DK SA SA NT K
ce que je vais dire de ce grand homme, dans ce que je veux établir des rapports de sa santé à son génie , je citerai , autant que je le pourrai , le texte même des divers documents que je viens d’indiquer. Ces témoignages contemporains, celui surtout de celle lamille si vertueuse et d’une raison si élevée, s’affaibliraient sous des formes plus modernes, et je désire ne rien leur faire perdre de leur valeur.
« Mon père (c’est madame Périer qui parle) prenait un plaisir tel qu’on le peut croire de ces grands progrès que mon frère faisait dans toutes les sciences, mais il ne s'aperçut pas que les grandes et continuelles applications dans un âge si tendre pouvaient beaucoup intéresser sa santé; et en effet, elle commença d’être altérée dès qu’il eut atteint l’âge de dix-huit ans. Mais comme les incommodités qu’il ressentait alors n’étaient pas encore dans une grande force, elles ne l’empêchèrent pas de continuer toujours dans scs occupations ordinaires; de sorte que ce fut en ce temps-là et à l’âge de dix -neuf ans qu’il inventa cette machine d’arithmétique par laquelle on fait non seulement toute sorte de supputations sans plume et sans jetons, mais on les fait même sans savoir aucune règle d’arithmétique et avec une
sûreté infaillible (à- travail le latigua beaucoup ,
non pas pour la pensée ou pour le mouvement, qu’il
l3'2 premières altérations profondes
Ii'oumi sans peine, mais pour faire comprendre aux ouvriers toutes ces choses. i)e sorte qu’il fut deux ans a le mettre en celle perfection où il est à présent.
« Mais cette fatigue et la délicatesse où se trouvait sa santé depuis quelques années le jetèrent dans des incommodités qui ne l’ont plus quitté; de sorte qu’il nous disait quelquefois que depuis l’Age de dix-huit ans il n’avait pas passé un jour sans douleur. Ces incommodités néanmoins n’étant pas toujours dans une égale violence', dès qu’il avait un peu de relâche, son esprit se portait incontinent à chercher quelque chose de nouveau (1 . »
\ oilà ce que dit madame Périer des premières atteintes sérieuses de la maladie de son frère, maladie pourtant déjà bien profonde, puisqu’elle ne pouvait plus disparaître entièrement, et ne devait plus offrir que des instants de relâche. C’étaient , comme on l’a vu, de la délicatesse, de la fatigue de santé , des incommodités , des souffrances , allant quelquefois jusqu’à une grande violence; quelque chose de vague, de général, attaquant toute la constitution par l'intermédiaire du système nerveux qui la régit et la représente, mais rien de plus local et de plus déterminé. Si l’on pouvait douter du ca-
(j) Vie île Piisral . par inmlione Vivier, pa". 15. 16. 17.
ni s \ v n 1 1 .
ractère < 1 1 1«* | attribue à ces premières manilcslniion'» (11111 troiibb* i* rave de la sauté dans Pascal, voici un lait qui lèverait toute incertitude, et que je cite par anticipation .
Étienne Pascal était établi à Rouen avec toute sa famille; il \ était attaché à l'intendance de celle ville, U chargé particulièrement de la perception des tailles 1 . Son lils Plaise, comme nous l a appris plus haut madame Périer, venait d’inventer et de faire exécuter sa machine arithmétique, et l’on aura une idée d ■ la fatigue et de l’horrible contention d’esprit que lui occasionna ce travail , si l’on prend la peine de lire l’exposé des motifs (pii lui liront demander plus tard un privilège pour son œuvre (« , ce qu’on appellerait maintenant un brevet d’invention. L’infatigable jeune homme avait imaginé et fait faire successivement cinquante modèles de son instrument, offrant tous quelque différence dans leur mécanisme. Lu outre, et tout en perfectionnant cette machine , il se livrait avec toute l’ardeur de son âge et de son génie à ses premiers
(1) Recueil d’ I ’trccht , pag. 242;— M. Faiigère , Lettre» . opusc. cl » té ni. de madame Pêrier cl de Jacqueline , etr. .
))Hg. 421.
(2) Recueil d'I'lrechl, pag. 244. — OEuvrcs de Biaise Pascal , Paris, 1819, !. IV, pag. 11 ctsuiv.