Tome IL
2^0 l A N DEUX MILLE
La guerre de 1767 a beaucoup nui aux intérêts de la France. Elle perdit plus d’un milliard en espèces , plus de six cents mille hommes tués ou morts, par les suites d’une guerre malheureuse dans les quatre parties du monde. Son commerce fut anéanti, ses colonies furent dévastées , elle fut réduite à la douleur de faire des sacrifices immenses pour obtenir une paix devenue indispensable. Elle fut forcée de signer le traité le plus honteux. L’administration intérieure en reçut le fatal contre-coup. Gênée par l’excès de ses besoins , on vit paj^pître une infinité d’édits bursaux , édits qui , livrant le royaume à la merci des gens de
en un jour leur crédit, leur force et leur honneur.
La fortune leur reste , répondra le lâche , soit ; personne ne la leur envie : mais quand on est monté en Europe au gouvernail d’un empire, c’est-à-dire, quand on est parvenu au degré de richesse que donne ce rang, on n’a plus, à ce qu’il me semble, que de la gloire à acquérir, et la gloire elle même fait meilleur marché de ses faveurs aux ministres qu’aux autres hommes. Comment un homme en place , pour quelques momens de travail, ne feroit-il pas l’échange avantageux d’être proclamé par toutes les voix et de se voir chéri et honoré de ses contemporains.
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finances et à leur rapacité , ont causé tant de maux aux individus, corrompu tant de principes honnêtes (b) , et élevé un si grand
( b ) Il s’est trouvé un contrôleur général des finances, insensible par caractère, cruel par principe , et peu délicat sur le choix des moyens. Les manœuvres secrètes, relatives au commerce des grains, dans le nombre desquelles il y en a eu d’horribles, ont été à sa connoissance , et on en a rejeté le blâme sur lui. Il n’a pas fait une seule opération, savante , et né connoissoit aucun des grands moyens propres à attirer l’argent dans les coffres du roi. Quand il en avoit besoin , il trouvoit plus court d’en prendre ou il y en avoit. Il brisoit des caisses qui n’appartenoient pas au roi , et il remplacoit- l’argent par du papier sans crédit; après avoir réduit des rentes en pleine paix , il supprima des capitaux sans nécessité , sans aucun égard pour les formes établies , sans aucun respect pour le droit de propriété. IL osoittout, parce qu’il n’étoit retenu par aucun principe d’honnêtete. Ses actions portoient avec elles un caractère d’escroquerie et de bassesse , et l’on prodiguoit néanmoins des éloges à sa prétendue capacité; tandis que dans ses opérations si contraires au grand principe de l’administration , il ri’avoit pas plus de lumières que de probité. Ce ministre trèsincapable , indifférent pour le bien, ne pourroit être justifié sur le mal qu’il a fait : que jam us monarque
nombre de fortunes véritablement scandaleuses.
La France est donc inruinahle , puisqu'elle n’a pas été ruinée par cette fatale guerre , qui lui coûta énormément en hommes et en argent, qui mina sa population , et qui perpétua dans ses finances un état de confusion et de désordre ; mais qui a dû payer les frais de cette guerre ? La nation. Dire aux créanciers de l’Etat: le roi seul est votre débiteur , et non pas la nation , n’eût-ce pas été une chose injuste et propre à séparer à jamais les intérêts des citoyens des intérêts de l’Etat!
n’accorde sa confiance à un ministre , qui , comme ce contrôleur, faisoit le bien et le mal avec la plus parfaite indifférence , et qui s’embarrassoit peu que les peuples fussent foulés ou non , pourvu qu’il sortit d’embarras , en violant, au nom du roi, les paroles et les promesses les plus sacrées.
Certains esprits prennent l’orgueilleux désir de s’élever aux affaires publiques , pour le talent de ces grandes places. Le vulgaire pense même que ce penchant annonce quelques qualités secrètes. L’expérience a prouvé que ceux qui se sentoient le plus cette ambition indiscrète , aimoient mieux les richesses que la gloire , et que ce sont les hommes