DERNIERE MALADIE
Dernière maladie de Pascal.
secrets de la vie et de la sensation végétatives , accablé par des douleurs et des indispositions nées de ce double siège , en proie à de sublimes tristesses ou livré à d’humbles pratiques , Pascal , de plus en plus incapable de toute application sérieuse , fut pris d’une maladie qui devait être la dernière , et dont les symptômes 11e furent que l’exagération des deux ordres plus particuliers de souffrances qui l’avaient tourmenté pendant toute sa vie, souffrances des voies digestives , souffrances du système nerveux de la tête.
Cette maladie, dit madame Périer dont je citerai autant que je le pourrai les paroles, en ne faisant que débarrasser son récit des détails indifférents au mien , cette maladie commença par un dégoût étrange dont Pascal fut pris deux mois avant sa mort; sur quoi son médecin lui conseilla de se purger et de s’abstenir d’aliments solides. Huit ou dix jours après l’invasion du mal, il fut atteint d’une colique très violente qui lui ôtait absolument le sommeil. Il ne laissait pas néanmoins de se lever tous les jours , et de prendre sans le secours de personne les médicaments qui lui étaient prescrits. Bien que ses douleurs fussent considérables, les médecins qui le traitaient, voyant qu’il avait le pouls bon, sans
aucune altération, ni apparence de lièvre, assuraient qu’il n’y avait pas la moindre ombre de danger. Toutefois, malgré ces discours, se sentant affaibli par la continuation de scs douleurs et de ses grandes veilles, Pascal, dès le quatrième jour de sa colique et avant même d’ètrc alité, envoya chercher le curé et se confessa. Les médecins en témoignèrent leur surprise, et dirent que c’était une marque d’appréhension à laquelle ils ne s’attendaient pas de sa part. Cependant le mal continuait , et les médecins assuraient toujours qu’il n’v avait nul danger à la maladie. Il \ eut, en effet, quelque diminution dans les douleurs , en sorte que Pascal se levait quelquefois dans sa chambre. Néanmoins elles ne le quittèrent jamais tout-à-fait , et même elles revenaient quelquefois avec plus de force, et il maigrissait beaucoup. Les médecins toutefois ne s’effrayaient pas. Mais quoi qu’ils pussent dire, Pascal soutenait toujours qu’il était en danger, et il ne manqua pas de. se confesser toutes les fois que le curé venait le voir. Il demanda même à communier, et il l’aurait fait s’il n’eût craint de trop effrayer ses amis. La colique continuant toujours, <>n lui ordonna de boire des eaux qui, en effet, le soulagèrent beaucoup. Mais au sixième jour de sa boisson, qui était le i/j août, il sentit un grand étourdissement avec une grande
|8'| DKHMÉIIK MALADIi: DK [’ASC.W..
douleur de tête, et quoique les médecins ne s’étonnassent pas de cela, et qu'ils l’assurassent que ce n’était que la vapeur des eaux, il ne laissa pas de se confesser, et il demanda de nouveau et avec des instances incroyables qu’on le lît communier. On lui répondit qu’il s’exagérait son mal, qu’il se portait mieux, qu’il n’avait presque plus de coliques, et qu’il ne lui restait plus qu’un peu de vapeur d’eaux. On ne sent pas mon mal , répliqua Pascal; on y sera trompé. Ma douleur de tête a quelque chose île fort extraordinaire.
Cependant cette douleur augmentait, et l’admirable valétudinaire la supportait sans se plaindre. Une fois pourtant, dans le plus fort de ses souffrances, le 17 août, il demanda qu’on fît une consultation, demande dont il se repentit un instant après, craignant qu’il n’y eût à cela de la recherche. La consultation n’en eut pas moins lieu, et les médecins ordonnèrent du petit-lait, assurant toujours qu'il n’y avait nul danger, et que ce n’était que de la migraine mêlée à la vapeur des eaux.
Dans la nuit du 17 au 18 août, continue madame Périer, il prit à mon frère une convulsion si \ iolente , que quand elle lut passée on crut qu’il était mort. A la lin il revint à lui-même et recouvra son jugement entier comme dans sa parfaite santé, tic
'V Molli. SOIN AI lOl'SlC l.ADAYKltlOlt. I 85
lut alors qu’on lui administra le \inlique. Pascal lit un eiïort et se rele\a seul à moitié , comme pour le recevoir avec plus de respect. A toutes les questions que lui faisait le curé sur les principaux mystères de la foi, il répondait distinctement : Oui, je crois cela de tout mon cœur. Les sentiments avec lesquels il recul le viatique et l’evlrème-onction étaient si tendres, qu’il en \ersait des larmes. Il remercia le curé, et lorsqu’il en fut bénit a\ec le saint ciboire, il dit : Que Dieu ne m'abandonne jamais ! Ce furent là comme ses dernières paroles. A peine avait-il fait son action de grâces, que ses convulsions le reprirent, ne le quittèrent plus et ne lui laissèrent plus un seul instant de liberté d’esprit. Elles durèrent ainsi \ingt-qualre heures, jusqu’àsa mort, qui eut lieu le 19 août iGGa, à une heure du matin (i .
Je pousserai la hardiesse jusqu’au bout. Après avoir lait l'histoire presque médicale de la dernière maladie de Pascal, je donnerai son autopsie ( je ne recule pas non plus devant le mot). Je la donnerai textuellement. Peut-être l’accueillera-t-on sans délaveur , quand j’aurai dit (pie je l’emprunte aux mémoiresde sa nièce , d’où l’a transcrite dans le Recueil (I i Irechl je ne sais quelle brave plume janséniste ,
MX.
Auto|>sie cadavérique de Cascal.
(I, .Madame IVricr, ouvrage cité , |>ag. 0/i-7ô.