AUTOPSIE CADAVÉRIQUE
qui, pour compléter son œuvre biographique, n’a pas craint tic faire appel aux lumières de la physiologie.
« Les amis de M. Pascal ayant lait ouvrir son corps, on lui trouva l’estomac et le foie flétris, et les intestins gangrenés, sans qu’on put juger précisément si ç’avait été la cause de cette terrible colique qu’il souffrait depuis un mois, ou si c’en avait été l’effet. A l’ouverture de la tète, le crâne parut n’avoir aucune suture, si ce n’est peut-être la lambdoïde ou la sac/itlale, ce qui apparemment lui avait causé les grands maux de tète auxquels il avait été sujet pendant toute sa vie. 11 est vrai qu’il avait eu autrefois la suture qu’on appelle fontale; mais comme elle était demeurée ouverte fort longtemps pendant son enfance, comme il arrive souvent à cet âge, et qu’elle n’avait pu se refermer, il s’était formé un calus qui l’avait entièrement couverte, et qui était si considérable qu’on le sentait aisément au doigt. Pour la suture coronalc, il n’v en avait aucun vestige. Les médecins observèrent qu’v ayant une prodigieuse quantité de cervelle, dont la substance était fort solide et fort condensée, c’était la raison pour laquelle la suture fontale n’ayant pu se refermer, la nature y avait pourvu par un calus. Mais ce qu’on remarqua de plus considérable, et à quoi
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mi attribua particulièrement la mort do M. Pascal et les derniers accidents qui l’accompagnèrent , c’est qu’il y avait an-dedans du crâne , vis-à-vis les ventricules du cerveau, deux impressions comme d’un doigt dans de la cire; et ces cavités étaient pleines d’un sang caillé et corrompu, qui avait commencé à gangrener la dure-mère (1). »
J’ai rapporté à dessein et dans ses propres expressions ce que dit madame Périer de la dernière maladie de son frère. J’ai de même cité textuellement ce que contient le Recueil d’Utrecht,
(1) Il paraît que le texte de cette autopsie faisait originairement partie du manuscrit de la Vie de Pascal par madame Périer , ou au moins y était annexé. C’est ce qui semble résulter d’une note que le P. Guerrier a jointe à celui qu’il en donne pag. 292 de son IIIe llecueil MS. , sous le titre (['Extrait de la vie de M ■ Pascal. « Ceci, dit- il, ne se trouve pas dans la vie de M. Pascal imprimée, mais seulement dans les manuscrits que mademoiselle Périer a donnés à la bibliothèque des PP. de l’Oratoire de Clermont. »
On trouve une copie de cette autopsie pag. 366, 367 d'un MS. de la bibliothèque Mazarine, u" 2109, intitulé : Mémoires et pièces recueillis par M. Domat , etc.
On en trouve une autre pag. 9 du MS. de la Bibliothèque royale, fonds supplément français, n“ 1Z|85, ayant pour titre : Mémoires de Marguerite Périer.
M. Faugèrea imprimé cette pièce pag. 52, 53 de ses Lettres, opusc. et mém. de madame Périer et de Jacqueline Pascal, etc. , d'après le 11 1e recueil MS. du P. Guerrier. Le llecueil
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d’n près les mémoires de sa lille , sur les résultats de l’examen auquel furent soumis les restes mortels de ce rare génie. En faisant connaître la maladie à laquelle il succomba, ces deux pièces éclairent d’une grande lumière celle qui troubla toute sa \ie et eut tant d’inlluencc sur le caractère et la direction de son esprit, il ne faut pas oublier, du reste, que ces documents remontent à près de deux siècles , et que le langage peu précis de la science d’alors y perd encore de son exactitude sous la plume de personnes étrangères à l’art, au nombre desquelles est une
d’ U l redit a , clans on trois quatre endroits , modifié , d’une manière du reste insignifiante, les expressions du MS. de ce Père et des deux autres MSS. que je viens de citer. J'ai suivi ta leçon de ce Recueil à cause de scs deux premiers mots, qui ne se trouvent pas dans ces divers MSS., et qui montrent que c’est à la diligence des amis de Pascal qu’eut lieu l’ouverture de son corps.
Ces mêmes amis, ou pour parler d’une manière plus générale, les solitaires de Porl-lioyal , avant d’avoir provoqué l’autopsie cadavérique de leur défenseur, avaient fait faire celle de leur fondateur. On en peut \oir le procès-verbal dans les Mémoires (le Lancelot, Cologne, 1738 , t. I , pag. 255. Il y est dit que le cerveau de Saint-Cvran était énorme (comme nous avons vu qu’était celui de Pascal), qu'on n’en avait jamais vu un si grand. Les crànioscopes du saint monastère louaient à ce qu il fût constaté que leurs grands hommes étaient pourvus d’une quantité «te matière pensante proportionnée à leur ardent pour la grâce.