PASCAL A PARIS
Pascal à consultant docteurs.
lin modèle presque achevé de ce si vie clair, spirituel el loti, comme l’appelle madame Périer (V' , i|in est excellemment celui de Pascal.
Ce fui une belle époque dans sa vie que celle époque qui s’ouvre par les expériences sur le vide, se continue par les lettres au père Noël , à la reine Christine, à M. de Riheyre, et se termine par l’invention du triangle arithmétique. Ce fui dans tous les cas celle où la saule de Pascal fut le moins mauvaise, et où ses forces lui permirent le travail le plus suivi el le plus fécond.
Ce n’est pasque durant cette période île profonds lrs el nombreux travaux et de gloire déjà éclatante, il ail été tout-à-fait exempt de ces perturbations douloureuses, fatal résultat de sa maladie ou plutôt de sa nature même. Jamais au contraire il ne cessa d’y souffrir. Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai dit de la paralysie dont il fut atteint à la lin de l’année i 0/1.7, et qui le força à interrompre pour quelque temps le cours de ses travaux sur les sciences. Dans la convalescence de celte affection, et quand il eut à peu près recouvré le libre usage de ses membres , il lit un voyage à Paris, en compagnie de sa sœur Jacqueline, dans l’intention d’v prendre les a\ is îles doc-
1) Ouvra f/e rii<: , pa". .‘50.
CONSUMANT LES DOCTEURS. , /j Ç
teurs alors en réputation (1). Descartes, dont on connaît les pictciilions a la science et presque à la pratique médicale, Descartes lut un de ces docteurs. Dans sa consultation, qui fut au moins la plus courte, le géomètre-philosophe se bornait à prescrire à son jeune émule de se tenir patiemment au lit , et de prendre force bouillons (2). Ce sage conseil ne lut pas suivi. Pascal fut saigné, baigné, purgé, sans que cette médecine énergique ail rien changé, bien entendu, au caractère et à la continuité de scs souffrances.
(1) Recueil dTlrecht, pag. 253. -Vie de Jacqueline Pascal par madame Périer, pag. 357 du 1. Iir des T7 es intèressanles el édifiâmes des religieuses de Port-Royal , 0.1 pag, 05 des Lettres, opuscules el mémoires de madame Périer, de Jacqueline Pascal, etc. , publias par AI. Faugère.
(2) Lettre de Jacqueline Pascal à sa sœur Gilberte, dans Des manuscrits inédits de Fermai , art. de AI. lâbri dans le Journal des Savants, septembre 1839; ou page 309 de l’ouvrage cite ci-dessus de AI. Fa n ou e.
Jacqueline dit en outre dans sa lettre que son frère , à celle époque de sa maladie , avait peine à se contraindre et à parler, particulièrement le matin. D’après ce qu’elle raconte, c'est chez lui qu'aurait eu lieu son enlrev ,c avec Des¬
cartes, et cela paraît probable d’après l’étal desa santé. Baillet prétend au contraire ( Vie de Descaries, pag. 338 ) que ces deux grands personnages se rencontrèrent au couvent des Minimes. 11 semble ne pas vouloir que ce soit Descartes qui an lait les premiers pas. C’est pourtant ainsi que cela se passe •le médecin à malade.
tu
vui.
La nal ure nerveuse et niélancolii|iie ;le la ma l.idie île Pascal se prononce vie plus en plus.
l46 I A NATURE DE SA MALADIE SE PRONONCE.
Après le retour de son j » è rc à Paris (i , retour qui l’y fixa lui-mènie, la nature de sa maladie se dessina de plus en plus, et les symptômes ne firent plus que s’en accroître.
« Mon frère , dit madame Périer, était alors travaillé par des maladi s continuelles, et qui allaient
toujours en augmentant . 11 avait, entre autres
incommodités, celle de ne pouvoir rien avaler de liquide , à moins qu’il ne fut chaud • encore ne le pouvait-il faire que goutte à goutte : mais comme d avait outre cela une douleur de tète insupportable, une chaleur d’entrailles excessive et beaucoup d’autres maux, les médecins lui ordonnèrent de se purger de deux jours l’un durant trois mois (2); de sorte qu’il fallut prendre toutes ces médecines , et
(1) Recueil d’Utrechl, pag. 25 fi. — Lettres, opusc. et ment, de madame Périer , de Jacqueline Pascal , etc., pu bliés par M. Faugère, pag. Gh{Viede Jacqueline, par madame Périer ) , pag. Zs 26 (Mémoire de Marguerite Périer sur sa famille ).
Après le retour définitif cle son père à Paris, Pascal eut occasion de faire avec lui et Jacqueline une visite en Auvergne 5 son autre sœur, et même de séjourner quelque temps chez elle. Madame Périer, dans le récit qu'elle fait de celle visite, ne dit rien de la santé de son frère. Peul-êlre que les distractions du voyage, des conditions de lieu nouvelles avaient produit leur effet ordinaire dans ces sortes d’affection, c’est-à-dire une suspension des douleurs.
(2 Noti: \ I.
I l NAITRE I>1 SI MALADIE SE PRONONCE. 1 47
pour cola les faire chauffer et les avaler goutte à goutte, ce f[iii était un véritable supplice qui faisait mal au cœur à tous ceu\ qui étaient auprès de lui, sans qu il s'eu soit jamais plaint v 1 ). »
Je n'ai rien à dire ici de la pratique des médecins de Pascal , si ce n’est qu’elle était irréprochablement conforme au Galénisme de l'époque , et que ces inexorables docteurs s’y montraient tout— à— Fait dignes des noms désormais proverbiaux sous lesquels les a immortalisés Molière. Mais le mal qu’ils cherchaient à guérir n’a pas changé comme leurs remèdes, ( b s incommodités continuelles 3 cette douleur de tète insupportable , celte chaleur d’entrailles excessive 3 ce resserrement delà y or (je d’un si bizarre caractère, et beaucoup d'autres maux encore, tout cela, maintenant comme jadis , c’est le fantasque cortège d’une maladie déplorable, qui n’est que trop souvent la suite des travaux de l’intelligence, mais qui a quelquefois pour résultat et comme pour dédommagement de les rendre plus énergiques et plus féconds. Cette maladie, que dans le langage du monde on nomme la mélancolie , a reçu de la science un autre nom (a . L’organe qui en est plus particulièrement le siège, c’est celui de
(i; Vie de Pascal, par madame Perler , p;ig. 25, 2(>.
a) Celui d'hypocondrie.