CHAPITRE LIII
Edit ancien > lu publiquement .
Chaque année , on. lisoit dans une place publique l’édit du roi Louis XVI, portant suppression du droit de mainmorte dans ses domaines et dans tous ceux tenus par engagement , et abolition, générale du droit de suite sur les serfs et m ai n- moi table s .
Cet édit , daté du mois d’août 1779 > étoit devenu inutile par la nouvelle constitution ; mais il servoit à prouver que dans le siècle le plus soumis aux vieux et déplorables préjugés, un monarque éclairé s’élève au-dessus des mauvaises coutumes, et fait un grand bien à sa nation ; car il n’appartient plus qu’à un grand roi de faire de grandes choses en un clin-d’œil, et de déraciner les vices politiques qui rongent tout un peuple.
qui sont loin des affaires , qui savent mettre un prix à l’estime de leurs concitoyens , et gémir da l’inutilité de certaines vertus à certaines époques de l’histoire des nations.
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L'humanité souffroit depuis long-temps de voir des hommes sous le joug le plus dur , obligés d’enfouir leurs talens , afin de ne pas créer un mieux , dont ils ne dévoient pas espérer de recueillir les fruits.
Honneur à Louis X Y I d’avoir formé l’heureux projet d’abolir un usage si barbare, introduit dans les premiers temps de la monarchie , et qui contrastoit si fort avec le nom de Francs originairement donné aux Français ! Cet usage ne vint certainement pas des Romains , qui ne connurent jamais ce que c’étoit que fiefs, et qui avoient trop à cœur les progrès de l’agriculture, pour lui donner de pareilles entraves. L’ascendant des premiers moines, la violence des premiers seigneurs de fief; voilà l’origine de ces droits abusifs. Qui le croiroit ? Le fanatisme les diminua considérablement ; les croisades , ces guerres saintes sans piété , furent l’époque de beaucoup d’affranchissemens , et c’est le seul bien qui en soit revenu àl’Ltat. Louis le Butin, par un édit de i3ia ; Philippe, duc de Bourgogne , par une ordonnance
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de i4^4 5 Léopold, duc de Lorraine, par un édit de 1711 , ont été les premiers à briser les chaînes des serfs de leur domaine. Il étoit réservé à Louis XVI de consommer ce glorieux ouvrage.
Ce grand exemple a engagé successivement les seigneurs à 1’ abolition du droit de servitude dans leurs domaines. Les ordres religieux furent les derniers à suivre l’exemple 5 mais enfin ils y vinrent. Cette révolution heureuse dans presque tous les ordres de l’Etat , un mot émané du trône l’a opérée ; parce que le souverain sera toujours fort et puissant, tant qu’il frappera les abus invétérés , de concert avec l’opinion pu-
Cette époque mémorable et qui faisoit empreinte dans les fastes de la monarchie française , étoit considérée comme une sorte de régénération. Enfin, cet édu qui avoit passé de mon temps avec les simples témoignages de l’estime.^ étoit accueilli avec transport par un peuplé qui en avoit connu les étonnans effets, et qui ne comptoit plus que des. hommes libres uniquement subordonnés aux lois générales du
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royaume, lesquelles assujétissoient le premier citoyen comme le dernier.
Lorsqu’on eut fini la lecture , un antiquaire nous apporta une médaille d’une espèce nouvelle , et que nous n’avions pas vue sous les règnes de Louis XIV, de Louis X V et des rois prédécesseurs. Elle nous disoit que le législateur avoit su être attentif à tout ce qui pouvoit propager les vertus particulières , ainsi que les vertus grandes et patriotiques.
Cette médaille , qui passa de main en main , et que chacun vit avec un sentiment mêlé de plaisir et de respect, rèprésentoit d’un côté l’effigie de Louis XVI, et de l’autre, cette inscription française:
Le roi a décoré de cette médaille 0 Joseph Chrétien,
natif .de Versailles , âgé de 1 7 ans , qui s'est courageusement précipité sous la glace , et en a retiré trois enfans prêts de périr , le vingt-sept décembre 1785.
QUATRE CENT QUARANTE. 207 Cette médaille infiniment pins glorieuse que toutes les médailles académiques, n’avoit pas eu besoin du passe-port fastueux et V immortalité , pour parvenir à un peuple qui en avoit senti tout le prix et toutes les conséquences. Les médailles à l' immortalité y frappées au coin du pédantisme , ou n’existoient plus , ou ne se tiroient du tiroir de quelque amateur fantasque , que pour inviter la dérision d’un peuple ennemi né de la phraséologie .
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