‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 85 sur 93 · I. Al! Il li J. -J. ÎÎOILEU · texte numérisé non relu

I. Al! Il li J. -J. ÎÎOILEU

réel, facile, parfois agiéalile et meme allachanl.

\ n>>i de son temps, dans lo meilleur monde, passait-il non seuleinenl pour un théologien habile , mais pour une plume élégante , pleine de délicatesse et d'esprit i . Consulté soment, et durant tout le

I) Saint-Simon a dit cto l'abbé Boileau que eVlait un docteur de beaucoup d'esprit, d'une grande érudition, une plume belle, forte, éloquente, de beaucoup de suite et de justesse, et qu'il avait toujours vécu en très homme de bien (a). On ne s’attendrait pas, après cette dernière déclaration, à voir l'auteur des Mémoires accuser cet ecclésiastique d'un acte de la plus grande ingratitude, disons le mot, d’une infamie, ou’on me permette d'anticiper pour détruire cette accusation.

M. de Moailles, n’étant encore qu’évèque de Chàlons, avait approuvé , peut-être sans les avoir bien examinées, les Ré- Ile. rions morales du I’. Ouesnel, qui se trouvèrent contenir les erreurs des cinq propositions attribuées à Jansénius. I)evenu archevêque de Paris, il avait condamné l'Exposition de la foi , de M. de Barcos, entachée de la même doctrine. Il parut à cette occasion, sous le litre de Problème ecclésiastique, un pamphlet anonyme où l’on demandait auquel il fallait croire, de l'approbateur des lié flexions morales ou du censeur de Y Exposition. Or, Saint-Simon prétend que railleur de celte brochure, qui dut faire et lit en effet beaucoup de peine h M. de Noailles, n'était ni plus ni moins que l’abbé Boileau, lui que ce prélat avait investi de sa confiance, comblé de bienfaits, logé même à l'archevêché, ce qui l’avait fait appeler Iloileau de l'archevêché. Il ajoute que la chose une fois

a /y/cmnii , eil. l’ari-, IS'iî, t. IV, pag. *7.

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l’abîme imaginaire.

cours d’une longue vie sur des sujets de religion et de piété, il faisait aux questions qu’on lui adressait des réponses qui avaient la réputation d’être éminemment littéraires et qui sont contenues dans deux volumes de lettres imprimées après sa mort, lia en outre écrit et publié lui-même la Vie de madame de Liancourt , placée en tête du règlement donné par cette dame pour la conduite de sa maison i); celle de madame de Combe , institutrice de la maison

constatée , M. de JVoailles fit sortir l’abbé Boileau de son palais, non point pour le punir, connue il l’eût certes bien mérité, niais pour le pourvoir d’un eanonicat (a). Bien de plus absurde que ces assertions et de plus contradictoire avec le témoignage qui précède. 11 n’y a que Saint-Simon capable d’en émettre de pareilles et de sc démentir lui-même avec cet aplomb de grand seigneur. L’auteur du Problème ecclésiastique est bien connu, et il l’était du vivant même de Saint-Simon. C’était un bénédictin nommé dom Thierry, delà congrégation de Sainte- Vanne , janséniste des plus ardents, qui fut mis à la Bastille et avoua la paternité du libelle. C’est d’Aguesseau qui affirme le fait, et on peut l’en croire, car ce fut lui qui, en qualité de plus ancien avocat-général, porta la parole pour faire condamner le Problème au feu (bj.

(1) Vie de madame de Liancourt , à la tète du règlement donné par celte dame pour la conduite de sa maison, Paris, 1098, in-1 2.

a. Mémoires, t. IV, pag. 78; t. IX, pag 2(>.

;b Mémoires historiques sur les affaires de l’Eglise de France , d îmes du chancelier d’Aguesseau, in-i°, l'8D, lom. XIII, pii g. IDG, iD7.

L ABBE J.-J. liOILEAL.

ilti lion— Pasteur 1); la première partielle \’J mtr action pastorale donnée en iGijG par l'archevêque de Paris sur les matières de la grâce (2 . Il \ a encore •le lui deux / ies , restées manuscrites, la P te <ie la première duchesse de Lianes, née Louise Séguier, et ceile d une noble carmélite, amie de la duchesse de Longueville, madame d’Lpernon.

Quelque soit maintenant pour nous le mérite de ces divers ouvrages , toujours axaient-ils valu à leur auteur une sorte de position dans ies lettres, et pouvaient-ils ajouter quelque chose a la considération qu'il devait à des titres d’une autre nature. L’abbé Boileau, en effet, était docteur de Sorbonne, ami de I évêque d \gen, leiVre Masearon, qui lui donna une des cures de cette ville, il fut ensuite vicaire-

(1) Relation abrégée de la vie de madame de Combe , institutrice cie la maison du Bon-Pasteur, avec les règlements de la communauté, t aris, in-1'2, 170U, réimprimée in-S" en

2) Ordonnance cl instruction pastorale portant condamnation du livre intitulé , Exposition de la foi, etc., dans le Kecueil des mandements, ordonnances, instructi ns et lettres pastorales de son éminence monseigneur le cardinal de \oailles, archevêque de Paris, 1 vol. in l\", Paris, 17 JS, pag. ‘20 et suivantes.

Puisque l'abbé Boileau était rte moitié au moins dans la composition de celte ordonnance, il ne put donc, comme le prétend Saint-Simon, eue I auteur du Problème ecclésiastique, ou elle était attaquée.

l'abîme imaginaire.

y éucra I et archidiacre île l’église de Sens. Knlin, investi de la confiance de l’archevêque de Paris, le c ardinal de jNoailles , il dc\inl un de ses vicaires-générauxet lut pourvu par ce prélat d’un des canonicats de l’église collégiale de Saint-Honoré.

C’étaient là de graves honneurs, et les biographes s’accordent à dire que , par sa science et ses mœurs, l’abbé Boileau en était digne. I n Avertissement placé en tète du deuxième volume de sa correspondance le représente comme un homme chez lequel une grande science*, une piété sincère, n’excluaient pas les qualités les plus affectueuses et les plus aimables (i). C’est, en effet, le jugement qu’on porterait de lui , à la lecture de ses lettres et ce que supposent les relations honorables dont quelques unes sont le témoignage. Cn * de ces lettres est adressée à Fénelon, à l’occasion de sa nomination à l’archevêché de Cambray, et les félicitations qu’elle contient ont quelque chose de l’amitié (2). Dans une autre , l’abbé Boileau fait à la duchesse de .Nouilles sur l’élévation de son lils à l’archevêché de

(1) L'auteur de ce! avertissement l'appelle un grand maîtredans la vie spirituelle, un théologien profond . un écrivain délicat, qui avait su joindre le latent déplaire d celui d'instruire et d'édifier.

{2) Tome I. Lettre \.

i viun: i.-j. lioii.KAi

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[‘«tris dcscomplimonts (|iii ont le mémo caractère i . Dans une troisième, il remercie l'abbesse de Maubuisson, I muise-l lo II andine de lîav 1ère, d’un tableau <|u’elle lui axait envoyé et qu’elle avait peint ellemême (a''1 2. Dans une quatrième , adressée au dinde ***, il plaide contre les partisans les intérêts «le sa ville natale, \gen , et celte lettre, pleine de spirituelles saillies, témoigne d’une certaine familiarité avec le grand seigneur à qui elle est écrite .

De telles amitiés, une telle position, une telle réputation de piété, de science, et même de talent littéraire, faisaient donc de l’abbé Boileau un homme dont le témoignage devait avoir une grande valeur. Ce n’est pas à la légère qu’il eut pu articuler, au sujet de Pascal, un fait des plus graves, et sur lequel la moindre possibilité de doute n’eùt pas manqué de lui attirer quelque démenti. Ses lettres, comme celles de tous les épisloliers alors en renom,

(1) Tom. I, Lettre \ I.

(2) Ibid., Lettre \YI. L'abbesse de Maubuisson était belle-sœur de la princesse palatine Anne de Gonzague de Clé' es, dont Bossuet a écrit l'oraison funèbre. Elle clair en intime union avec l’ort-Iîoyal, où elle mourut à l’àge de quatrevingt cinq ans. Elle y fut enterrée dans le chœur en grande, odeur rie sainteté. Métnnire s historiques et ehruuologitjiies sur l'abbaye de Port Rayai des ( hanips, I. \ 1, p. 23/t.)

3) Ibid.. Lettre \ \.

•J2b I. AllÎMIÜ l.VIAUliN U K K.

devaient être mics non seulement des destinataires, mais de tout le cercle de leurs connaissances. Il y perce même, ainsi que dans toutes ces correspondances, une certaine prévision d’une publicité plus complète. Cette dernière circonstance eût rendu leur auteur encore plus réservé pour les laits qu’il v rapporte, comme pour les opinions qu’il y émet.

Une seconde condition qui donne au témoignage de l’abbé Boileau sur l’abîme imaginaire une grande force, c’est que ce savant théologien ne parlait pas de ce fait en passant, et comme d’une chose étrangère à ses réflexions et à ses études. Loin de là, il en connaissait la nature, les connexions, les conséquences. Il savait qu’un phénomène de ce g ure peut n’ètre que le résultat d’une imagination échauffée dont les fausses impressions se reproduisent jusque dans les songes. Voici, par exemple, le récit qu’il fait, dans sa Notice sur madame de Combé , de la manière dont cette dame, qui était de la religion réformée, se convertit à la foi catholique. «Après avoir passé une partie de la nuit à pleurer et à prier Dieu de lui enseigner la vraie voie, épuisée et accablée de tristesse, elle se jeta sur son lit tout habillée et s’endormit. Soit que son imagination échauffée retraçât les memes idées gui venaient de faire en elle île si vives impressions , ou que ce

l’vilHÉ J. -J. UOILI5AU. .3q n

fût un de ces songes que Dieu envoie, selon le pro- |>liète Joël, aux enfants île la nouvelle alliance, madame de Combe demandait à Dieu, tout endormie qu’elle était , qu'il ne la laissât pas dans le sommeil de la mort. Elle* s'éveilla en sursaut, entendant ou croyant entendre une \oi\ forte qui l’appelait. Elle avait retenu ces mots qu’elle a rappelés plusieurs fois depuis : « Levez-vous et allez à la fenêtre, vous v connaîtrez la religion véritable. » Elle court à la fenêtre et voit passer un prêtre qui portait le saint viatique. Frappée de ce spectacle , éclairée jusqu’au fond du cœur, elle se prosterne et adore le saint sacrement. Je vous connais enfin, ô mon Dieu! s’écria - 1 - elle ; me voilà catholique i)! « L’abbé Doileau n’ignorait pas non plus que. ces erreurs de la fantaisie, lorsqu’elles prennent un grand développement et revêtent certains caractères, peuvent constituer des apparitions mal à propos regardées comme divines, et être le point de départ des impiétés de quelques mystiques. Dans la lettre même où il donne en preuve de ces maladies de l'imagination l’abîme fantastique de Pascal , il (tarie d’une autre histoire de ce genre qui n’est, sous une sorte de voile, (lue l’histoire même de la personne à qui

(1) Relation abrégée de la rie de madame de Combe , pag. 8

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est adressée cette lettre, et dont elle est destinée à combattre les susceptibilités morbides, et , suiuint une expression de Bossuet, les superbes singularités. « Quelquefois , dit-il en parlant de cette personne, dans des accès de bile ou de mélancolie elle croyait s’en prendre à Dieu, aux saints et aux hommes, et, dans la rapidité de son imagination échauffée, elle voyageait, en Orient et en Occident, faisait des irruptions par toute la terre et jusque dans le rie!, et tout cela sans changer de situation ni de place ' i ). »

A l’époque où l’abbé Boileau écrivait cette lettre, le Quiétisme dans toute sa fureur menaçait il’emahir les âmes les plus pures et les esprits les plus éclairés. A la suite de consultations auxquelles ce théologien n’était pas resté étranger , V , Bossuet s’était cru obligé de réunir dans la même censure le mysticisme cynique de Molinos , la spiritualité exaltée de madame (linon, l’amour trop désintéressé de Fénelon ^3). L’archevèque de Paris, dans

(J Tome I, pag. ‘210, Lettre XXIX.

(2) Fénelon lui même avail demandé l’abbé Boileau pour examinateur du livre qui lui attira la censure de la cour de Home. (OEurrcs de Fénelon, Versailles, I8‘20, i. IV. p. 109.)

(il) OEuvrcs de Bossuet , Versailles, 1817, t. \\VT1, Ordonnance et Instruction sur les étuis d'oruison ; l. XXVIII,

I \ l'Iil. J.-.I. HUI 1.1 U

mu1 Ordonnance contre les erreurs du (Quiétisme , rendue à l’ôpo.juo où il n’élait encore c[u’ov^<|ue (!(' Limions, avait paru signaler comme une source <le cet Alexandrinisme du \vnc siècle la \ie de sainte i liérèse écrite par elle-même t, i ). L’abbé Boileau, e\pli(|uant dans une autre lettre cette partie du mandement de son supérieur, comient qu’une lecture inintelligente de cette œuvre de la tendre sainte peut en effet a\ oir ce mauvais résultat. Il sent bien que les visions qui \ sont racontées sont de nature

Déclaration (les (rois évêques, Suunna doclrina’, etc.- — Voir aussi le volume ci-dessus cité des œuvres de Fénelon.

(J) " Nous vous recommandons, disait M. de Nouilles aux prêtres de son diocèse, de veiller avec un soin particulier pour empêcher les personnes de piété dont vous avez la conduite de lire aucun livre, qui puisse les porter à ces nouveautés, et de ne leur permettre que ceux qui sont approuvés dans toute l'église, comme les ouvrages de saint François de Sales, les livres de sainte Thérèse, à la réserve de sa vie, qu'elle a souhaité elle-même qu'on ne laissât pas lire à ses religieuses, de peur qu’elles ne désirassent trop les visions et les autres grâces extraordinaires, et que quelques unes ne crussent faussement marcher dans les mêmes voies. » Ordonnance de monseigneur l'evéque cmnle de Chatons, pair de France, contre les erreurs du Quiétisme, etc.., in-/i", Chàlons, lG9â, pag. K».

M. de Noaillcs insista encore sur le même sujet, en 1697, dans son Instruction pastorale sur la perfection chrétienne et sur la rie intérieure , contre h's illusions des faux nujstiques, deuxième édition , in-1'2. Paris. 1698, pag. 1/(8, 166.

i. 'abîme imaginaire .

a conduire les esprits laibles ou exaltés à des extases purement maladives. « La perfection , dit-il à propos de ces extases, ne consiste point dans ces grâces extraordinaires et gratuites qui pourraient flatter l’amour-propre, mais dans les vertus solides qui entretiennent et augmentent la charité. On ne doit pas estimer la contemplation pour les grandes lumières qu’on y peut recevoir, mais pour les sentiments affectifs du cœur qu’elle engendre et pour les fruits qu’on en lire (i . »

Dans plusieurs autres de ses lettres il revient encore sur le même sujet. Dans l’une il va jusqu’à traiter de folie cette nouvelle spiritualité qui u’est pas celle de l’église (2). Dans une autre il se demande comment on ose s’éloigner de la pratique de l’église sainte, pour se conformer à la pratique «le la malheureuse secte de Molinos, ce faiseur de romans visionnaires (3), visiblement conduit par l’esprit du démon ( jà. » Ailleurs, enfin, il fait voir le danger de marcher dans la voie du pur amour des mystiques, et parle de l’abîme des peines éternelles auquel elle conduit infailliblement (5).

(1) Tom. Il, pag. 10, Lettre I.

^2 Tom. F, pag. 321, 327, Lettre WXVII.

(3) Tom. Il, pag. 188, Lettre XX IX.

(h) Tom. I, pag. 3/i 2, Lettre XXX I.X.

(')' Tom. 1, pag. 350, Lettre LII.

!. \ !'!!!•: J. -J. ItOILEAI .

K\idemment I’îiIjIh* Boileau (Mail un juti»' très compétent de la nature du fait du précipice imaginaire. C’était en pleine connaissance de cause qu’il le donnait pour ce qu’il était. Peut-être même que -''il eût été mis eu demeure de dire toute sa pensée sur II* fait de la vision, il eût bien pu le placer sur la même ligne et le soumettre à la même condamnation.

il se présente une dernière question. Ce lait d’un précipice fantastique dont l'abbé Boileau était un garant à la fois si éclairé et si grave , comment en a\ ait-il eu connaissance ? Comment en était-il si sur que de dire qu'il le savait d ’oritjinal? La réponse à cette question ne sera pas la partie la moins facile, m la moins décisive de ma lèche.

L’abbé Boileau, malgré l’aménité de ses mœurs et la réserve de ses opinions, était un des partisans lus j » i us sincères et les plus fermes des doctrines du jansénisme, un des hommes surtout qui a\aicnt eu les plus constants et les plus intimes rapports avec tout ce ([lie l’on comptait de célèbre cl d’élevé dans ce grand parti ultra-religieux de la société du XVIIe siècle. Il avait été admis très jeune dans la noble famille de Luuies pour \ faire l’éducation des deux derniers lils de celte maison i . Or, I a maison de

1 Morcri. ( iront 1 dictionnaire historique , éclil- de 1759. art. Hoileau ( J. -J. ).

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