RETOUR DES IDEES
constances dans lesquelles il s’est présenté, a dû nous affecter de la même manière. Dans ces conjonctures diverses, l’image est là devant nos yeux, tellement constante et à la fois tellement nette, qu’elle équivaut à l’objet lui-même, et que le dessin pourrait la fixer.
il se passe quelque chose d’analogue dans le cas où la préoccupation est relative aux perceptions de l’ouïe. Ici, en guise d’images , ce sont des paroles , des chants, qui , après avou fortement remué l’esprit, s’\ réveillent d’abord comme d’eux-mêmes, et d’eux-mêmes encore , sans que la volonté intervienne, sont ensuite articulés par les organes de la voix. A ces sortes d’images parlées se joignent inévitablement et pour leur venir en aide, de vraies images, des images du sens de la \ue ; d’abord celles des signes notés ou écrits des sons actuellement rappelés par la fantaisie, puis certaines idées \isuelles reproduites par l’effet d’une association qui a eu lieu entre ces dernières et les idées auditives.
Quant aux trois autres espèces de manifestations sensitives, celles de l’odorat, du goût et du tact, comme elles restent toujours à l’étal de sensations , sans donner lieu directement à des idées sensibles, le souvenir qui s’y rattache n’est «pie celui du corps qui les a occasionnées, et il ne va pas jusqu’à les
A LEUR POINT DE DÉPART. j ■*>
renouveler. Il n’est pas dans la nature de ces sensations de (aire sur l'esprit une impression assez vi\e, pour qu'il parvienne à les reproduire par I effet d’une préoccupation même profonde et exclusive. Le goût le plus déterminé des parfums, la gourmandise la plus sensuelle sont impuissants à rappeler une odeur ou une saveur. De même, les sensations tactiles de froid et de chaud , de dureté et de mollesse ne sauraient être le sujet, soit d’une reproduction spontanée, soit d’un rappel volontaire. La mémoire, lorsqu’elle se porte vers toutes ces espèces de sensations, peut bien, par suite de leur liaison avec des idées visuelles, évoquer avec plus ou moins de vivacité les images des objets qui les ont causées. M ais dans les circonstances ordinaires, et à part peut-être quelques exceptions qui ne feraient que confirmer la doctrine de cet ouvrage, ces sensations elles-mêmes ne se reproduiront pas.
En tète des préoccupations qui peuvent donner lieu au premier degré de transformation sensoriale des idées, c’est-à-dire à leur conversion en images, il faut placer les préoccupations créatrices dans les arts, préoccupations, pensées exclusives, à la fois signe et condition du génie. Les arts, à les prendre même dans ce qu’ils ont de plus imitatif, ont pour
Idées - images dans les créations des arts.
HKTOIJ I! DLS IDEES
but ou plutôt pour mission, non de copier servilemenl la nature , mais de la représenter , et en quelque sorte de la refaire, d’après un modèle intérieur, un idéal, dont elle a été l’occasion nécessaire, mais qui a son principe dans le goût inné du beau et du grand. Or, pour que la reproduction de cet idéal devienne une œuvre possible , il faut que les idées qui le constituent prennent un tel caractère de vivacité qu elles équi\ aient pour l’artiste à la réalité des choses, qu’il puisse, en ses ravissements, les contempler sans relâche, pour les rendre dans toute leur beauté.
Pour ce qui est des arts du dessin , la peinture et la statuaire, il est clair que de telles images sont la condition indispensable de leurs créations. L’histoire de tous les grands artistes nous les montre toujours obsédés de ces images qui les suivent jusque dans leur sommeil. Les véritables génies, disait Léonard de \ inci , travaillent soment d’autant plus qu’ils en ont moins l’air, concentrés en eux-mèmes, cherchant l’invention, et se formant dans l’esprit ces conceptions , ces idées parfaites , qu’ils traduisent ensuite avec la main (i).
Dans les œuvres du génie de la musique, la suite
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