‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 23 sur 93 · PREMIÈRE CONVERSION DE PASCAL · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CONVERSION DE PASCAL

circonstance décisive dans sa vie, celle qui en détermina de loin toute la lin, et à laquelle nous devons peut-être les plus beaux et les plus durables monuments de sa gloire.

Il habitait encore Rouen avec le reste de sa famille. Au mois de janvier i G4G , son père , pour accomplir une œuvre de charité, sort de chez lui à pied par un temps de glace et fait une chute dans laquelle il se démet la cuisse ( 1 ). Deux hommes de l’art d’une grande piété, les frères Baillcul , se chargent de sa guérison. Durant le cours des soins qui y furent nécessaires , Biaise Pascal est frappé de la foi profonde de ces deux hommes , et de leur science dans les choses de la religion. 11 prend sa part des saintes lectures qui se font autour du lit du malade, et, comme le dit le Recueil d’Utrecht , touché le premier et le plus profondément (2), il fait partager les nouveaux élans de sa ferveur à son père , et un peu plus tard à M. et à madame Périer. Il agit surtout de toute la force de sa conviction et de toute la supériorité de son esprit sur l’imagination vive et poétique de sa jeune sœur Jacqueline , la détourne,

(1) Recueil d’IJtrecht , pag, 248 et suiv. ; — ouvrage cidessus cité de M. Faugère, pag. 02, 4'23 et suiv.

(2) Recueil d'Ulrecht, pag. 231; — ouvrage ci-dessus rite de M. Faugère, pag. 425.

IM\ \XS DI. l'HA VAUX ET DE (il, (MUE. I 3f)

non sans peine , des honnêtes amusements du monde auxquels elle avait déjà pris goût et pour lesquels (die était si bien faite , la détermine à repousser la demande en mariage d’un conseiller au parlement de Rouen , enlin parvient à lui donner irrévocablement la passion de la vie religieuse, qui , au dire de sa sœur aînée, ne lui axait jusqu’alors inspiré que de l’éloignement ( 1 ). C’est là ce qu’on a appelé la première conversion de Pascal , et ce qu'il serait plus exact de nommer son premier redoublement de piété. Nous ne tarderons pas à voir quelles conséquences fatales eut pour lui cette conversion qui amena celle de sa sœur.

Toutefois ce premier projet de Pascal de renoncer au commerce des sciences dut céder à l’instinct puissant qui l’entraînait vers elles, et n’eut même qu’une courte durée. C’est, en effet, de cette époque de sa vie et de sa santé, et dans un espace de huit ou dix ans, que datent, à une seule exception près, tous

(1) Relation de la vie de la sœur Jacqueline de sainte Euphémie Pascal , jusqu’à son entrée à Port-Royal , ou elle fit profession en 1(351, par madame Périer sa sœur, pag. 546 du l. Il des Vies intéressantes et édifiantes des religieuses de Port-Royal , Paris, 1751. — Jacqueline Pascal , par M. Cousin, Paris, 1844, pag. 42; — Ouvrage ci-dessus cité de M. Faugère, pag. (il.

Dix ans de Ira vaux et de gloire.

1)I\ A .VS UE l'H A VAUX

ses travaux en physique et eu mathématiques: ses Nouvelles expériences sur le vide, qu’il entreprit a Rouen à l’Age de > ingt-lrois ans ; sa fameuse Expérience du Puy-de-Dôme , qu’il lit, exécuter par \L Périer, son beau-frère, et qu’il répéta lui-même h Paris, à la tour de Saint-Jacques-la-Boucherie ; ses Traités sur t équilibre des liqueurs et sur la pesanteur de la masse de l’air ; son Triangle arithmétique, et par suite ses Lettres à Fermât sur les Régies des partis, point particulier du calcul des probabilités ; enfin plusieurs autres ouvrages mathématiques que Leibnitz, dans son admiration pour leur auteur, avait disposés pour l’impression (i), et qui, h la réserve d’un seul, semblent aujourd’hui perdus.

Chacun sent ce qu’il y a d’extraordinaire dans l’ensemble de ces recherches exécutées parmi homme si jeune encore, cl c’est à peine s’il est besoin de rappeler quels en sont les rapports aux méthodes ou aux grandes questions de la phvsiquc et des mathématiques.

Par ses travaux mathématiques, Pascal touche

(I) Lettre de M. Leibnitz ù iM. Périer. conseiller ci lu Cour des aides de Clermont- F irr and , neveu de M. Pascal , pag. Zi'J'J et suiv. du t. \ des OEuvrcs de Biaise Pascal , edit. de 1819.

Kl 1)K 1. 1.0 IKK.

an hinome de ÎNow Ion , prépare ou établit avant I lin juliens les jjii i ni jj <s du calcul des probabilités, enfin montre qu’il est presque aussi voisin que son ami Fermai de l'invention du calcul infinitésimal. Descartes, après avoir perfectionné l’algèbre, avait commencé à appliquer cette science aux constructions géométriques. Pascal fait voir qu'il n’a pas besoin de ce secours; il prend l’inverse, et , comme cela résulte de sa machine arithmétique et de son triangle de même nom, il arrive aux calculs et presqu’à l’algèbre par les constructions. Il semble que chez lui tout, et la langue (“Ile-même, dût prendre une forme géométrique.

En phvsique, Pascal, presque en même temps que Torricelli , rend son poids à l'air, enlève à la nature sa scolastique horreur du vide, et contribue ainsi à l’invention et aux emplois du baromètre. Par ses idées autant que par ses travaux il est certainement un des pères de la méthode expérimentale moderne. « Les secrets de la nature sont cachés , dit-il; quoiqu’elle agisse toujours, on ne découvre pas toujours ses effets; le temps les révèle d’Age en Age, et, quoique toujours égale en elle-même , elle n’est pas toujours également connue. Les expériences qui nous en donnent l’intelligence multiplient continuellement, et comme viles sont les seuls principes

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