‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 83 sur 93 · I.’abÎME IMAGINAIRE. - l’abbé J. -J. BOILEAU · texte numérisé non relu

I.’abÎME IMAGINAIRE. - l’abbé J. -J. BOILEAU

Depuis l'accident du pont de Neuilly, scs journées ( de Pascal) , ses nuits de souffrance furent presque constamment troublées par la vue d’un précipice qui s’ouvrait brusquement à ses côtés. Page 165.

Bossut, dans la préface de son édition des Œuvres de Biaise Pascal (i), Condorcet, dans Y Eloge placé en tète de celle < j u ’ i I a donnée des Pensées (•>.), parlent de ce précipice imaginaire comme d’une chose de notoriété publique. Depuis lors il est devenu un des laits accrédités de la \ie de Pascal. Cabanis, M. Belime, M. N illemain (3), M. Stef-

(1) T. I. pag. l\!\-

(2 Londres, 1776. pag. ‘23.

(3) « Quant on lit (pie Pascal en était venu à porter sous ses vêtements un symbole formé de paroles mystiques, une espèce d’amulette, on sent que cette puissante intelligence avait reculé jusqu’à ces pratiques superstitieuses pour fuir de plus loin une effrayante incertitude. C’était là sa teneur. Le précipice que depuis un accident funeste les sens affaiblis de Pascal croyaient voir s’en tr’ouvrir sous scs pas, n’était qu’une

Uîi.VIK l.U.WilN MUK.

lens (t), M. Keuchlin, M. lîordas-Demoulin (2) , dans des travaux que j’ai cités (3) et beaucoup d’autres écrivains, adoptent ce fait sans discussion, et le rattachent les uns et les autres à l’accident du pont de Neuillv.

On n’en trome cependant aucune trace dans les livres jansénistes où il est parlé de Pascal, et, par exemple, dans la correspondance d’Arnauld avec la famille Périer (4) , dans le Recueil d’Utrecht , dans le nécrologe de Port-Pioyal , dans l'histoire de ce monastère par Pesoigne. 11 n'en est pas non plus

faible image de cet abîme du doute qui épouvantait intérieurement son esprit. » (Discouru cl mélanges littéraires, pag. 375. )

(1) «!l est vrai que l’événement arrivé sur le pont de Neuilly (il une impression profonde sur Pascal. Ses chevaux ayant pris le mors aux dents, faillirent le culbuter lui et sa voiture du haut du pont dans la rivière , et depuis lors il s'imaginait, soit dans la veille, soit dans le sommeil , voir à ses côtés un abîme dans lequel il se sentait entraîné. « (Mémoires de l'Académie des sciences de Berlin, année 1337, pag. 182.)

(2) « Il croit 11'étre qu’une ruine immense, un immense péché, et, pour ajouter encore à celte effrayante situation, sou imagination bouleversée par un triste accident lui montre un précipice ouvert sous ses pas. » ( Eloge de Pascal , pag. 59.)

(3) Voir la note V

(7i) Lettres de M. Antoine Arnould , docteur de Sorbonne, Nancy, 17/13, t. IN. in 12.

i aïmii: j.-i. iioii.fac.

fait mention dans la vie <j ae madame Périer a donnée de son frère et dans les die ors écrits de leur sœur .Jacqueline. Enfin, jusqu’à présent au moins, on n’en a rien découvert dans les nomlmmv manuscrits relatifs à Pascal. Depuis quelques années tous ces papiers, qu’avaient déjà compulsés les auteurs du Recueil il i trec/it et iîossut , ont été de nouveau dépouillés par MAI. Cousin, Sainte-i>cu\e , Libri, fougère. Ce dépouillement semble n’avoir donné aucun résultat sur le fait dont il est ici question, .l’ai , pour ma part , examiné parmi ces manuscrits : i° le i 1 ie recueil AÏS. du P. Guerrier, faisant partie (b s manuscrits de la Pbbliotbèquc rovale, fonds Supplément français , n° 897; ->.° une copie de ce troisième recueil duP. Guerrier, consenée, comme je l’ai dit, à la bibliothèque Aia/.ariue , sous b* n" 0109; 8° le manuscrit Supplément français de la Pbbliothèque roc ale, n" 1 ^80, axant pour titre , M émoi res de Marguerite Périer , première partie ; \° le manuscrit de cette bibliothèque , Fonds de l’Oratoire , n" 160 ; fries Portefeuilles du médecin / allant, existant dans le même établissement. Je n’ai rien retiré non plus de cet examen relativement an fait du précipice imaginaire.

Il n’en devenait que (dus nécessaire de rechereher comment une particularité aussi grave a pu

J. ’.VIîîVIK imaginaire.

prendre dans l'hisloirede Pascal une place si peu contestée que ses panégyristes mêmes l’ont admise presque sans contrôle. A ’cn existait- il qu’une sorte de tradition dont se sont rendus les échos les écrivains qui l’ont ainsi accueillie? lt epose— l— elle au contraire sur un premier témoignage dont la gravité soit de nature à prévenir tous les doutes? Je me suis livré à cette recherche, et voici jusqu’à présent quel en a été le résultat.

Dans le recueil des lettres de l’abbé J. -J. Boileau , i! y en a une qui a pour titre : xi une demoiselle. Difficulté de fixer et de guérir une personne dont l’ imagination est frappée. Deux histoires à ce sujet , dont la première regarde M. Pascal.

Celle lettre contient en effet le passage suivant :

« \ oilà ce que c’est que d’avoir plus d’esprit que les autres. On raisonne bien autrement. Tous ces gens-là qui passent pour clairvoyants n’y voient goutte en comparaison de vous, ou voient tout de travers. Où ils n’aperçoivent qu’un chemin uni , vous voyez d’affreux précipices. Cela me fait souvenir de A3. Pascal dont la comparaison ne vous déplaira pas , car vous savez qu’il avait île l’esprit, qu’il a passé dans le monde pour être un peu critique , et qu’il ne s’élevait guère moins haut ,

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