PORT-ROYAL ET DANS LA FAMILLE DE PASCAL
Science, piété, pureté de mœurs, Pascal devait à son père le goût et l’exemple de tout. Page 150.
Pour rendre plus méritoire la piété de Biaise Pascal et atténuer la faute de scs années de dissipation , on a , dans ces derniers temps, mis en doute lu piété de Pascal père, et nié par conséquent qn’elle ait pu aider un peu à celle de son lils. \ oici un paragraphe de l’opuscule de madame Périer qui suffirait pour répondre à cette insinuation, si déjà elle n’était suffisamment réfutée par le passage des mémoires de sa lille Marguerite où il est question de la première maladie de Pascal et des habitudes d’esprit de son père.
« Mon frère avait été jusqu’alors préservé, par une protection de Dieu particulière, de tous les vices de la jeunesse; et, ce qui est encore plus étrange à un esprit de cette trempe et de ce caractère, il ne s’était jamais porté au libertinage pour
HISTOIRES 1)1 VKOLigCES.
ce <] 11 1 regarde la religion, ayant toujours borné sa curiosité aux choses naturelles. Il m a dit plusieurs lois qu’il joignait celle obligation à toutes les autres qu’il avait à mon père, qui, avant lui-mème un très grand respect pour la religion , le lui avait inspiré îles l'enfance, lui donnant pour maxime que tout ce qui est l’objet de la loi ne le saurait être de la raison , et beaucoup moins \ être soumis. Ces maximes , qui lui étaient souvent réitérées par un père pour qui il avait une très grande estime, et en qui il voyait une grande science, accompagnée d’un raisonnement fort net et fort puissant , faisaient une si grande impression sur son esprit , que quelques discours qu’il entendit faire aux libertins, il n’en était nullement ému; et, quoiqu'il fût fort, jeune, il les regardait comme des gens qui étaient dans ce faux principe que la raison humaine est au-dessus de toutes choses, et qui ne connaissaient pas la nature de la foi ( i ). »
On a dit de même que l’époque où vivait Pascal était une époque d’irréligion et d’athéisme , dont il avait pu subir la funeste inlluence, sauf à y échapper plus tard par le naturel de sa piété et la force de sa raison. Il \ a eu, en effet , dans ce temps-là comme
(I) Vie dr Pascal . par madame l’érier, p. 18 et 19.
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.i.tns tous les temps, quelques fanfarons d’impiété , quelques athées en réputation, tels, par exemple, que Desbarreaux; mais ils soutinrent assez, mal leur mie, et ne taidèrent guère a avoir peur du diable. Quant au siècle lui-mème, il était religieux, très religieux, comme ne pouvait manquer de l’être un siècle né des idées et des guerres de la Réforme, et encore tout enveloppé des langes de la superstition.
Tout en me bornant à cette assertion, dont la \érité est trop manifeste , je citerai à son occasion trois faits qui ont ici leur place marquée. Dans tous les trois éclate la croyance du \viie siècle à la réalité des apparitions. Dans les deux derniers, cette croyance, portée au plu haut degré, est celle de Port-Royal lui-même, de ce Port-Royal que Pascal avait pourtant dépassé de toute l’exagération maladive de scs opinions sur la grâce. Il est instructif et original de saisir ainsi en déshabillé ces grands siècles et ces grands hommes, que les siècles et les hommes qui viennent après drapent d’une façon la plupart du temps si discordante et si fausse.
Le premier de ces faits d’une crédulité superstitieuse est emprunté aux mémoires d’un homme qui sous la robe du prêtre porta toute sa vie le cœur d’un libertin et d’un incrédule. A l’époque à laquelle a trait cette partie de ses confidences, on cherchait
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a inspirer à Gondi , dans des conférences religieuses, quelque goût pour sa profession. Il met un amourpropre cynique à dire quelles idées il apportait à ces réunions, et à quelle lin il les faisait senir. Voici un de ses récits :
« Les conférences dont je nous ai parlé ci-dessus se terminaient assez souvent par des promenades dans les jardins. Feue madame de Choisy en proposa une à Saint-Cloud, et elle dit en badinant à madame de \ endôme qu’il v fallait donner la comédie à M. de Lizieux. Le bonhomme, qui admirait les pièces de Corneille, répondit qu’il n’en ferait aucune difficulté, pourvu que ce fût à la campagne et qu il y eût peu de monde. La partie se lit : l'on convint qu’il n’v aurait < j ne madame et mademoiselle de Vendôme , madame de Clioisv, M. de Turenne, M. de Brion , \ oiture et moi. Brion se chargea de la comédie et des violons; je me chargeai de la collation. i\ous allâmes à Saint-Cloud chez monseigneur l’archevêque; mais les comédiens, qui jouaient le soir à lluel chez VI. le cardinal , n’arrivèrent qu’extrêmement tard. VI. de Lisieux prit plaisir aux violons; madame de Vendôme ne se lassait point de voir danser mademoiselle sa fille, qui dansait pourtant toute seule. Knfin l’on s’amusa tant , que la petite pointe du jour c’était dans les plus
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