‹ L'an deux mille quatre cent quaranteChapitre 3 sur 46 · Tome IL B · texte numérisé non relu

Tome IL B

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sent ici de cette heureuse médiocrité qui , parmi nous , est la souveraine richesse. Nous n’allons point les interrompre pour nous distraire, ou pour épier les moindres inouvemens de leur ame , ou pour nous vanter seulement d# les avoir vus : nous respectons leurs temps , comme nous respectons le pain sacré de l’indigent 3 mais attentifs à tous leurs besoins , au moindre signal ils se trouvent satisfaits. — S’il est ainsi , vous devez avoir beaucoup de presse. Ne se trouveroit-il pas des gens qui prendroient ce titre pour honorer leur paresse ou leur foiblesse réelle ? — Non, c’est ici un séjour lumineux , où les moindres taches se font aisément reconnoître. Le fourbe et l’imposteur fuient ces lieux; ils ne peuvent regarder en face l’homme de génie dont rien n’abuse l’œil pénétrant. Quant à celui que la présomption y (g) conduiroit en

tandis qu’un petit ruisseau coule avec bruit à travers les cailloux.

(g) Il n’est point d’objet qui n’ait cent faces différentes : il n’est qu’un point pour saisir le côté vrai : pour peu qu’on s’écarte, le travail et le génie même deviennent inutiles.

raison inverse de son incapacité, il est des personnes charitables qui s’empresseroient à le guérir, à le dissuader d’un projet qui ne tourneroit pas à son honneur. Enfin la loi porte Notre conversation fut inter-

rompue par un silence général qui se fit tout -à-coup dans l’assemblée. Mon ame passa toute entière dans mon oreille , lorsque je vis un des académiciens s’apprêter à lire un manuscrit qu’il tenoit en main, et d’assez bonne grâce, ce qui n’est pas à dédaigner.

Trop ingrate mémoire , sois maudite !

quel tour la perfide m’a joué î Oh ! que ne puis-je me souvenir ici du discours éloquent que prononça cet académicien ! La force , la méthode , l’arrangement du style me sont échappés ; mais l’impression en est restée vivement empreinte dans mon ame.

Non, jamais je ne me sentis si transporté. Le front de chaque assistant peignoit le sentiment dont j’étois moi-même pénétré : c’étoit une des jouissances les plus délicieuses que mon cœur ait éprouvées. Que de profondeur ! d’images ! de vérités î Quelle flamme auguste ! Quel ton sublime !

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L’orateur parloit contre Terme (/a), les sources de cette funeste passion , ses horribles effets , Tinfamie dont elle a souillé les lauriers qui couronnoient plusieurs grands hommes : tout ce qu’elle a de vil , d’injuste, de détestable, étoit si fortement exprimé, qu’en déplorant les malheureuses victimes de cette aveugle passion, on frémissoit en même temps de porter en soi même un cœur infecté de ses poisons. Le miroir étoit si adroitement présenté devant chaque caractère particulier ; leurs petitesses Se montroient sous tant de faces ridicules et variées $ le cœur humain étoit approfondi d’une manière si neuve , si fine , si piquante, qu’il étoit impossible de ne pas s’y connoître ou de s’y reconnoître sans

( h ) Que je plains les esprits envieux et jaloux! Ils glissent sur le beau de l’ouvrage , et ne savent point s’en nourrir} ils ne cherchent que ce qui leur est analogue , le mauvais. L’hornme de lettres ,^qui par l’exercice habituel de la raison et du goût fortifie l’un et l’autre , et se crée des jouissances sans cesse renouvelées, est le plus heureux des hommes , s’il sait se défendre de la jalousie ou d’une sensibilité outrée.

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former le dessein d’abjurer cette misérable foiblesse. La peur qu’on avoit d’avoir quelque ressemblance avec le monstre affreux de l’envie, produisit un effet salutaire. Je vis, ô spectacle édifiant! ô moment inoui dans les annales de la littérature! je vis les personnes qui composoient l’assemblée, se considérer d’un œil doux et caressant. Je vis les académiciens ouvrir mutuellement leurs bras , s’embrasser , pleurer de joie , le sein appuyé et palpitant l’un contre l’autre. Je vis (le croira-t on ?) les auteurs répandus dans la salle , imiter leurs transports affectueux , convenir des talens de leurs confrères, se jurer une amitié éternelle , inaltérable. Je vis des larmes d’attendrissement et de bienveillance couler de tous les yeux. C’étoit un peuple de frères, qui avoient substitué un applaudissement aussi honorable à nos stupides battemens de mains ( z).

( i ) Lorsqu’au spectacle , à l’académie , un trait touchant du suldime \ient saisir l’assemblée , et qu’au lieu de ce profond soupir de l’ame , de cette émotion silencieuse , j’entends ces claquemens re-

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