Tome II . Q
vernemens despotiques 5 et là-dçssus, un vieillard m’entretint en ces termes :
roit de blesser du même trait la morale qui la tient étroitement embrassée. Il faut attendre qu’elle se sépare, et c’est ici qu*il faut trembler 5 car en voulant guérir , on peut tuer ; et qui ne sera pas circonspect , lorsqu’il s’agit d’ôter à l’homme la portion la plus précieuse de son existence?
L’homme s’attache avec fureur, en fait de religion , à ce qu’on lui interdit ; la persécution fait les martyrs, les martyrs engendrent les sectes, et voilà l’imagination des hommes exaltée pour des siècles.
La guerre civile s^embrase plus pour des opinions chimériques , que pour repousser le joug des impôts. Elle défend mieux les droits de la superstition que les droits de l’homme. La superstition lui paroit plus chère que tout le reste ; mais l’impératrice de Russiè si dit un mot admirable : Il n’y a plus de secte dans Üth Etat , dès que l’œil du souverain cesse de l’a percevoir .
Voilà ce que ne savoit pas la partie qui gouvernoit, lors de la révocation de l’édit de Nantes. On avoit oublié tous les principes de la raison et de* l’expérience*, on ne devroit pas même se vanter d’avoir de la piété. La religion se félicitoit d’un triomphe iïMginaire , et le royaume étoit ruiné. Les maux qui ont suivi ce fatal édit, so*.t incalculables.
L’homme d’Etat sait aujourd’hui que la vraie piété,
Le théocrate domine l’homme entier ; il veut soumettre tous ses sujets à ses opinions 5 il croit avoir une sagesse et une vertu particulière.
Les sentimens religieux une fois établis au milieu d’un peuple , ont une force supérieure à celle de tous les autres sentimens publics. Les peuples féroces, abrutis et asservis , sont ordinairement les plus fanatiques.
Le despotisme religieux s’es't établi chez îesTartares , les Péruviens et les Japonais. Cela se fit dans le temps où ces peuples étoient le plus soumis au joug de Pignorance. Plusieurs princes Ont voulu réunir l’empire et le sacerdoce dans la même personne. Le diadème uni à la tliiare , donne
tendre et compatissante , ne renonce point à son touchant caractère, pour se repaître des cris du déisfes1poir ou des plaintes d’une conscience que l’on violente. Elle respecte trop la religion pour l’entourer de bourreaux , pour imprimer à un culte fondé sur la persuasion , les horribles profanations de la force et de la fureur. La religion perd de son empreinte sacrée , dès qu’elle adopte les passions turbulentes et vexatoires.
(*44 i* a n deux mille
au souverain la puissance la plus étcndueo
De là l’intolérance universelle. Voyez le zèle des Arabes , échauffé par celui de Mahomet. Rien de plus terrible que la réunion des deux puissances dans la même personne. C’est pourquoi on voit tant d’exemples de fureurs et d’atrocités dans l’histoire de ces despotes spirituels.
Le culte des Lamas est fondé sur l’ignorance des Tartares. Quand on a pu persuader à un peuple de croire un homme immortel , le souverain s’élève jusqu’au grade de divinité vivante. Le prêtre irrité et le despote orgueilleux se confondent dans la même personne. Comme les hérétiques sont toujours traités alors sur le pied de rebelles , ils se battent en désespérés.
Le gouvernement ecclésiastique avoit pris pour modèle la forme de l’empire Romain ; les idées religieuses ont l’apparence la plus imposante ; un édifice religieux ne s’écroule que par sa grandeur énorme.
La monarchie religieuse est la plus dangereuse de toutes, mais elle est ordinaire-
ment troublée. Les hommes passent d’une
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obéissance aveugle à une désobéissance semblable.
Tous les siècles et tous les peuples ne sont pas également susceptibles du gouver- \ neinent religieux. L’ordre des Jésuites ayant voulu copier la conduite des Papes, donna à leur général un office qui ressembloit assez à celui des préfets du prétoire dans le bas empire.
La police religieuse que cet ordre à établie dans le Paraguai, n’est qu’un échantillon de ce que la Société avoit dessein d’introduire par-tout. L’entreprise n’ayant pas réussi en Europe et à la Chine, elle eut seulement du succès en Amérique ; ainsi, les Jésuites voulurent joindre l’autorité temporelle à la spirituelle. La multitude et la variété de leurs voies détournées , firent souvent qu’ils s’égarèrent dans le labyrinthe de leur politique , et l’on coupa le fil de leurs intrigues avant qu’ils pussent les conduire à leur fin.
Point de despotisme plus outré que le despotisme religieux ; l’intolérance gâte la législation. Écoutez le despote religieux \ dès qu’on s’éloigne de ses opinions , 01^
$46 l’an beux mie le commet à son sens un acte d’impiété et de sacrilège. On est rebelle dès qu’on n’est plus croyant.
Le grand ressort du gouvernement religieux est d’éloigner tout homme qui pense , de flétrir et de rendre suspect tout ce qui respire l’esprit de recherche. C’est donc l’union la plus terrible que celle du pouvoir ecclésiastique et du pouvoir militaire j il ne reste parmi nous aucune trace de cet empire , le plus absolu dont un mortel puisse être revêtu : l’histoire de Philippe II, toujours présente à notre esprit , sera notre sau ve-garde perpétuelle (a).
( a ) Voyez la pièce intitulée : Portrait de Philippe second , 1785.
quatre cent quarante.