J, ES PROVINCIALES
on donner aux jésuites d’éloquentes et terribles preuves. Lue des circonstances qui l’aidèrent dans cette œuvre do religieuse polémique, ce lut le genre d’études auquel il s’était livré à différentes époques de sa vie, mais surtout au début de sa dernière conversion. Tout son temps, dit madame Périer, était alors employé à la prière et à lire l’Ecriture sainte. Il y prenait un plaisir incroyable , et il renonçait dans cette lecture à toutes les lumières de son esprit. Il s’y était si fort appliqué qu’il la savait par cœur, ainsi que ses principaux commentaires, lui qui disait n’avoir jamais rien oublié de ce qu’il avait voulu retenir, et on ne pouvait la lui citera faux sans -être bien sur d’être repris à l’instant même (1). Aussi lorsqu’un jour à Port-Uoyal, à la sollicitation d’Arnauld et pour la défense de ce célèbre controversisle, il entreprit ses Lettres Provinciales , n’eut-il presque besoin d’aucune préparation pour opposer avec tant de conviction et d’autorité les simples et purs préceptes de la morale évangélique aux tortueuses obscénités de celle des casuistes.
La composition et la publication de cet immortel ouvrage, v compris une collaboration importante aux factum des curés de Paris, durèrent de deux à
(1) Madame Périer, ouvrage cité , pa^. 2‘J.
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trois ans; et , pour peu qu’on a réfléchisse , on no saurait douter qu’elles n’aient beaucoup contribué à a "graver l’état do santé déjà si mauvais do Pascal. Elles lui coûtèrent tout à la lois la fatigue de nom * breuses lectures, indigestes , sinon difficiles, et une grande dépense de force et de passion. Sans doute, et Pascal en convient lui-même (i), la plupart des matériaux de pure controverse de son livre lui lurent fournis par ses amis de Porl-lloyal, et c’était bien la moindre part qu’ils pussent prendre à une œuvre qui , indépendamment de l’éclat éternel qu’elle a jeté sur leur pieuse et savante réunion, leur valut à cette époque la victoire sur leurs en-
(1) Pensées,? le., de Biaise Pascal , publiés par IM. Fougère , t. 1 , pag. 308.
Voici à cet égard ce que raconte le P. Daniel. Il faut se souvenir que c’est un jésuite qui parle et évidemment calomnie. « La marquise de Sablé , qui portait fort en ce temps-lit les intérêts de Port- Royal, ne put s'empêcher de demander un jour à Pascal s'il était bien sur de tout ce qu'il disait dans ses lettres (les Provinciales ). Car, si tout cela n’était pas vrai , lui dit elle , en quelle conscience pourriez-vous les publier, et décrier ainsi partout un corps aussi considérable que celui des jésuites? Pascal lui répondit que c’était à ceux qui lui fournissaient les mémoires sur quoi il travaillait à y prendre garde, et non pas à lui, qui ne faisait que les arranger.» (Réponse aux Lettres Provinciales de L. de Monlalle , ou Entretiens de Cléandre et d’Eudo.re. in-12, Cologne, 169Zi , pag. 20.)