomène d’irrésistibilité qui est très souvent mêlé aux hallucinations de l’ouïe, qui a avec elles plus que de l’analogie, et qu’on pourrait , sans trop d’impropriété, leur rattacher sous le nom t\' hallucinations de la parole. Souvent, en effet, les hallucinés de l’ouïe , indépendamment des différentes formes ou des différents degrés de leurs fausses sensations auditives , voient encore, ou plutôt entendent leurs idées s’exprimer malgré eux , par l’effet d’une puissance qui n'est pas eux et qui agit sur eux à distance. On leur arrache, disent-ils, leurs propres idées ; on leur en arrache môme qui ne leur appartiennent pas , et qu’on leur impose de force. Dans l'une et dans l’autre circonstance , on les contraint à parler mentalement , puis à voix basse , enfin à \oix haute. Tout-à- l’heure ils entendaient des paroles qui n’étaient pas prononcées par eux , maintenant ils en entendent qu’ils prononcent oux-mômes, mais qui pourtant ne sont pas le résultat de leur