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faste , à l’ostentation , à la vanité , à ce désir puéril de posséder exclusivement une chose de pure fantaisie , est sévèrement proscrit. On jette à la mer ces diamans perfides , ces perles dangereuses , et toutes ces pierres bigarrées qui rendent les cœurs durs comme elles. Vous pensiez être trèsingénieux dans les rafinemens de votre mollesse : mais sachez que vous n’avez donné que dans le superflu , dans l’ombre de la grandeur $ que vous n’étiez pas même voluptueux. Vos inventions futiles et misérables se bornoient à la jouissance d’un seul jour. Vous n’étiez que des enfans

hommes frivoles , dont tout le mérite est dans le jargon, qui jugent tout sans rien sentir.

D’autres joignirent la bassesse de l’ame à la paresse du corps , mendièrent leur subsistance qu’ils auroient pu ne devoir qu’au travail. On vit l’aspecjt hideux de la nature humaine avilie et dégradée.

Les infernales richesses du Potose changèrent le système de l’Europe. La soif de l’or prit la place de la chevalerie ; toutes les idées se tournèrent vers l’or ; l’ame perdit son énergie 5 la jeunesse abandonna les exercices 5 l’éducation devint efféminée j les vertus chevaleresques disparurent.

quatre cent quarante. 211 amoureux d’objets brillantes , incapables de satisfaire à vos vrais besoins , ignorant l’art d’être heureux , vous tourmentant loin du but , et prenant à chaque pas l’image pour la réalité (c).

( c ) Les économistes n’ont- ils pas fait adopter leurs illusions au gouvernement ? Ils lui ont dit , ils lui ont persuadé de troquer du bled contre de l’or, oubliant que le bled est un cinquième élément, que l’abondance de cette denrée ne peut être qu’avantageuse , que l’intempérie des saisons amenant la disette , il faut des greniers d’abondance. Oui , il en faut pour rendre l’abondance fixe et durable , pour assurer la vie des citoyens , pour empêcher l’enchérissement d’une denrée dont dépend la vie de l’homme. Le nom de ces économistes , qui ont donné aux monopoleurs le signal et les moyens de s’enrichir et d’amener la disette , doit être flétri dans la postérité la plus reculée. Les insensés I ils parloient d’un bled superflu au milieu des récoltes incertaines 5 et sans avoir seulement calculé s’il y avoit une quantité suffisante de bled, ils éloignoient une denrée nécessaire, comme si le retour pouvoit être aussi prompt que la sortie. Leurs détestables raisonnemens mirent la France à deux doigts de la famine.

Et quel mal quand le peuple appaiseroit sa faim comme il appaise sa soif I Pvappelle-t-on l’abondance des grains avec la même facilité qu’on l’éloigne ? La

Si nos vaisseaux sortent de nos ports , ils ne promènent point le tonnerre pour saisir,

vie du peuple doit-elle être précaire? Est- il permis de l’échanger contre de l’or ? L’invigilance sur les années de stérilité , sur ce temps malheureux où la terre se refuse à la production des semences , n’est-elle pas un crime politique ? Les manufactures , les travaux publics, les arts et l’industrie ne reposent ils pas sur le prix des grains? C’est en les faisant consommer sur les lieux mêmes, que la population sera encouragée.

Imitons la fourmi , ayons des magasins , des approvisionnerons , des greniers publics de conservation.

Les économistes, du moins la plupart, me semblent avoir vendu d’une manière plus ou moins indirecte , leur plume au gouvernement. Que ce soit leur faute du non , ils ont excité en 1770 une commotion funeste et dangereuse : il ne falloit plus qu’une circonstance des élémens pour créer la famine sur un sol fertile, au milieu de quarante millions de bras; et tel étoit le résultat de leurs brochures. Ce qui étoit démontré sur leurs papiers , devoit l’être , selon eux , pour tous les cultivateurs et les consommateurs ; mais ceux-ci 11e pouvoient attendre la vérification de l’expérience , et c’étoit seulement une expérience que tentoient MM. les économistes.

Çomme il s’agissoit de pain et de vingt millions de bouches mangeant trois fois par jour, cette expérience n’étoit pas indifférente comme celle des ballons aéros-

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sur la vaste étendue des eaux , une proie fugitive et qui forme à peine un point perceptible à la vue. L’écho des mers ne porte point au ciel les cris lamentables des fu-

tatiques. Elle devoit gonfler de nourriture ou affamer le peuple. Hélas ! le pauvre peuple n’a connu ce beau système de quelques écrivains enthousiastes et avides de quelque argent , que par la famine. S’il pouvoit connoitre leurs noms , il les maudiroit de bon cœur et à juste titre.

Les économistes dont on a pa)é les pamflets , diront : c’est que d’autres que nous ont entrepris de faire pour leur compte le commerce des bleds , et comme ils pouvoient le vendre et l’acheter à un prix à peu près arbitraire 9 ils rejetoient les erreurs et les non- valeurs sur le peuple , forçant ( chose incroyable sous le règne économique! ) l’achat des bleds pourris et des mauvaises farines : mais les économistes auroient dû calculer et prévoir cet énorme inconvénient. Iis ont donc occasionné une fermentation dangereuse , parce' qu’ils n’ont pas vu la question sous toutes ses faces ; et , d’après leur spéculation bornée , peu s’en est fallu que le royaume de France ne fût une grande ferme où tous les citoyens pouvoient être regardés comme des domestiques à gage , qui ne travailloient que pour le profit de leur maître. Ce n’étoit pas là les intentions des économistes, je le sais 5 mais l’erreur en matière politique équivaut à l’ignorance.

rieux insensés qui se disputent la vie et le passage sur des plaines immenses et désertes. Nous visitons les nations éloignées : mais au lieu des productions de leurs terres , nous saisissons des découvertes plus utiles , dans leur législation , dans leur vie physique , dans leurs mœurs. Nos vaisseaux servent à lier nos connoissances astronomiques. Plus de trois cents observatoires dressés sur notre globe , vont saisir le moindre changement qui arrive dans les cieux. La terre est la guérite où la sentinelle du firmament veille , et ne s'endort jamais. L’astronomie est devenue une science importante et utile , parce qu’elle publie d’une voix magnifique la gloire du Créateur et la dignité de l’être pensant échappé de ses mains... Mais puisque nous parlons de commerce , n’oubiions pas le plus singulier qui se soit jamais fait. Vous devez être fort riche , me dit-on , car dans votre jeunesse vous avez dû sûrement placer votre argent à rente viagère , et sur- tout en tontine, comme faisoit la moitié de Paris. C’étoit une chose bien ingénieusement imaginée que cette espèce de loterie , où

QUATRE cent QUARANTE. 21 5 Ton jouoit à la vie et à la mort, et ces accroissemens qui descendoient sur les têtes chauves? Vous devez avoir de bonnes rentes. On renonçoit à père , rnère , frères , sœurs , cousins , amis , pour doubler son revenu. On faisoit le roi son heritier , et Ton s’endormoit ensuite dans une oisiveté profonde , en ne vivant que pour soi. — Ah î de quoi me parlez-vous ? Ces tristes édits qui achevèrent de nous corrompre , et qui tranchèrent des nœuds jusqu'alors respectés ; ce rafinement barbare qui consacra publiquement l’égoïsme , qui isola ïes citoyens , qui fit de chacun d’eux un être mort et solitaire , n’a fait que m’arracher des larmes §ur le sort futur de l’Etat. Je voyois les fortunes particulières fondre , se dissoudre ( ' d ) , et la masse de l’opulence

( d) Comment un gouvernement sage peut-il faire sortir d’une urne fatale cinq nombres qui dépouillent les citoyens de leur numéraire ? Quel est ce monopole qui , sous le nom de loterie , désole les Etats ? Autrefois ce remède dangereux n’étoit employé que pour les maux extraordinaires j aujourd’hui, on enlève périodiquement la subsistance des pauvres. On dit pour

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excessive s’enfler de leur débris. Mais je souffrois encore plus du coup fatal porté aux mœurs. Plus de liens entre les cœurs qui dévoient s’aimer. On avoit armé l’intérêt d’un glaive plus tranchant , l’intérêt déjà si redoutable par lui- même ! L’autorité souveraine avoit soumis les barrières qu’il n’auroit jamais osé renverser par lui-même. — Bon vieillard, reprit mon guide , vous avez bien fait de dormir , car vous eussiez vu les rentiers de l’État

raison que le peuple aime le jeu 9 et voilà pourquoi il faudroit l’empêcher de jouer. Ce n’est pas d’une boîte que l’aisance doit sortir , c’est du travail. Les peuples seront ruinés quand on leur en fournira les moyens. Quelle indécence aux administrations de jouer un jeu où la fortune est de leur côté! Quelle ressource pour une monarchie qu’un impôt semblable ! Est-ce au vice à faire entrer l’argent dans le trésor royal ? N’estce pas un mauvais gouvernement que de frayer le chemin au désordre public ? On connoît mal l’Etat lorsqu’on ne veut voir que la ville. Vous pouvez calculer la misère d’une nation par le luxe de la capitale. Plus elle a de faste et plus elle est pauvre. Quoi de plus honteux d’ouvrir la porte aux vices , et de faire jouer les citoyens les uns contre les autres.

quatre cent quarante. 217 punis de leur mutuelle imprudence. Depuis , la politique , plus éclairée , n’a point fait de pareilles bévues ; elle unit , enrichit les citoyens , au lieu de les ruiner.

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