‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 22 sur 93 · PARALYSIE DE PASCAL · texte numérisé non relu

PARALYSIE DE PASCAL

travaux en physique et en mathématiques. Aussi, vers la lin de l’année 1 647, voici ce qui lui arriva.

Paralysie île Pascal.

« Il tomba , dit sa nièce Marguerite , dans un état fort extraordinaire qui était causé par la grande application qu’il avait donnée aux sciences ; car les esprits étant montés trop fortement au cerveau, il se trouva dans une espèce de paralysie depuis la ceinture en bas, en sorte qu’il fut réduit à ne marcher qu’avec des potences; ses jambes et ses pieds devinrent froids comme du marbre, cl on était obligé de lui mettre tous les jours des chaussons trempés dans de l’eau-de-vie, pour tâcher de faire revenir la chaleur aux pieds. Cet état où les médecins le virent les obligea de lui défendre toute sorte d’application; mais cet esprit si vif et si agissant ne pouvait pas demeurer oisif (1). »

(1) Recueil d'Ulrechl , pag. 253 Mémoire de Marguerite Périer sur la vie de Pascal clans l’ouvrage cité ci-dessus de M. Cousin , pag. 39/i, et dans celui de M. Faugère, pag. Zi52.

Voici ce qu’on trouve sur le même sujet t. II, pag. 55 des Mémoires de Fontaine pour servir à l’histoire de Port-Royal, Cologne, 1738 : « Il (Pascal) savait animer le cuivre et donner de l’esprit à l’airain. 11 faisait que de petites roues sans raison , où étaient sur chacune les dix premiers chiffres, rendaient raison aux personnes les plus raisonnables ; et il faisait en quelque sorte parler les machines muettes pour résoudre

PARALYSIE l»K PASCAL.

Pascal lut environ trois mois (i) à se remettre de cette maladie dont la nature semblait si irrémédiable; mais enlin il en guérit, et recouvra complètement et pour toujours le libre exercice de ses membres.

J’ai besoin d'ètre un peu technique dans l’appréciation du fait qui précède, c’est une nécessité de cette étude; mais je serai court et je ne désespère pas d’être clair. Lue paralysie, une abolition plus ou moins complète des mouvements volontaires, est une maladie du système nerveux qui a, la plupart du temps , pour point de départ un des deux grands centres de ce système. Si elle survient brusquement, c’est-à-dire sans avoir été précédée de symptômes généraux, relatifs au trouble de la motilité, des sensations , de la pensée , on peut la regarder le plus souvent comme le résultat d’une altération maté-

eu jouant les difficultés des nombres qui arrêtent les savants; ce qui lui coûta tant d’application et d’efforts d’esprit, que pour monter cette machine au point où tout le monde l’admirait, et que j’ai vue de mes yeux, il en eut lui-même la tête presque démontée pendant trois ans. »

Toutes ces pointes sont d’un fort mauvais goût; mais l'assertion est positive et vient d’une excellente source. Fontaine (je le rappellerai aux personnes qui l’auraient oublié) était secrétaire et ami d’un homme qui fut un des directeurs de Pascal , Sacy.

(1) Bossut, Discours préliminaire des Œuvres de Biaise Pascal , pag. xx.xj du t, I de l’édition de 1819.

l’AKALYSIL i't PASCAL,

riclle , profonde , permanente , et dans ce cas l’abolition des mouvements reste ordinairement ellemême permanente et irrémédiable. Mais il n’en est pas ainsi quand cette paralysie se rattache dans le passé à d’autres phénomènes nerveux , généraux, changeants, fugaces, capables de cesser quelquefois tout-ù-fait, pour se reproduire ensuite et cesser ou s’amender de nouveau. Dans ce cas le trouble des mouvements lui-même peut disparaître complètement, soit pour ne plus se reproduire, soit pour reparaître et cesser encore. Cette sorte de paralysie pourrait être appelée paralysie dynamique , par opposition (à celle dont je v iens de parler, et qui est due à une lésion organique profonde et permanente. Elle est très habituelle dans ces maladies générales et erratiques du système nerveux, qui unissent dans des rapports variables le trouble des mouvements à celui des sensations, des affections, des idées (a); ténébreuses infirmités de notre nature, où, aux confins et pour ainsi dire au point de contact des nerfs cl do l’âme , se confondent , dans une solidarité douloureuse, la vie et la pensée.

Or, c’est dans un état assez voisin de celle condition déplorable qu’a vécu et pensé l’ascal durant

(a) L’hystérie , l'hypocondrie , l’épilepsie. , et quelques autres aller lion s nerveuses qui peuvent leur être rattachées.

>A PIŒMIKKli com iiusiox.

sos vingt dernières années. C'est ce (ju attestent' déjà et cette parahsie qui s’est si promptement et >i complètement dissipée, et toutes ces soullrances continuelles et vagabondes qui en avaient été le prélude. C’est ce quo vont montrer de plus en plus l’altération croissante de sa santé dans un mode toujours le môme, et les singulières erreurs de l’imagination auxquelles cette altération le conduisit. C’est ce dont témoignerait son six le. Pascal était de ces hommes exceptionnels, grands par les souffrances comme par le génie, qui, suivant une expression de Maine de Bilan, ont le funeste pri— vilége d’entendre crier à toute heure les ressorts de leur machine, et c’est à ce cri de son organisation que répondent sans cesse celui de sa pensée et I âpreté de son éloquence.

Axant d’ètre atteint de la paralysie dont j’ai dû parler par avance , Pascal, livré avec ardeur aux travaux qui l’occasionnèrent, forma cependant un moment le projet de les abandonner, pour s'appliquer, dit madame Périer, a l'anit/ue chose i/kcJ.-C. appelle nécessaire ( i). L'événement qui donna lieu à ce redoublement de sévérité religieuse fut une

Première conversion de Pascal

(1) Vie de Pascal, par madame Pcrier, pag. 18. — l{c- < ueil d’i lrecht , pag. 201.

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