‹ L'an deux mille quatre cent quaranteChapitre 41 sur 46 · CHAPITRE L V · texte numérisé non relu

CHAPITRE L V

Court entretien sur de graves objets •

Quelle est la situation actuelle de l’Europe ? De mon temps, à-peu-près, le commerce procura la decouverte d’un nouveau monde , et cette découverte changea la face des choses. Il s’ensuivit un système d’équilibre qui tendoit à balancer les pouvoirs l’un par l’autre , à mettre un frein à l’ambition , à limiter les conquêtes , à garantir à chaque État le maintien de son indépendance particulière. Mais ce système a rendu les guerres plus longues et plus cruelles , en rendant les forces plus égales.

Qu’est devenue la Russie , dont la puissance étonna mon siècle , tandis qu’elle n’avoit point encore d’existence politique au commencement de ce même siècle ? Cet empire , dans son immense étendue , touchoit à toutes les mers , et pouvoit communiquer par elles à toutes les parties des deux mondes (a). Cet empire a été conpé

(a) Le traité de Westphalie se conclut : les né-

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en deux; une si vaste couronne ne pouvoit pas reposer sur une seule tête. — Et la Pologne ? — Elle est soumise à un monarque héréditaire , car elle a reconnu les dangers du déplorable excès de sa liberté $ et depuis ce temps la Pologne , avec le secours d’une administration saine et vigoureuse , est devenue un royaume florissant. — Et l’empire Ottoman? — Faute d’un sultan législateur et guerrier assez ferme pour en imposer à ses troupes , et les assujétir aux lois d’une discipline nécessaire , cet empire a été subjugué. Il s’est régénéré sous le fer de la conquête (Æ) , et il a fallu le

gociateurs respectifs croient avoir assuré le repos de l’Europe : ils parient d’un équilibre et se flattent de l’avoir trouvé. Aucun d’eux n’aperçoit la Russie qui s’éveille du néant, qui dans une création subite et inattendue, anéantit toutes ces combinaisons frivoles. Ce vain équilibre est rompu par le nom seul de cette puissance.

(Z>) Un conquérant s’empare d’un pays à main armée , tenant de l’autre quelques parchemins pour fonder ce prétendu droit. On crie à la violence 5 mais s’il rend heureux ce même pays 5 mais s’il l’arrache au joug le plus insultant , aux erreurs de l’ignorance, aux fureurs de la barbarie , à un despotisme gradué, et

quatre cent quarante. 3o 5 génie des conquérans pour revivifier cet empire tombé en léthargie. — Et l’Allemagne ? — Les états généraux de l’Allemagne ont toujours eu soin de considérer le corps germanique comme une république de souverains , présidée par un chef électif, et même amovible ; de sorte que la liberté du corps germanique est dans toute sa vi-

qui épouvante à-la-fois le maître et les esclaves 5 s’il rend au plus grand nombre la liberté dont il étoit privé ; s’il établit des lois sages et bonnes, remplaçant des lois grossières 5 s’il fonde une police active et vigilante à la place des désordres qui régnoiênt , qu’aura- 1 on à lui reprocher? La force n’a-t elle pas été le premier titre de toutes possessions : l’obéissance volontaire des peuples , qui trouvent quelquefois un avantage à être conquis , ne fait-elle pas du conquérant un roi légitime?

Tout pays a passé sous plusieurs dominations successives , mais la seule qui soit légitime est celle qui cimente l’ordre et la félicité de la nation. La possession est le droit qui abolit tous les autres , parce qu’elle devient un contrat dès qu’elle n’est pas disputée. Le titre d’usurpateur dont on le chargera , qui durera peut-être un jour , n’empêchera point , s’il a le consentement des peuples , qu’il n’ait anéanti , dans toute la force du terme , tous les droits antérieurs.

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