DF. BENYENUTO CF.I.I.IM
pas plus loin , nous soi limes par une petite porte , cl j'entrai dans une rue étroite où il m’entraîna après lui. En y entrant, je nie trouvai tout-à-coup désarmé, la tète nue, revêtu d’une chemise blanche, marchant à la droite de mon compagnon. J’étais plongé dans la surprise, ne reconnaissant pas celle rue. Je levai les veux, et \ is la lumière du soleil se rélléclùr au-dessus de ma tète sur la muraille d’une maison. «O mon ami, dis-je alors à mon guide, comment m'élever assez pour voir la propre sphère du soleil?» Il me montra plusieurs degrés qui étaient à ma droite, en me répondant de monter par là. Je m’écartai un peu de lui, je montai les degrés à reculons, et je commençai peu à peu à découvrir le soleil. Je me dépêchai de monter, toujours de la même manière, et je linis par voir son disque tout entier. Comme la force de ses ravons me faisait fermer les paupières, je m’enhardis et le regardai fixement. « O soleil que j’ai tant désiré voir, m’écriai-je alors, je ne veux plus contempler que toi, dussé-je être aveuglé par tes feux. » Je demeurais donc ainsi les veux fixés sur cet astre. Lorsque je fus resté un peu de temps dans cette altitude, je v is ses rayons se jeter sur sa droite, son globe en fut dépouillé tout entier. J’étais confondu d’une telle merveille ,
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et je nio demandais clans ma joie comment file avait pu s’opérer.
» Considérant quelle grâce l’Etornel m’avait faite ce matin, je disais à haute voix : «Mon Dieu, combien ta puissance est, grande et glorieuse! Combien elle a été bienveillante pour moi!» Ce soleil m’apparaissait comme une masse de l’or fondu le plus pur. Tandis <[ue je le contemplais, je le \is se gonfler peu à peu, et il en sortit tout-à-coup un Christ sur sa croix de la même matière. Il avait une expression de grâce et de bonté (jne nulle imagination ne pourrait se représenter. En contemplant ces merveilles , je m’écriai : «Miracle! miracle! Clémence, vertu divine et infinie, de quelle félicité tu m’as comblé ce matin ! » Pendant que je disais ces paroles, le Christ se dirigeait du coté où s’étaient jetés les rayons du soleil. L’astre se gonfla une seconde fois, et il on sortit tout -à-coup une belle vierge qui était assise comme dans le ciel, tenant son fils dans ses bras, et me faisant le sourire le plus doux. A ses cotés étaient deux anges , les plus beaux qu’on puisse s’imaginer; à droite, et me tournant le dos, une figure revêtue d’habits sacerdotaux s’inclinait devant le Christ et la \ ierge.
» .le voyais toutes ces choses d’une vue claire et nette, et je ne cessais de glorifier Dieu à liante voix.
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Quand j’eus joui de ce merveilleux spectacle un peu plus d’uii demi-quart d'!ieure,je fus soudain reporté sur mon grabat. Aussitôt je m’écriai : « Dieu , par sa toute-puissance , m’a enlin rendu digne de contempler toute sa gloire, telle peut-être que ne l'a jamais contemplée un autre œil mortel (1) ! »
Il \ a, je l’ai dit , peu de faits psychologiques plus d’accord avec la doctrine générale de ce livre et le but particulier de cette note que cette relation faite par Renvenuto lui-même des hallucinations de sa rapt ix ilé . Ces fausses perceptions se rattachaient à tout dans sa \ie; d’abord aux croyances religieuses de son époque, croyances qui étaient les siennes, et dont l’expression se trouve constamment mêlée au récit de ses licencieuses aventures. Elles se rattachaient encore et plus étroitement à des idées superstitieuses qui déjà un.' Ibis lui axaient x alu un semblable trouble de l’imagination, i n jour, en effet , à Rome, roulant savoir quand il revenait une courtisane sicilienne nommée Angelica, il s'adresse à un négromant du même pars que cette bile, et qui lui inspirait d'autant plus de mnliancc qu'au talent de sa profession il joignait le saint caractère de prêtre. Celui-ci le mène durant la nuit , en compagnie de
1) I i la tli Unircnulo Crll'iii. du lui mcdcsiiuo snillu . Milano, 182.'|, |>af,'. 258 à 202.
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fieux ou trois amis, dans l’enceinte du Colysée , et là, après les plus effroyables conjurations , il fait apparaître à ses yeux des légions de diables qui la remplissent tout entière. Ces diables, Benvenulo les voit; mais il a beau les interroger, il n’en obtient aucune réponse. Ce n’était pas ce qu’il voulait. Aussi, à quelques jours de là, il retourne, avec son négromanl , consulter les docteurs de l’enfer. Les sombres ruines du Colysée virent se renouveler les mêmes évocations, plus terribles, mais plus satisfaisantes. Cette fois , les démons parlèrent ; Benvenulo les entendit , et en sut ce qu’il désirait savoir. Cette scène de ma<>ie et d’hallucination avait lait une
telle impression sur l’esprit du fougueux orfèvre, elle lui était restée si présente , qu’il put, à trente ans de distance , la rapporter dans tous scs détails ( i ).
Quant aux hallucinations qu’il éprouva dans sa prison, elles étaient, d’après son récit, relatives aux sens du tact, de l’ouïe, de la vue; il croyait toucher, entendre et voir un esprit qui d’abord était resté invisible, et enfin voir le globe du soleil. Parmi ces fausses perceptions celles de la vue avaient été tellement fortes et déterminées qu’il en consacra
(J) Ouvrage cite, pag. loi à loi.
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le souvenir nar le dessin et la ciselure (i). il était même persuadé qu’à la suite de sa \ ision il lui était resté sur le Iront un signe lumineux que pouvaient voir ceux qui voulaient s’en donner la peine, et qui même accompagnait son ombre durant la première moitié du jour, et au coucher du soleil (9.).
C’est surtout dos hallucinations de la vue qu’on peut dire dans toute la rigueur du mot qu’elles sont une transformation de l’idée sensible en sensation. C’est là un des points de doctrine de cet ouvrage , et rien ne peut mieux eu montrer la vérité que les hallucinations visuelles de lîcnvenuto. Privé presque tolalom' nt dans son cachot de la lumière du soleil , le malheureux prisonnier finit par ne plus penser qu’à cet astre, par se le représenter dans la veille, pareil rêver dans son sommeil. Lorsque la préoccupation lui devenue exclusive et l’excitation nerveuse excessive, l’image du soleil qui avait été constamment présente aux veux de l’esprit apparut aux veux du corps; elle devint une sensation, ou, si l’on aime mieux , une perception visuelle. Il ne se peut lien de plus direct dans la transformation qui constitue le phénomène, rien de plus légitime dans son expression.
(1 Ouvrage cité, pag. ‘2ü‘2. 263, ‘20à-
1 2) Ibid., pa g. ‘271, ‘272.
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Toutefois, ainsi que je l’ai dit , ce qui m’a surtout engagé à rapporter textuellement la vision de (lellini, c’est la manière dont elle se termine. Ce soleil qu’il revoyait enlin, et qu'il n’eût pu sans danger contempler dans tout son éclat, se dépouille de ses rayons , et de son globe devenu si complaisamment inoffensif’ sort tout-à-coup le Christ sur sa croix. Ce dernier Irait: constitue rigoureusement ma conjeclure sur quelques circonstances de la vision de Pascal et sur la signification de certaines parties de son amulette. On pourrait croire que je l’ai copiée du récit de Bemenutû; mais je ne l'ai copiée que sur la nature , qui a déjà donné et donnera encore matière à bien d’autres histoires de ce genre (i).
(1) Cette noie, depuis longtemps écrite, allait être livrée à l’impression, lorsqu'un de nos historiens les plus réfléchis et les plus graves, M. Amédée Thierry, a lu à l’institut, en séance publique (a), sous le litre de Constantin en Gaule, un fragment historique qui donne à l'assertion exprimée dans sa dernière phrase une confirmation bien curieuse et bien importante.
S’appuyant du témoignage de l’évêque de Césarée, Eusèbe, ami et confident de Constantin, M. Thierry fait connaître d’abord les agitations de l’ambitieux rival de Maxcnce pour passer du culte de dieux vieillis et impuissants à l’adoration d'un dieu nouveau qui le fit triompher, l’uis il raconte et discute
aj Séance publique annuelle des cinq académies, du i mai 1 S io, pag. 18 et suivantes.
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avec son talent ordinaire les diverses circonstances de la vision qui lit du nouvel Auguste le premier empereur chrétien. Voici le trait principal de celte narration.
Pendant une marche à la tète de ses troupes, quelques heures avant le coucher du soleil, Constantin aperçut audessus du disque de cet astre et au milieu de jets de lumière resplendissants, un objet de forme étrange, rappelant grossièrement l'image d’une croix, et au bas duquel il put lire ces mots : « Par ceci sois vainqueur. » llentré dans sa demeure tout troublé, il s’endormit, et, pendant son sommeil, un personnage d’un aspect surhumain lui apparut, tenant à la main la même ligure, et lui ordonnant de la placer sur ses drapeaux .
» Constantin ayant expliqué à ses amis l’objet de sa vision, on y reconnut un monogramme formé par l’entrelacement des deux premières lettres grecques du nom du Christ. C’était un symbole que les chrétiens gravaient fréquemment sur leurs monuments, et dont la forme était restée peut-être comme un vague souvenir dans l’imagination de Constantin. Les chrétiens, à qui appartenait de droit l’interprétation de ce symbole, qui, vu d’une certaine façon, prenait l’aspect d’une croix, furent appelés à leur tour. Ils expliquèrent à l'empereur les vérins de ce signe, comment le personnage divin qu’il avait vu en lève était le Christ lui même, et comment le Chiist n’était autre que la divinité unique et suprême à laquelle avait cru Constance. Constantin su! < lés lins quel Dieu semblait s'intéresser à sa querelle. A y n t mandé près de lui ses orfèvres, il leur lit fabriquer en or cl incruster de pierreries une représentation du monogramme pour l’attacher au lubttrum, son étendard particulier, celui qui l’accompagnait
dans les batailles . Ce fut avec ce caractère de matérialité
presque païenne que le symbole spirituel du salut des hommes
3 I \ I.E I.L01IE l»D F El' DE II. CEM.IM.
lut attaché pour lu première fois aux drapeaux des gouvernements de la terre. »
Voilà donc enfin , grâce à M. Thierry, l’histoire qui commence à voir clair dans des faits que depuis des siècles elle expose et explique sans y rien comprendre. Il lui reste à mettre un peu plus résolument les noms sous les choses. Mais il ne faut pas trop demander à la fois. Contentons-nous pour le moment de joindre, dans les archives du trouble de l’imagination, à ces globes de feu, à ces soleils d’où sort une voix, une croix ou tout autre signe, le monogramme lumineux de la vision de Constantin.