Tome II. S
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Quand votre Colbert a cm par le seul secours des manufactures , enrichir un royaume comme la France , il s’est trompé ; c’est l'agriculture qui fait naître les matières premières (c). Il faut le travail de l 'homme pour faire fleurir l’agriculture.
teau , et près de ce château un grand parc 5 il compte pour rien les terrains qu’il ravit à l’agriculture 5 il fait planter des charmilles et répandre du sable sur ces vastes champs , qui produisoient de si abondantes récoltes. Le parc étant toujours attenant au châtéau , ce sont les meilleures terres , les plus fertiles , celles qui avoient toujours été cultivées avec le plus de soin , qu’il condamne à la stérilité. Alors le laboureur pose sa charrue inutile , pour conduire le rouleau qui unit le gazon et applanit les allées. Au lieu de la faucille qui coupoit les épis , il prend la serpe qui émonde les charmilles. Les valets de la ferme courent à la ville endosser quelques livrées , et ne reviennent au village 7 à la suite de leur maître, que pour y exhaler la corruption physique et morale.
La vue d’un grand parc afflige mes regards , et je ne pense point sans douleur à la main desséchante , qui a rendu ces terres infertiles.
( c) Colbert fabriqua toujours et ne créa jamais ; il éleva l’édifice avant de placer l’échafaud ; le manufacturier absorba le ministre, et le fabricant l’emporta sur l'homme d’Etat 5 il fixa trop ses regards sur les
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On a beaucoup parlé de la population • mais il ne s’agit pas d’une grande foule ; il s’agit du bonheur.
La terre n’est qu’un dépôt entre les mains de ses propriétaires. Tout homme qui a des bras et qui veut les employer , a un droit réel à la subsistance qu’il peut gagner par son travail.
La circulation est richesse ; et la consommation des denrées ne s’opère qu’au moyen de la circulation de l’argent.
Les avantages du commerce extérieur ne peuvent être vrais , qu’autant qu’ils sont réciproques : il faut une concurrence égale, pour que l’encouragement subsiste entre tous les divers travaux et les divers produits de l’agriculture et de l’industrie.
O peuples , prétendus policés , que vous étiez barbares ! que vous étiez injustes ! que vous étiez ignorans ! Vous avez voulu séparément envahir le commerce , et le
arts , et ne les arrêta pas assez sur l’agriculture 5 un plus habile législateur auroit vu la grandeur de la monarchie, reposant sur la reproduction des matières premières.
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commerce n’existe que dans une parfaite liberté : comment a t on cru pouvoir s’enrichir aux dépens de ses voisins ? Car l’un ne peut perdre que l’autre ne perde aussi. C’est lorsque chacun jouira de ses avantages naturels , que la prospérité couvrira la terre. Vouloir s’approprier forcément telle richesse particulière, c’est être dupe; c’est imiter les sauvages du Canada , qui se font entr’eux des guerres cruelles pour se disputer quelques arpens de chasse , tandis qu’ils pourroient , en cultivant leur pays , s’assurer une nombreuse subsistance.
Ainsi lorsque, pour quelques profits de commerce équivoque , les nations de l’Europe se faisoient des plaies sanglantes , elles se ruinoient par une jalousie mah entendue : car la paix et la liberté du commerce favorisent seules la république générale ; et l’intérêt général d’une nation ne peut être que la collection des intérêts de chaque individu qui la compose.
Le commerce extérieur n’est donc pas lui-même le grand moyen d’enrichir une nation : car comment définir les richesses , si ce n’est comme aisance. L’accroissement
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de la population ne doit jamais être le but direct ; qu’il ne reste aucun homme , aucune terre inutile , et le gouvernement sera parfait.
Troquer éternellement des denrées pour de l’argent , c’étoit une des grandes folies des nations qui nous ont précédés. Les Espagnols et les Portugais , qui possédoient les mines d’or et d’argent , étoient moins riches que d’autres nations. Comment peuton forcer les particuliers d’un Etat à se refuser des jouissances pour accumuler de l’argent. La découverte tlu nouveau-monde , jetant une prodigieuse quantité de nouvelles denrées , offertes à nos goûts et à nos besoins , a exigé depuis , dira-t-on , un plus grand nombre de gages ou de signes représentatifs de ces richesses $ soit. Mais , pourquoi la Hollande fut-elle plus riche proportionnellement que l’Espagne ? parce qu’il y avoitplus de travail proportionnellement en Hollande qu’en Espagne.
Que l’argent sorte , il y a moins de mal que lorsque c’est la denrée. C’est le travail de ses propres habitans , qui dans un État détermine sa vraie richesse. Tout dépend
de la circulation. La balance du commerce est souvent illusoire , parce que l’imagination charge ou soulage à son gré les plateaux de cette balance.
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