‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 45 sur 93 · PASCAL SUBSTITUE · texte numérisé non relu

PASCAL SUBSTITUE

dehors tle l’état de santé, et excessives jusque dans leurs maladies. Quelques années plus tard, éclatèrent en lui, comme d’elles-mèmes , une puissance de conception et de travail, une grandeur et une singularité d'esprit, qui semblent avoir besoin de pareils organes. Sur ce fond d’une nature extraordinaire, la main paternelle imprima en caractères ineffaçables le cachet de la foi de l’époque. Pascal se trouva tout préparé pour la carrière qu’il a parcourue et pour la lin à laquelle il est arrivé. Il s’abandonna de toute la liévreuse énergie de sa constitution à tous les entraînements de son génie, à tous les élans de sa piété , dans l’atmosphère de science et de religion où il vivait. Les plus grands excès du travail de l’intelligence , l’exagération de l’orthodoxie poussée jusqu’à la dénonciation (1), le jeune Pascal ne se refusa rien, et il n’était pas encore sorti de l’adolescence que cette activité presque déréglée avait déjà porté ses fruits ; le désordre des fonctions nerveuses était allé à cette époque jusqu’à la perte momentanée des mouvements. C’est alors

(1) La dénonciation du P. Saint-Ange, à Rouen. Voyez sur ce sujet la Vie il<‘ Pascal par madame Périer, pag. 20-23. Voyez aussi M. Cousin, Des Pensées de Pascal, rapport, etc., pag. 5‘J, (iO, et M. Faugère : Pensées, etc., de Biaise Pascal, t. I, Préface, pag. M.vm ; Lettres, npnsc. et mém. de madame Périer. de .lact/neline Pascal . etc., pag. 12.

A SA VOLONTÉ DKFAII.I.ANTF. IC).')

que Pascal seul il pour la première fois tonie la misère de l’homme dans la sienne propre. Dans la vigueur de la jeunesse, ses membres n’obéissaient plus au\ ordres de sa volonté. Tourmenté par la plus légitime passion des sciences, il avait dû s’iuterdire toute étude. Des intervalles d’une santé meilleure vinrent faire trêve à ces tristes impossibilités et modérer une dévotion qu’avait outrée la maladie; mais ces intervalles furent de courte durée. De plus en plus accablé par des souffrances continuelles qui lui ôtaient parfois la puissance et jusqu’à la pensée du travail , prenant pour des mouvements de sa piété les tristesses morbides de son Ame, pour suppléer à la force qui lui manquait il appela la grâce , et à la place de sa volonté impuissante il mit la volonté de Dieu. Une fois peut-être, une lois entre quelques autres, il allait échapper au joug de ses infirmités et au\ emportements de sa ferveur. Arrivé à l’âge de trente ans, le corps plus défaillant que jamais, l’esprit condamné an repos, il avait cherché dans les distractions modérées du monde quelque remède à ses douleurs, et il y avait presque trouvé la santé, le calme, h* bonheur. Etonné de cet étal tout nouveau, il pensa à se faire dans la société une vie également nouvelle , à s’v choisir une eompag ne (pii lui eût souri au\ heures mauvaises.

19r4 LA VOLONTÉ DE DIEU,

à s’entourer d’une jeune famille dont la présence eut fait disparaître de sa solitude les spectres de son imagination. Mais alors vivait dans les austérités du cloître cette sœur qu’il y avait poussée , et qui jadis avait pensé, elle aussi, aux charmes d’une vie bien différente. La religion la plus austère avait désormais rempli tout entiers la tète et le cœur de Jacqueline de Sainte-Euphémie. Elle n’eut pas de peine à jeter de l’hésitation dans l’esprit déjà si faible et si incertain de son frère. C’est à cette époque qu’eut lieu la catastrophe de Neuillj et la vision qui en fut la suite. Le destin de Pascal fut fixé. Le renoncement a toutes les vaincs sciences du monde était un sacrifice déjà fait, mais il était bien loin de suffire. Non seulement il ne fallait pas être au monde, mais il fallait être tout à Dieu, à Dieu qui seul peut venir en aide à la faiblesse de l’homme, et fixer sans retour les variations de sa volonté. Mériter la grâce de Dieu par ses œuvres , la défendre par ses écrits, ce fut donc ià désormais, ce devait être toute la vie de Pascal, cette vie de ce point de vue si claire, d’une part toute remplie des pratiques de l’humilité et de la charité la plus profonde, toute sanctifiée de l’autre par la religieuse éloquence des Provinciales et des Pensées.

Il suffit de lire la vie que madame Périer a écrite

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