CHAPITRE X L I V
Signaux .
L’art des signaux remplacent chez ce peuple les postes , et épargnoit bien des écritures 5 il étoit d’une très-grande utilité dans les affaires de province à province , et de souverain à souverain.
On dit qu’Alexandre avec une trompette parlante se faisoit entendre de toute son armée à-la-fois , et en étoit compris \ c’étoit là un beau porte-voix !
Ce peuple ingénieux avoit renouvelé un pareil instrument , et même en avoit imaginé un plus parfait encore , lequel portoit le son à une distance prodigieuse, C’étoit le bruit du canon qu’on avoit assujetti à une orgue volumineuse qui alloit frapper un écho lointain ; et comme la progression du son a un rapport avec la progression de la lumière , rien n’empêchoit qu’on ne se parlât d’une ville à l’autre.
Quand l’homme a frappé un coup audacieux dans un genre , il est naturel à Fes-
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prit humain de reculer les limites de la possibilité : la machine aérostatique étoit faite pour que le génie inventif se déployât en tout sens.
Le progrès de la navigation étoit dû au même génie simplificateur. La perfection de l’architecture navale avoit banni ces grosses masses flottantes (a) , pour y substituer des vaisseaux plus légers. Le bois de construction étoit le cèdre et le cyprès des anciens. Les navigateurs de la Phénicie , avec leurs vaisseaux de cèdre, avoientfait plusieurs fois le tour du monde connu (£). Ce peuple , par la savante distribution de la mâture , avoit su tirer le plus grand parti
(a) Un artiste, en lisant la bible, avoit imaginé, que pour faire un navire indestructible , il falloit prendre pour modèle Y arche de Noé ; on exécuta pieusement ce dessein, et le bâtiment lit naufrage à la première sortie et sans miracle.
( h ) Les Phéniciens avoient établi des colonies à l’entrée de l’océan atlantique et au fond de la mer des Indes. Ils firent le tour de l’Afrique et doublèrent le Cap de Bonne - Espérance , qui fut ensuite oublié pendant deux mille ans. Us firent tous ces prodiges sans notre boussole.
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du vent ; et l’on avoit écarté ces systèmes exclusifs qui circonscrivent la théorie des vaisseaux.
Les voyages de Cook (o) au pôle austral avoient fixé la figure du globe ; et Ton avoit bientôt touché à la découverte du secret des longitudes.
L'appareil formidable des vaisseaux de guerre à cent vingt pièces de canon , le faste des Bucentaures avoit disparu Cette mâture gigantesque , qui n’étoit point en proportion avec le corps de nos vaisseaux , avoit fait place à des principes mathéma-
( c ) L’infortuné Cook , dont les travaux ont aggrandi les limites de la terre, dans un combat obscur périt de la main d’un sauvage qui le poignarde par-derrière. Il reste exhumé , et sa chair a été dévorée. Quelle triste destinée pour ce hardi navigateur, qui fit trois fois le. tour du globe , qui passa les deux cercles polaires , et qui a trouvé que la croyance d’un continent austral et d’un passage praticable par le nord à la mer du sud devoit être regardé comme une chimère !
C’est M. Turgot qui a proposé le premier d’excepter le capitaine Cook des hostilités 5 et cette proposition a retenti dans toute l’Europe.
tiques dont il étoit résulté l’examen raisonné du mouvement des vaisseaux et de leur sillage. Au lieu de cette forêt d’arbres dont on les couronnoit , c’étoit un mobile nouveau qui les faisoit cingler , parce qu’on avoit sû estimer avec précision l’action du vent sur les voiles.
Ainsi , en étudiant la construction des trirèmes des anciens , de ces trirèmes qu’on faisoit passer par-dessus les isthmes , et l’heureuse combinaison de la force des voiles avec celles des rames étant retrouvée , on maîtrisoit toujours la mer , soit dans les calmes , soit dans les tempêtes 5 car il est des calmes perfides pendant lesquels un vaisseau , embrasé par le soleil , se décompose ; mais s’il peut voguer également par les rames et par les voiles , il n’y a plus de danger; on sauve le navire et l’équipage.
Ajoutez que dans les navigations périlleuses , au travers des mers inconnues , si des courans portent un vaisseau contre des pointes de rocher qui menacent de l’en* tr’ouvrir, le travail delà part des rameurs le dégage incontinent, et il échappe avec
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3a légèreté d’une trirème du Péloponnèse,
A l’exemple des Phéniciens , ces navigateurs étoient maîtres du vent par leurs voiles , et de la mer par leurs rames ; ils avoient varié les formes de leurs navires selon leur destination : enfin la marine de ce peuple étoit infiniment supérieure à la nôtre ; car nous avions trop méprisé les anciens , faute d’avoir su étudier leur architecture navale.
Le navire de course étoit le vaisseau par excellence ; le génie des artistes sembloit s’être déployé à augmenter sa légèreté; ces bâtimens , grâce à leurs carènes plates , se transportoient avec des rouleaux par dessus des isthmes. Par ce moyen , des pilotes adroits passoient des régions voisines du pôle à la zone torride.
Combien de fois nos chefs d’escadre n’ontils pas regretté de n’avoir pas à leurs ordres un genre de vaisseaux si légers , qu’ils passassent devant une flotte ennemie , sans qu’elle pût les atteindre ; mais nos constructeurs n’avoient point lu les anciens, et attachés à la routine ( mère féconde des erreurs), ils avoient rejeté ces innova-
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tions heureuses qui donnent à l’art tout son développement ( d ).
( d) Tout ce qui rapproche les nations , doit tourner au profit du genre humain. La navigation ne fait connoître que les peuples riverains ; le manque de grandes routes dans plusieurs contrées du globe empêche la communication nécessaire. Voici que l’homme s’est ouvert une route à travers un élément impraticable jusqu’à nos jours. Un navire ailé nous portera dans les airs. Bientôt les nations ne seront pas plus séparées par les déserts et par les montagnes , qu’elles ne le sont , depuis l’expédition des Argonautes 3 par les fleuves et par les mers.
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