‹ L'an deux mille quatre cent quaranteChapitre 42 sur 46 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

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gueur. Ce grand corps , pénétré des lumières politiques les plus pures , ne se ligue jamais en commun contre aucune autre puissance , et conserve tous les avantages de son système politique.

— Et les Provinces-Unies ? — Les secousses du globe, les troubles et les dépenses que lui occasionnèrent son commerce avide (c) , et son opulence démesurée, firent que la Hollande s’embarqua un jour pour l’Asie , où elle avoit des établissemens immenses et d’un produit inestimable. Elle n’existe plus , pour ainsi dire , que dans les Indes orientales. — Et l’Angleterre ? — Son admirable constitution , quelquefois ébranlée, mais jamais anéantie^ fait toujours sa force et sa splendeur.

51 elle a quelquefois payé clier la liberté dont elle se glorifie , elle figure toujours sur le globe, comme l’État qui a su le mieux concilier tout ce qu’une législation hu-

( c) C’est un marchand hollandais qui déclara devant les bourgmestres d’Amsterdam , que si pour gagner dans le commerce il falloit passer par l’enfer , il hasarderait d’y brûler ses voiles ; voilà l’esprit na» tional fidèlement empreint dans cet aveu.

QUATRE CENT QUARANTE. 3 OJ maine doit à la dignité de l’homme. Elle ne rivalise plus avec l’empire des lys ( d),

— Et la France ? — Elle possède l’Egypte et la Grèce , florissantes colonies. — Et l’Espagne? — Les Espagnols enfin ont su mettre en valeur la vaste étendue de leurs possessions : ils ont tourné leurs regards sur la culture des terres , que leurs prédécesseurs avoient négligée ; vous pensez bien qu’il n’y a plus d’inquisition. — Et le Portugal ? — Il s’est fondu tout entier dans l’Angleterre ; cette puissance lui donne ses lois , et le Portugal y a gagné ; car c’est le commerce à la longue qui unit les nations , et les rend inséparables l’une de l’autre.

— Et la république des Suisses ? — L’aristocratie qui vouloit prendre le dessus , a été obligée de se réprimer elle-même. Cette nation garde tous ses sujets , et ne les vend plus au besoin ou à l’ambition des souve-

(</) La France et l’Angleterre ne poseront jamais» les fondemens d’une paix durable , que quand elles feront un traité de commerce qui les mettra à portée de donner un libre cours au rapport que les deux nations pourroient avoir réciproquement 5 quelle superbe fcliiançe î L’Europe se tairoit,

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rains; et quelle étoit cette nation , si loyale en apparence , qui n’avoit d’autre objet que de se vendre au plus offrant , qui sous le nom imposant de la liberté , couroit endosser Punifori ne de la dépendance ? Quels étoient ces hommes nouveaux sur le globe , qui alloient assassiner de sang-froid ceux qu’on leur désignoit, après qu’on les avoit payés pour les massacrer. Ils se battoient contre vous comme pour vous, si l’ennemi les prévenoit, ou sfil leur promettoit une plus forte récompense.

Quel nom donner aujourd’hui à ces États qui abandonnoient si libéralement des troupes auxiliaires , et sans aucun examen r Depuis quand les lois de la nature et le droit des gens ont- ils permis ce trafic honteux ?

La Suisse retient les hommes qui naissent dans son sein. La population n’est plus un désavantage pour elle, parce que ses enfans ont appris à mieux cultiver ; et s’ils vont chezleurs voisins, ce n’est plus pour vendre leur vie. — Et l’Italie P — Toutes ces petites souverainetés , qui avoient chacune leur politique particulière , et des intérêts diamétralement opposés , ont fait enfin un

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corps. Le chef de la religion a mis tonte sa force dans une vigilance pastorale ; il examine attentivement les affaires générales de la politique des {minces ; il blâme ou il approuve , et ce prononcé , fondé sur une lumineuse et profonde sagesse , a une force morale qui ne laisse pas que d’intimider le souverain déraisonnable :

car en qualité de père commun des chrétiens , la paix de l’Europe devientTunique objet de ses sollicitudes.

Des rapports simples et lumineux ont fixé les bassins de la balance politique dans un équilibre à-peu près exact ; une égale tranquillité procure à tous les Etats les moyens de se replier sur eux mêmes , pour perfectionner leur administration , ou pour réparer leurs pertes. Le démembrement d’un royaume ou d’une république , suit toujours les projets insensés et téméraires , parce que notre politique qui prévoit les altérations qu’un monarque extravagant pourroit occasionner dans le système général , fait retomber sur lui cette secousse violente et le rend responsable de la rupture de l’équilibre. Toutes les voix s’élè-

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vent alors , et lui prodiguent les durables démonstrations de la haine et du mépris.

Ce n’est plus le temps où l’on déploroit avec énergie le peu d’efficacité des traités , les infractions faites à la foi publique , et le renversement de toute idée d’équilibre et de justice générale. Notre vigilance active se renouvelle toutes les fois qu’une puissance se permet d’immoler son repos à la soif a un agrandissement injuste. L’autorité législative , également partagée entre toutes les nations , a un poids et une vigueur dont vous n’aviez aucune idée ; de là une grande harmonie dans les délibérations , une force coactive pour procurer l’exécution des résolutions publiques , des ressources infinies pour lever les obstacles.

Les grandes et énormes puissances ayant reçu des bornes circonscrites , tous ces corps militaires avoient insensiblement usé les ressorts des gouvernemens , et décomposé leurs principes $ ils furent licenciés lorsque la force publique fit cesser cette situation déplorable où s’agitoit l’Europe , quand elle a voit la frénésie d’entretenir un million de soldats portant le fusil sur

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l’épaule. L’Europe infectée alors des misérables principes d’une politique barbare , ne pouvoit recevoir un mouvement mesuré et uniforme , pouvoit encore moins participer à cette réciprocité universelle d’intérêt et de secours , qui est comme le lien et la sauve-garde de tous les États.

C’est dans l’anéantissement de tous ces grands corps militaires ( e ) qui attestoient

( e ) Chaque Etat s’est respectivement épuisé pour pourvoir à sa défense. Toutes les forces d’un empire sont tendues en temps de paix comme en temps de guerre. Les peuples accablés succombent sous le faix de ces grands corps militaires qui ne sèment ni ne labourent , et dévorent toujours. On compte en Europe près de douze cent mille hommes armés. Il faut les recruter chaque année d’un septième au moins.

On seroit tenté quelquefois de penser que la paisible végétation est l’état naturel de l’univers 5 que la vie si courte , si mêlée de peines, est une situation forcée, violente , une exception , un avantage orgueilleux que l’animal paye chèrement. On diroit que le sommeil est le véritable état de la nature , et que la tranquillité auguste de tous ces êtres qui reposent , absolument soumis aux lois générales , vaut mieux que les scènes petites et bruyantes que la folie , l’ignorance et l’erreur figurent ridiculement sur ce petit

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la dégradation de l’espèce humaine , que nous avons trouvé le secret de rapprocher les diverses parties de l’Europe, de raffermir celles qui llottoient , de contenir celles qui tendoient à se déplacer , d’établir entre toutes une subordination constante , et sur-tout de dégager la législation universelle des États , de cette rouille de barbarie qui en effaçoit l’auguste empreinte.

11 n’a fallu , pour opérer ce grand ouvrage , que la scission de trois grands Etats. La providence ayant amené cette température , nous avons profité de l’occasion pour former un contre-poids , et le système général , en se repliant sur luimême , a retrouvé dans le partage ou le démembrement des trop vastes Etats , un nouveau point d’appui pour cimenter un ouvrage immortel et digne de l’homme éclairé ; il s’est fait de toutes parts un effort généreux et constant en faveur de

globe qui subsiste dans une majestueuse durée, tandis que les insectes qui vivent sur sa surface , s’engloutissent dans le tombeau , escortés de toutes les douleurs et de toutes les blessures qu’ils se portent i’un à l’autre.

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l’équilibre européen. La place de chaque puissance y fut marquée avec plus de précision. Le sceptre fut affermi dans la main des monarques ; les maux de l’anarchie et ceux de la liberté indocile et ombrageuse furent également réprimés ; enfin !a distribution du mouvement générai se fit dans la progression qui le rend avantageux à tout le système ; et la politique ramenée à sa simplicité essentielle , ne confondit plus ses rapports fondamentaux , et l’intérêt d’un moment ne dicta plus de ces combinaisons forcées qui séparent ce qui doit être uni , et rapprochent ce qui doit être divisé.

Toutes les nations trouvèrent leur avantage dans une révolution , dont l’effet principal fut de revivifier les empires en les privant de ce surcroît de puissance qui ne faisoit qu’altérer l’équilibre et en troubler le système. Par -là, tous les points de la grande législation se virent en quelque sorte rapprochés, et tous les mouvemens particuliers influèrent avec plus d’ordre et d'énergie sur le mouvement général»

D’ailleurs les formes républicaines ayant

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gagné , avec le progrès des lumières, tous les Etats , et T Amérique étant une pépinière de républiques , il n’y a plus de ces corps monstrueux qu’on appeloit puissances militaires , et qui ne donnoient jamais un dédommagement effectif de ce que les victoires mêmes avoient coûté.

Cette révolution des Etats , arrivée il y a trois cents ans , a contribué à resserrer les liens de la paix. Ainsi la politique longtemps éclipsée, reparut sur la terre : elle a ses lois constantes , que des méprises particulières rendent quelquefois inutiles; mais tôt ou tard il faut que les lois majestueuses reviennent à leur efficacité naturelle; car l’homme étant un être sociable , il étoit impossible qu’il ne trouvât point , après tant d’erreurs et de calamités , les lois sublimes de la grande et parfaite société.

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