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CHAPITRE L V I

Marine .

Pendant plus de trente siècles, la mer fut négligée \ aucun peuple ne se servit de cet élément pour subjuguer l’autre. Les forces de terre décidèrent de celle des empires.

Rome ne songea à devenir une puissance maritime, que quand les Carthaginois lui en eurent donné l’idée.

Le peuple , qui forma le plan raisonné de la conquête du monde , ne pouvoit souffrir la pratique des gens de mer , et fut étranger , pour ainsi dire , à l’océan , ne devinant pas , ou sachant mal que les Etats qui deviennent les plus puissans sur cet élément , se rendent les plus formidables sur l’autre.

Aujourd’hui c’est sur l’océan que se frappent les grands coups d’Etat.

ISious sommes familiarisés avec cet élément, lien des nations, et qui les tient toutes dans une dépendance naturelle.

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Un Etat ne peut figurer de nos jours 9 que par un grand commerce ; or , un grand commerce ne peut être fondé que sur une grande marine.

Nous avons donc deux cents vaisseaux de Vgne ; mais nous n’avons plus aussi ce monde de places fortes, qu’il falloit entretenir par des garnisons nombreuses. Nos frontières ne sont plus hérissées de fortifications , ce qui avoit trop multiplié les clefs du royaume.

Les branches du commerce se sont étendues, et les matelots se sont engendrés dans la même proportion.

Nous étions faits pour avoir un grand avantage sur les Etats maritimes; car nous sommes au centre de la navigation de l’Europe; et quel est le gouvernement dans le inonde politique qui eut autant de facilités pour se rendre le maître des deux mers ? Nos ports de la méditerranée sont contigus à ceux de l’Italie. Nous sommes plus près de la Sicile et de la Barbarie que les Anglais et les Hollandais. Nos denrées peuvent être transportées d’une mer à l’autre par le canal de Languedoc : nous

avons une quantité prodigieuse de ports, tant sur l’océan que sur la méditerranée. Notre climat est un des plus favorables de l’Europe pour la navigation. Un ciel doux: et tempéré permet à nos vaisseaux d’entrer et sortir librement de nos havres , dans toutes les saisons de l’année.

Nous avons senti tous ces avantages si long -temps négligés, et nous les avons enfin mis à profit.

Notre commerce avec Constantinople, Smyrne, le Grand -Caire , Àiep , Chypre , Salonique, a contribué à former differentes branches de marine toutes considérables.

Comme nous sommes maîtres de la Grèce et de l’Egypte , le commerce des îles de l’Archipel et celui de la mer Noire nous appartiennent en entier.

Cent soixante millions d’arpens de terre en carré et bien cultivés , après avoir pourvu à la subsistance de la nation , fournissent des denrées au peuple à qui elles manquent , et nous employons au moins sept mille vaisseaux de transport.

Nos vins sont devenus la boisson naturelle de tous les peuples de l’Europe $ nos

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eaux-de-vie, les etrangers ne sauroient absolument s’en passer.

Nos fruits ont formé une seconde branche de marine , et notre sel enfin a suffi seul à élever sur l’océan une marine française formidable, parce que toutes les nations conviennent que sa qualité est supérieure à celle des autres Etats de l’Europe.

Nos manufactures, nos modes, ont prévalu , parce que nos productions ont eu constamment un léger , une grâce , une variété qui ont intéressé les caprices et les fantaisies des peuples ; car le goût universel prévaudra toujours sur les réglemens.

Notre population nous a permis ensuite de jeter aisément sur mer cent trente mille matelots. Comme la manie des guerres capricieuses a disparu 3 que les étrangers ont goûté nos demées, qu’elles sont devenues pour eux d’une absolue nécessité, qu’elles entrent dans tous les genres de nourriture et d’aliment, la France a joui paisiblement de tous ses avantages naturels. Elle a cessé d’entretenir à grands frais ces prodigieuses armées de terre , et réformant un superflu ruineux, elle a trouvé les moyens d’établir

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une réforme clans ses troupes , proportionnée au nombre des vaisseaux qu'elle a lancés sur les mers.

La noblesse s’est bientôt décidée pour le service de mer ; et tandis que jadis les vers , plutôt que le canon de l’ennemi , détruisoient nos vaisseaux de roi , confinés dans les ports de rner où ils dépérissoient, nous n’avons pas laissé notre marine dans une inaction funeste, tandis que celle de nos rivaux étoit en mouvement. Nous avons augmenté nos vaisseaux protecteurs , et sur - tout les vaisseaux marchands ; car c’est de l’emploi du plus grand nombre de vaisseaux, que dépend le plus haut degré de force d’un état maritime.

Avons-nous besoin de vous dire que nous avons fait disparoître les pirates Algériens et tous les autres corsaires de Barbarie? car il étoit honteux et ridicule qu’un peuple sans marine accrochât notre navigation marchande , et que la politique des grandes nations se servît toujours de ces corsaires pour arrêter les progrès de la navigation Européenne. Une bonne fois sévères avec eux, nous avons fait cesser cette pira-

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terie qui accusoit notre foiblesse et décourageoit la plupart des négocians ; car sons un véritable point de vue , les négocians sont tous frères , et le dommage de l’un va toujours au détriment de l’autre.

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