‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 19 sur 93 · III · texte numérisé non relu

III

SCI! FFS RAPPORTS |i F. I.A SA NT K DF. FF. CP. \NI) IIOMMK A SO\ CI- MF.

Parmi les hommes qui dans les deux derniers siècles en France ont ]iorté si haut la gloire des sciences et des lettres, il en est un certain nombre qui, après avoir autant que Pascal excité l’admiration de leurs contemporains, n’ont pas obtenu une part moins grande que la sienne dans le culte de la postérité. Peut-être n’en est-il aucun dont le génie par ses singularités ail fait naître autant d’étonnement et soit de nature à provoquer encore autant de curiosité.

Dans son enfance, presque indifférent aux jeux de son Age, il inventait dans les siens les sciences de l’Age mûr. Plus tard c’est presque en se jouant encore qu’il en reculait les limites et s’y montrait au premier rang. Géomètre, plivsicien, philosophe, il ne se laissa dépasser dans toutes ces carrières que parce qu’il cessa d’\ marcher. Ecrivain , à peine

Misère et grandeur de l'homme, des grands hommes, de Pascal

MISÈRE El GRANDEUR

avait-il publié sa première Provinciale , qu’il lut un instant sans rival et ne pouvait plus reconnaître que des égaux dans cette langue qu’il a fixée.

M ais ce qui dans le génie de Pascal a dù étonner bien plus encore que sa précocité et son étendue, c’est sa nature même , si pleine d oppositions et de misères. Ce sont les souffrances et les variations de cette vie, commencée dans l’heureuse paix de la famille et achevée dans les austérités de la religion. C’est ce soudain abandon de toutes les sciences de la part d’un homme qui les avait si puissamment embrassées et dont l’esprit original pouvait les rendre si fécondes. C’est ce dédain de toute philosophie chez un philosophe qui avait jeté dans les replis du cœur humain un regard si profond et si clair. Ce sont entin les phases toujours croissantes d’une mélancolie presque insensée, mère pourtant de tant de pages admirables où elle a laissé une si forte empreinte ( i ).

(lien de plus admirable, en effet, dans l’élo-

(1) Pour les nombreux documents dont je m’appuie dans ce que je vais dire de la vie et du génie de Pascal, pour l’indication détaillée des sources manuscrites d’où ils ont été ex I rails et où je suis allé souvent les recueillir, pour l’appréciation de la valeur comparative des publications, soit anciennes, soit récentes, qui les ont fait connaître, voyez la note I. premier chapitre de la Troisième partie de ce volume.

DR l’hOVIVIR.

quonce de Pascal, et <|iii y ait etc plus admire , (|iu; cette énergie douloureuse , celte conviction désespérée, qu'il met a peindre la misère de I homme, sa misère dans sa grandeur. Personne plus et mieux que Pascal n’a montré tout ce qu’il } a de contradictoire et de fatal dans cette créature étrange qu’il appelle un monstre incompréhensible , quels liens puissants asservissent sa pensée et sa volonté, dans quelle double dépendance est son àme du corps qui la sert et l’opprime et de cette nature ennemie dont elle subit les impulsions. C est le gra\ier de Cromwell qui délivre la chrétienté et rétablit la famille rovale d’Angleterre; c’est le nez de Cléopâtre qui , plus court , eût changé la face du monde; c’est le bourdonnement d’une mouche qui tient en échec cette puissante intelligence, reine des v il les et des royaumes; et une foule d’autres pensées de même tendance et de même ordre, qui toutes révêlent les angoisses d’un grand esprit aux prises avec la sublimité de sa nature et la bassesse de ses instruments.

Dans le siècle ou vécut Pascal on regarda celte grande tristesse comme l’état naturel d’une âme toute céleste, égarée parmi les choses de la terre. Coin de '''étonner qu’elle dédaignât les sciences du monde et la gloire qu’elles donnent , pour ne s’alla-

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cher (jii’ù la science de Dieu ot au sailli dont elle est la source, on la plaignit d’être unie à un corps valétudinaire dont les nécessités douloureuses empêchèrent l’exécution de celte grande sinologie du ( ' Uristianisme , qui était sa seule mission ici-has.

Mais, à une époque plus rapprochée de nous, un homme qui, en lait de gloire, n’a rienàemierù Pascal, un écrivain qui comme lui a su donner à notre langue une clarté et une précision si puissantes, un philosophe dont la raison si spirituelle et si sûre s’est rarement laissé éblouir par les dehors de la grandeur, Voltaire, ne s’est pas mépris à ce point sur la mélancolie de Pascal, sur le triste et étroit rapport de son génie à ses organes , de scs pensées à ses douleurs. Lia philosophie, dont il a été le plus infatigable apôtre, dans la part qu’elle faisait au corps devait comprendre aussi ses maladies, leur inlluencesur les affections de l’âme et sur les actes de l'esprit i \ Aussi, tout* en s’inclinant de toute sa grandeur devant le style des Pensées , n’a-t-il pas toujours rendu le même hommage aux pensées elles-mêmes, et , l’œil sur leur point de départ, a-t-il écrit sans hésiter audessous de beaucoup d’entre elles ce mot, applicable quelquefois même aux plus belles, legri somma.

Bien que cette sentence de Voltaire n’ait rien que

(1) Voir la notf. Il de la Troisième | ariie.

]>i I. IIOMMI-;.

de modère cl de \ rai , il s’eu la u l qu'elle ail obtenu l'autorité de la chose jugée, el plus d'un ad ni i râleur de Pascal la regarde peut-être encore comme une marque de basse em ie el comme un acte de profanation. Loin donc de chercher à l'approfondir, <'l • h' faire pour cela usage des détails de la Mode Pascal et des particularités de ses Irai aux , épars dans tout ce qui a été écrit sur ce double sujet, 011 a détourné les yeux de ces documents, soit qu’on ne les comprît pas, soit qu'on ne voulut pas lescomprendre. Il semblerait qu’on en lut revenu à cette époque de notre littérature où la biographie d’un homme illustre n’était que son apothéose, et où l’on eût craint de manquer de respect au génie en retraçant ses faiblisses et toutes les preuves de sa dépendance, .le ne partage pas, je l’avoue, ce sentiment de vénération aveugle qui ne veut rien voir que de grand dans les hommes digues de ce titre , et qui, d'exagération en exagération, rendrait le passé méconnaissable et comme étranger au présent. Certes h* culte de ces esprit s supérieurs a été (“l sera toujours un des premiers devoirs d une société bien ordonnée, comme leur gloire est son plus bel héritage. Mais ce culte ne doit jamais aller jusqu'à l’idolAiric; moins que personne Pascal v eût consenti. Les (jraiuls hommes, disait-il, ont un bout pur ou ils tiennent au peu-

Il 8 MISÈRE ET GRANDEUR DI I HOMME

pie ; ils ont les pieds aussi bas (/un les nôtres , et s'appuient sur la même terre , aussi abaisses que les plus petits , que les enfants , que les bêles. \ussi, dans son équité dédaigneuse pour cet être disparate qu’il appelait un imbécile ver de terre . dépositaire du vrai, cloaque d’ incertitude et d’erreur , gloire et rebut de V univers , voulait-il qu’on put tour à tour le vanter ou l’abaisser suivant ses mérites , et qu’on ne célât rien de sa misère, comme on n avait rien célé de sa grandeur (i).

La science de l’homme a tout à gagner et sa digui té n’a rien à perdre à une appréciation aussi complète. Mais, pour la rendre plus facile et plus prompte, il faut faire pour les plus illustres représentants de l’humanité ce que faisait si sévèrement Pascal pour l’humanité tout entière. Il faut oser les étudier dans les mystères de leurs faiblesses, après les avoir admirés dans les pompes de leur grandeur. Dans ces hautes études sur notre espèce , les traits seront bien plus marqués, les oppositions bien plus frappantes, les résultats enlin bien plus sûrs. C’esI pénétré de ces idées et appmé sur Pascal lui-même que je reviens sur un côté de la \ie de ce grand homme qui a été de plus en plus laissé dans l’ombre , malgré ses étroites relations avec la tristesse

(1 ) Voir la note 1 1 1.

PAS»: A I. Al IIKHCIAi:.

croissante dr son âme et les plus sublimes touda m es de sou génie.

On lil dans la \ie de Pascal écrite par madame "•

Pascal au lier

Périer, sa sieur aînée, qu’à dix-lmitans et à la suite Nature ncr

' 1 viuse et singii

d’études profondes et opiniâtres, sa santé était déjà ! , I î'ére *ma ta^i ie.re sensiblement altérée, et que plus lard il disait luimême que depuis cet âge il n’avait pas cessé de souffrir i . Mais on peut faire remonter bien plus liant dans sa \ie l’apparition des maladies qui la troublèrent, .le citerai textuellement à ce sujet un long passage d’un mémoire de Marguerite Périer, sa nièce, publié pour la première fois parîM, Cousin, passage doublement intéressant en ce qu’il montre

1) La vie de M. Pascal ècrile par madame Périer sa sœur ; dans un volume in-18, contenant un Discours sur les pensées de M. Pascal , arec un autre discours sur les preuves des livres de Moïse , Lyon. 169/|, pag. 17. M. Faugère, dans ses Lettres , Opuscules et Mémoires de madame Périer et de Jacqueline sœurs de Pascal, et de Marguerite Périer sa nieee , un vol. in-8", Paris, 18^5 , a imprimé colle vio do Pascal par sa sœur (iilborto d’après un manuscrit de la iïiblioi bè(|uo royale, fonds do l’Oratoire, n 226. .l’avoue ne pas comprendre pourquoi le savant et scrupuleux éditeur préfère la leçon do ce manuscrit à celle du texte imprimé pour la première fois en France en 1687, d’après le manuscrit même de madame l’éiocr.

Le passage de celle vie dont j’ai fait usage ci-dessus se trouve page 9 de la publication de M. Faugère.

VAM Ai. Al Hh II Cl, Al .

tout à la lois quelle fut, dès son bas , la sauté de Pascal , et quelle dut être à certains égards sa première éducation.

« Lorsque mon oncle eut un an, il lui arriva une chose très extraordinaire. Ma grand’mère était. quoique très jeune, très pieuse et très charitable; elle avait un grand nombre de pauvres familles à qui elle donnait une petite somme par mois, et entre les pauvres femmes à qui elle faisait ainsi la charité, il v en avait une qui avait la réputation d’ètre sorcière : tout le monde le lui disait; mais ma grand’mère, qui n’était pas de ces femmes crédules et qui avait beaucoup d’esprit, se moquait de cet avis et continuait toujours à lui faire l’aumône. Dans ce tempslà il arriva que cet enfant tomba dans une langueur semblable à ce qu’on appelle à Paris tomber en char- Ire; mais cette langueur était accompagnée de deux circonstances qui ne sont point ordinaires : l’une, qu'il ne pouvait souffrir de voir de l'eau sans tomber dans des transports d’emportement très grands; et l’autre, bien plus étonnante, c’est qu’il ne pouvait souffrir do voir son père et sa mère proche l’un de l’autre. Il souffrait les caresses de l'un etde l'autre en particulier avec plaisir; mais aussitôt qu’ils s’approchaient ensemble, il criait et se débattait avec une v iolencc excessive. Tout cela dura plus d’un an durant

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lequel le mal s'augmentait. Il tomba <lan> une telle extrémité qu’on le regardait comme prêt à mourir.

» 'Tout le monde disait a mon grand-père et à ma grand’mèrc <[ue c’était assurément un sort <(iie cette sorcière avait jeté sur cet enfant ; ils s’en moquaient l’un et l’autre , regardant ces discours comme des imaginations qu’on a quand on voit des choses extraordinaires , et n’y faisaient aucune attention , laissant toujours à celte femme une entrée libre dans leur maison où elle recevait la charité. Enlin mon grand-père , importuné de tout ce qu’on lui disait là-dessus, lit un jour entrer cette femme dans son cabinet, croyant que la manière dont il lui parlerait lui donnerait lieu de faire cesser tous ces bruits: mais il fut bien étonné lorsqu’après les premières paroles qu’il lui dit, auxquelles elle répondit seulement et assez doucement que cela n’était point, et qu’on ne disait cela d’elle que par envie, à cause des charités quelle recevait, il voulut lui faire peur, et feignant d’ètre assuré qu’elle avait ensorcelé son enfant, il la menaça de la faire pendre si elle ne lui avouait la vérité; alors elle fut effrayée, et se mettant à genoux elle lui promit de lui dire tout, s’il lui promettait de lui sauver la vie. Sur cela mon grand-père loi! surpris iui demanda ce quelle avait fait, et ce qui l’avait obligée à le faire.

PASCAL Al BEHCEAL'.

Elle lui dil que, l’avant prié de solliciter pour elle, il l’avait refusée, parce qu’il crevait que son procès n’était fias bon, et que pour s’en venger elle avait jeté un sort sur son enfant qu’elle \ovait qu’il aimait tendrement , et qu’elle était bien fâehée de le lui dire, mais que le sort était à la mort. Mon grand-père aflligé lui dit : Quoi ! il faut donc que mon enfant meure! Elle lui dit qu’il y avait du remède, mais qu’il fallait que quelqu’un mourût pour lui, et transporter le sort. Mon grand-père lui dil : Ho ! j’aime mieux que mon lils meure que de faire' mourir une autre personne. Elle lui dit : On peut mettre le sort sur une bêle. Mon grand-père lui offrit un cheval : elle lui dil que, sans faire de si grands frais, un chat lui suffisait. Il lui en fil donner un , elle l’emporta , et en descendant elle' trouva deux capucins, qui montaient pour consoler ma grand’mère de l’extrémité de la maladie de cet enfant. ( les pères lui dirent qu’elle voulait encore faire quoique sortilège de ce chat : elle le prit et le jeta par une fenêtre, <l’où il ne tomba qui' de la hauteur de six pieds et tomba mort; elle en demanda un autre que mon grand-père lui lit donner. La grande tendresse qu’il avait pour cet enfant lit qu’il ne lit pas d’attention que tout cela ne valait rien, puisqu il fallait, pour transporter ce sort, faire une

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nouvelle i ii n « m «i l ion au diable ; jamais celte pensée ne lui vint dans l'esprit , elle ne lui vint que longtemps après, et il se repentit d’avoir donné lieu à cela.

Le soir la femme vin! et dit à mon grand-père qu'elle avait besoin d un enfant qui u'eùl pas sept ans, et (pii avant le lever du soleil cueillit neuf feuilles de trois sortes d'herbes, c'est-à-dire trois de eliaipie sorte. \iou grand-père le dit à son apothicaire , <pii dit qu’il v mènerait lui-même sa li Ile , ce qu’il lit le lendemain matin. Les trois sortes d’bcrbes étant cueillies, la femme lit un cataplasme qu’elle porta à sept heures du matin à mon grand-père, et lui dit qu’il fallait le mettre sur le ventre de l’enlant. Mon grand-père le lit mettre; et a midi, revenant du palais, il trouva tonte la maison en larmes , et ou lui dit (pie l’enfant était mort; il monta, vil sa femme dans les larmes, et l’enlant dans son berceau, mort, à ce qu’il paraissait. Il s’eu alia , et en sortant de la chambre il rencontra sur le degré la femme qui avait porté le cataplasme , cl attribuant la mort de cet enfant à ce remède, il lui donna un soufllet si fort qu’il lui lit sauter le degré. Lotte femme se releva et lui dit qu’elle voyait bien qu’il était en colère parce qu’il croyait cpie son enfant était mort; mais qu’elle avait oublié de lui dire le matin qu il devait paraître mort jusqu’à minuit, et

PASCAL AL ltiilUUAI .

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qu’on le laissât dans son berceau jusqu'à celte heurelà et qu’alors il reviendrait. Mon grand-père rentra et dit qu’il voulait absolument qu’on le gardât sans l’ensevelir. Cependant l’enfant paraissait mort; il n’avait ni pouls ni sentiment ; il devenait froid et avait toutes les marques de la mort; on se moquait de la crédulité de mon grand-père qui n’avait pas accoutumé de croire à ces sortes de gens-là.

» On le garda donc ainsi , mon grand-père et ma grand’mère toujours présents, ne voulant s’en lier à personne; ils entendirent sonner toutes les heures et minuit aussi sans que l’enfant revint. Enfin, entre minuit et une heure, plus près d’une heure que de minuit, l’enfant commença à bailler; cela surprit extraordinairement : on le prit, on le réchauffa, on lui donna du vin avec du sucre; il l’avala; ensuite sa nourrice lui présenta le téton qu’il prit sans donner néanmoins de marques de connaissance et sans ouvrir les veux ; cela dura jusqu’à six heures du matin qu’il commença à ouvrir les yeux et à connaître quelqu’un. Alors, voyant son père et sa mère l’un près de l’autre, il se mit à crier comme d avait accoutumé; cela lit voir qu’il n’était pas encore guéri, mais on fut au moins consolé de ce qu’il n’était pas mort, cl environ six a sept jours après il commença à souffrir la vue de l’eau. Mon

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ran»l-|it*ro . arrivant de l;s imissi* , le Irouva <|iii se (liwTlissail à verser de IVatt d’uu verre dans un autre entre les bras de sa mère ; il voulut s’en approcher, mais l’enlant ne le put souffrir, et peu de jours après il le souffrit , et en trois semaines de temps eet enfant lut entièrement tiuéri et remis dans son embonpoint i . »

1) Mémoire sur la vie de M. Pascal, êcril par mademoiselle Marguerite Périer sa nièce, dans Dos Pensées de Pascal , rapport à l’Académie française sur la nécessité d’une nouvelle édition de cet ouvrage , par V. Cousin , 1"“ édition, 1843, pag. 390 et suiv. — M. Cousin a le premier publié ce mémoire d’après le manuscrit de la Bibliothèque royale, fonds supplément français, n° 1485, ayant pour litre: Mémoires de Marguerite Périer, première partie. M. Fangère l’a imprime de nouveau d’après le II0 recueil MS. du P. Guerrier, pag. 447 et suiv. de ses Lettres, Opuscules et Mémoires de madame Périer et de Jacqueline sœurs de Pascal, etc. J’ai fait quelques corrections an texte donné par M. Cousin, d’après celui qu’a emprunté Ai. Fangère à un manuscrit qui semble préférable.

I. es faits dont il est parlé dans la partie citée ci-dessus du mémoire de Marguerite Périer sur Pascal sont reproduits succinctement dans le 1e' Becueil AÏS. du P. Guerrier, pag. ncr.xvn , sous ce titre : Entrait d'un recueil de di fièrent es histoires qui est dans la bibliothèque des PP. de l’Oratoire de Clermont . Il est dit dans cet extrait que madame Périer lit ce récit au Ménil , près Clermont, le 14 août 1601 , par conséquent un an avant la mort de Pascal. (Al. Fangère, aunage cité ci dessus, pag. 471-473.)

PASCAL AU BERŒAI .

Cette pièce si naïvement significative a été écrite dans les premières années du xvme siècle; mais les laits dont elle est le récit cl les opinions <|u’clle représente remontent au commencement du xvne, à la date rigoureuse de l’année 1624.- A cette époque la croyance à la sorcellerie et à la magie était universelle. I 11 des esprits les plus indépendants du temps, Gabriel Naudé, loin de mettre en doute la réalité de la redoutable science, lui consacre un savant travail (1) où il la suit dans ses principales divisions, la magie naturelle, la blanche et la noire, la divine et la diabolique. Et cette science était une science très pratique : le bûcher de la maréchale d’Ancre lumait encore (2); les procès, les condamnations, les exécutions capitales pour crime de 'sorcellerie, constituaient la législation courante, et la constituèrent bien des années encore après l’édit de 1G82, lequel ne lil que continuer aux juges les moyens île brûler les sorciers, non plus à la vérité à ce litre, mais comme sacrilèges et comme empoisonneurs. Gela faisait partie de la philosophie du grand siècle. Aussi ne faut-il pas s’étonner si Étienne

(1) Apologie pour les grands hommes faussement soupçonnés de magie , p;ir (îabriel Naudé , Parisien, Paris, 1625, in-12.

(2) Non: iV.

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Pascal , un grave magistrat, un homme plein de savoir en même temps que de religion , finit , dans son trouille de la maladie de son lils, par s’abandonner aux sortilèges d’une vieille folle; s'il lui permet de détourner sur de pauvres animaux le sort qu’elle lui dit avoir jeté sur son enfant; s’il consent à ce qu elle aille, accompagnée d’une petite fille de sept ans, recueillir dans la campagne, au clair de la lune, comme eût pu le faire une magicienne de I hessalie, les simples destinés à la guérison de sou lils ; s il n hésite pas à faire sur le petit malade l’essai du filtre de la sorcière, je veux dire de son cataplasme; si enfin, lorsqu'il croit que cette application diabolique a occasionné la mort de son enfant, d s’emporte jusqu’à frapper violemment la malheureuse qui l’a ordonnée. J\lais il ne faudra pus non plus être s. i pris que île telles idées, ouïes habitudes d’esprit qu’elles supposent, aient pu être à la fois transmises et enseignées du père au lils; qu’elles aient été pour quelque chose dans cette foi si ardente , exprimée par ce dernier dans un langage si convaincu; qu’enlin la croyance aux miracles de la sainte épine soit venue, a trente ans de distance, répondre dans l’esprit du lils à l’abandon superstitieux du père aux pratiques de la sorcellerie la plus vulgaire Si, comme l’a dit Pascal lui-même, la

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nnluro n’est guère qu’une seconde habitude , le fait sur lequel je viens d’insister montre à quelle source ce grand défenseur de In grâce put puiser en partie sou dédain pour la philosophie et les convictions qu’il lui opposait.

( ne seconde remarque que suggère ce fragment des mémoires de Marguerite Périer, c’est que la constitution si débile, si irritable, si maladive enfin de Pascal, datait, comme certaines parties de so-n éducation , des premières années , des premiers mois même de sa vie. Pt ce qui n’est pas moins digne d’attention, c’est que, d’après la nature et la v iolence deses svmptômes, la longue maladie qui l’annonçait se rattachait évidemment au svstème nerveux et et! particulier à celui de la tête. Elle était caractérisée, entre autres signes, par l’horreui de l’eau la plus singulière , et par une répugnance non moins étrange du petit malade à voir, dans les caresses qu’i! recevait d’eux, son père et sa mère s’approcher l’un de l’autre, comme si se fussent ainsi révélés les sentiments de pureté exagérée qu’il montra plus tard. Ce sont là, de l’aveu de la narratrice ellemême , des circonstances étonnantes . Cet homme devait être aussi extraordinaire dans sa santé que dans son génie, et la triste bizarrerie des altérations qui la menaçaient sc trahit dès le berceau.

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