‹ L'an deux mille quatre cent quaranteChapitre 40 sur 46 · CHAPITRE L I V · texte numérisé non relu

CHAPITRE L I V

L’Aérostat.

Levant les yeux en l’air, j’aperçus une machine immense qui s’avançoit à pleines voiles , et qui, planant à une prodigieuse hauteur au-dessus de la ville , sembloit vouloir y descendre. Chacun accourut ; on braqua les lunettes; l’un crioit : C’est le vaisseau qui vient d’ Afrique ; non , disoit l’autre , il arrive de J? kiLadelphie . Pendant ces discours, Pétrafige vaisseau descendoit lentement de quatre mille six cents pieds de hauteur. Il aborda dans une place publique , et huit mandarins sortirent du char suspendu à l’aérostat, il arrivoit de Pékin. La traversée avoit été de sept jours et demi.

Les mandarins saluèrent gracieusement 3e peuple , et offrirent des fruits du pays à qui voulut en prendre.

Ils présentèrent ensuite des passe-portsà qui en désiroit ; car ils dévoient repartir sous peu de jours.

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Six cents lieues de terre , du nord au sud, et autant de l’est à l'ouest , cultivées jusqu’au sommet des montagnes , ne pouyoient qu’inviter l’étranger à jouir d’un pareil spectacle 5 car la plus nombreuse société d’hommes prouve évidemment que plus il y a de bras dans un empire , plus il est florissant.

J’avois bien vu le premier pas de cette pompeuse navigation. J’avois vu l’homme attaché par son poids à la terre, et qui rampoit depuis la naissance du monde, s’élever en l’air , et faire de petites courses tou jours bornées, et quelquefois périlleuses. Mais Y homme - oiseau , c’est le nom que l’on donnoit à ces aéronautes , s’environnoit à volonté d’un ciel serein et d’une lumière pure, traversoit le séjour des orages, et en vingt-quatre heures changeoit de climat , en franchissant les distances qui séparoient les contrées les plus éloignées !

L 'homme-oiseau avoit conquis en entier les réglons de l’atmosphère , et voguant dans cet océan invisible , laissant l’aigle sous ses pieds , se plongeant dans les rayons du soleil , il avoit multiplié ses

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forces , en les éprouvant contre celles du vent ; il avoit connu tous les degrés de la résistance de Pair et de sa température à différentes hauteurs , et bien loin que le vent arrêtât son essort , il s’en étoit aidé pour voler plus vite et plus loin.

Le nom de l’inventeur et celui du monarque , qui avoit protégé cette étonnante découverte , n’étoient pas tombés dans l’oubli. On citoit autour de moi Moutgolfier et Louis XYI , qui avoient imprimé un caractère national à ces premiers globes , à ces globes merveilleux , dont les autres nations furent si jalouses. £ar la noble conquête que l’homme avoit faite sur un troisième élément , étoit due à un Français et à un monarque qui n’avoit pas séparé sa gloire de celle de son peuple.

L’intrépidité des premiers physiciens , qui s’emparant de la découverte , et par des moyens nouveaux obtenant les mêmes succès , avoient osé les premiers poser le pied dans un si dangereux vaisseau, étoit récompensée par de justes éloges.

La légèreté et l’ignorance avoient dit : « Jamais l’homme ne pourra se diriger

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dans cet élément si mobile et sans point d’appui , et alors à quoi servira cette découverte qu’on prône avec tant d’enthousiasme. Ce n’est qu’un amusement , un enfantillage ». Ainsi l’on inettoitdes bornes aux arts et à la force de l’esprit humain. Mais l’ignorance et la légèreté ont reçu un démenti formel. Cette invention extraordinaire eut ses héros , qui ne craignirent ni les dangers de la navigation, ni l’ouragan , ni la foudre , ni la chute. La marche lente , mais sûre de la science expérimentale attribua au génie tout ce qu’il avoit osé espérer. Ces esprits froids et timides , ingrats et jaloux , qui arment le ridicule contre tout ce qui est grand , et s’enveloppent d’une ingrate indifférence , furent forcés de se taire , et d’effacer les mots ineptes qu’ils avoient adressés à l’homme de génie , au physicien noblement audacieux : Tu n’iras pas plus loin .

Le physicien , du haut des airs soumis , au milieu des vents impétueux , respectant sa boussole et son gouvernail , pouvoir crier : ce Tous les arts et toutes les sciences' seroient rentrés dans le néant, si l’on avoit

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ajouté foi à tes rampantes et petites conceptions : misérable contradicteur , Tiens , monte , ose faire le tour du globe avec moi , ou reste attaché à la motte de terre sur laquelle tu es né ; et quand je te considère , du sommet de mon trône , comme un insecte , ne contredis pas la nouvelle puissance que j’ai acquise ; et si tu ne la trouves pas merveilleuse , ferme l’œil et vis sur ton fumier. Talent, beau génie , grandeur d’imagination , dons particuliers, présents riches et magnifiques de la nature , vous êtes en droit d’exiger l’admiration et d’étonner Punivers ! Vous avez fait les grands hommes en tout genre. L’univers a besoin du génie; sans lui rien ne se fait. Il féconde tout ce qu’il touche. Le monde seroit un amasd’êtres foibles et avilis , sans ce souffle vivifiant. Otez cette foule cleconnoissances , et tout rentre dans l’opprobre et dans le néant.

Voilà ce que disoit à mes côtés un homme du peuple , et il ajoutoit : je m’embarquerai pour la Chine , l’année prochaine , dès que j’aurai marié ma fille.

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