‹ L'an mille; drame en cinq actes, en versChapitre 19 sur 58 · HEDWIGE, ODILE · texte numérisé non relu

HEDWIGE, ODILE

HEDWIGE, dans une explosion de joie.

Etre libres, ce soir!... O ma fille, est-ce un rêve? Aspirer le parfum de résine et de sève Des grands bois de sapins, loin de ces murs maudits. Où résonnent les pas de bronze des bandits!...

ODILE

Le comte Nor n'est point un despote farouche. De courtines de pourpre il décora la couche Des captives, et fit, comme un roi du Liban, Brûler en leur honneur l'encens et l'oliban.

HEDWIGE

Tu ne comprends donc pas l'astuce de son âme ? Rien n'est sacré pour lui ! Comme l'hyène infâme, Qui satisfait sa faim au mépris du tombeau, Il est voluptueux et féroce...

ODILE

Il est beau !

HEDWIGE, à part.

Mon Dieu!...

(Haut.)

Crois-en ce cri jailli de ma poitrine : Malheur à celles-là que sa beauté fascine!

ODILE

Qu'est-ce que la beauté qui ne vient pas des cieux?

Celui-là n'est pas beau qui n'a pas, dans les yeux,

A travers le destin terrestre qui les voile,

La scintillation lointaine d'une étoile.

O mère, ce bandit, meilleur que son destin,

M*a regardée avec les yeux d'un paladin!

HEDWIGE, à part.

Elle aussi!

ODILE

Inquiet comme un lion sublime, Il rugit et bondit dans la cage du crime. Mais sitôt que la grâce en son âme aura lui, Parsifal et Roland seront moins grands que lui !

HEDWIGE, suppliante.

Mon Odile, sois calme et m'écoute. Une mère Sait quelquefois de telles choses qu'il faut taire!... Pourquoi dans ce château m'imposai-je la loi De ne jamais lever ce voile que pour toi? {Elle montre son voile.)

ODILE

Ce que vous décidez, mère, doit être sage.

Puisses-tu, confiante autant que ton langage,

En croire simplement ta mère qui te dit

Que ce comte est infâme et ce château maudit !

{Une colonne de fumée s'élève au-dessus du bois, au point indiqué par Hilda.)

Le signal ! . . .

ODILE, angoissée.

O mon Dieu!

HEDWIGE

Fuyons, fuyons, ma fille !

ODILE, examinant longuement la fumée, où commence à se mêler la lueur dune flamme.

Ce n*est qu'une vapeur du soir.

HEDWIGE

La flamme brille, Te dis-je.

ODILE

Oui, je la vois.

HEDWIGE

Vite, à la poterne !

ODILE

Oui.

{Elle se dirige en chancelant vers la poterne. En ce moment, on voit Brant se pencher au-desssus de la galerie de la tour du guet et bander son arc. Cependant Odile se heurte au parapet.)

HEDWIGE Tu recules?...

ODILE

Oh non! mais j'ai l'œil ébloui Par cette flamme...

HEDWIGE

Eh bien?... Te voilà toute pâle !

ODILE, tremblante.

Oh! cette flamme! cette flamme sépulcrale!... Mère, je vous suivrai, mais je ne saurais pas

I Ouvrir...

\ {Elle s'adosse au parapet, et la clef lui tombe de la \ main,)

HEDWIGE

Quand le tyran te saisit par le bras, L'affreuse nuit, hélas ! tu paraissais moins blême ! . . .

ODILE Je le craignais alors.

HEDWIGE Et maintenant?

ODILE

Je l'aime !

{A ce mot, Nor bondit de sa cachette et vient tomber, éperdu, aux genoux d'Odile. Brant désarme son arc. Hedwige assiste, immobile etjrappée de stupeur, à la scène qui suit.)

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