‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 33 sur 93 · ET A LA MALADIE · texte numérisé non relu

ET A LA MALADIE

Cette occasion ne [louvail manquer de se présenter. Le 8 décembre iG5/|, jour de la Conception , quinze jours après son extase , il était à Porl-Pioyal à con- \erser avec sa sœur. Le sermon sonne, il la quitte pour se rendre à l'église. Il trouve le prédicateur, INF . Singlin , parlant sur la sainteté de la vit' chrétienne, et sur la nécessité de ne point s’engager dans les liens du mariage et du monde sans s'en être beaucoup consulte à Dieu. Pascal est frappé de ces conseils qui semblaient s’adresser à lui. Après le sermon, il s’ouvre de ses impressions à sa sœur, qui , de son côté , met tout en usage pour augmenter ce nouveau feu. Elle v réussit , au delà même de ses espérances V ' , et après de nouvelles entrevues elle finit par se décharger de sa dignité de directrice entre les mains de M. Singlin. C’est là ce qu’on a appelé la seconde conversion de Pascal. Jacqueline de Sainle-Euphémie ne devait plus rien à son frère (y).

(1) Lettre de Jacqueline de Sninte-Euphémie à madame l’érier, du 25 janvier 1G55. Recueil d’I irecltt, pag. 2G/i. — Jacqueline Pascal , par M. Cousin , pag. 227. — Lettres, upusc. et ment, de madame Pcrier de Jacqueline Pascal et<\. publiés par M. Faugtrè, pag. 357.

2) Ce sont presque les expressions du Nécrologe de l’oitlioval : « Ce fut alors qu’elle rendit en quelque sorte à M. Pascal , son frère, ce qu’elle en avait reçu. » ( Nécrologe de l'ahba i/c de Port- Roi/al-des-Champs , t. I , pag. 391.)

J 08 ItE I OL li A DIEU El A LA MALADIE.

Je |iasse sur les phases particulières de ce dernier retour à Dieu , sur la retraite de Pascal à Port- Royal , sur la joie qu’on ressentit dans celte sainte maison d’une conversion aussi éclatante , sur la reconnaissance qu’on \ témoigna au Seigneur d’avoir rendu humble cet esprit si élevé , et complètement chrétien ce philosophe dont l’orgueil eut pu égarer le génie.

Pascal avait alors trente ans. (l’est l’âge de la force; l’âge où, encore plein d’espérance, l’homme qui a l’instinct des grandes choses continue avec l’ardeur de la jeunesse des travaux qu’achèxera sa maturité; l’âge où il se choisit une compagne dont le cœur partage avec le sien les agitations de la gloire et la paix du foyer domestique. Cet âge, Pascal ne devait en connaître ni les réalités ni les promesses. Ebranlé dans les profondeurs de son être par douze ans de continuelles souffrances, foudroyé par sa terreur du pont de ÎNeuillv, rassuré peut-être, mais jeté à jamais dans les voies d'une religion mystique i , par l’extase qui la suivit, docile comme un enfant aux exhortations et aux représailles de sa sœur '2), plus malade par l’effet de sa piété, plus pieux par l'effet de sa maladie, travaux et triomphes de la science, projets

(1) Note XV.

2) .Note \yi.

pascal roin-A-r.vii valc'iüdksaiiie. 1O9

(rétablissement et de mariage, il renonça à tout, oublia tout, et, comme il l’a écrit lui-mème, ne lit [dus <[ue se livrer à de petites pratiques, 'pic prendre de l'eau bénite, faire dire des messes , pour se briser et s’abêtir ( 1 ).

Toute cette dernière partie de sa vie , même en 11e la séparant pas complètement de ce dont elle est en effet inséparable, sa piété et son génie, a l’air d’une pure histoire de médecine. Je ne reculerai pourtant pas devant cette triste exposition, dussé-je y blesser quelquefois ces délicatesses d’un goût trop sévère (2) qui, dans l’étude d’une intelligence supérieure , voudrait pouvoir détourner les yeux des organes auxquels elle est unie, pour n’avoir à tenir compte ni des senices qu’ils lui rendent, m des nécessités qu’ils lui imposent , ni des perturbations qu’ils lui font subir. C’est, en effet, ce caractère si péniblement morbide qui donne à

(1) Pensées, etc., de Plaise Pascal, édit, de M. I‘augère , 1. Il , pag. 1 68 ci 169.

(2) Le lecteur voudra bien se rappeler que j’ai lu celte partie de mon 1 1 avait à mes honorables confrères de l'Académie des sciences morales et politiques, dont le goût, en effet, fort d'dical, et peu habitué à la crudité technique de plusieurs des détails qui \onl suivre, avait besoin d’être pressenti.

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