‹ L'an mille; drame en cinq actes, en versChapitre 41 sur 58 · LA VOIX DE HILDA · texte numérisé non relu

LA VOIX DE HILDA

Ils m'ont crié : ta joie est morte.

Ils ont menti I Tout mon sang bout.

Mon amoureux frappe à ma porte.

Mon amoureux frappe, debout Dans le vent fou...

{Hilda paraît sur le seuil de la porte, à gauche. Elle porte à la main un tambour de basque.)

NOR

Hilda 1 — Chansons, baisers, ivresse, volupté 1 Hilda, Hilda, Hilda, seule réalité!...

(// court à Hilda et V embrasse éper dûment.)

HILDA, rayonnante.

Mon Prince !...

NOR A moi! Buvons, chantons jusqu'à l'aurore I

HILDA Oh! se peut-il vraiment que tu m*aimes encore?

NOR

Ta bouche est bonne comme une fleur de velours, Hilda, — chansons, baisers, fièvres, folles amours! Laisse-moi retrouver la vérité charnelle Sur ta bouche et dans l'eau noire de tes prunelles I...

HILDA

O mon Prince, dis-moi, qu'est-ce donc que tu veux? Que je pleure en tordant la nuit de mes cheveux? Que je sois gaie ou triste, effrontée ou pudique, Ou que je danse quelque danse asiatique. Ou que, pinçant la corde ou frappant le tambour. Je scande en bondissant une chanson d'amour? Va ! je t'aime! Je veux vaincre le sortilège Qui t'oppresse ! Je veux le dissiper, dussè-je, Ouvrant ce pouls qui bat à mon poing frémissant, T'offrir dans un hanap la pourpre de mon sang!...

l5o L'AN MILLE

NOR, touché.

Brave enfant 1...

HILDA

Oui, je t'aime bien... Je suis heureuse. {Elle s'appuie en pleurant sur V épaule de Nor.)

NOR

Il ne faut pas pleurer ainsi, mon amoureuse, Mais chasser Vautre..,

HILDA, sombre.

L'autre? Elle dit à genoux Des incantations, avec des gestes doux...

NOR, rêveur.

L'autre semble incarner le mystère des choses. Elle est comme un jardin nocturne, plein de roses. Elle est comme la lune à travers les lilas, Elle est tout ce qu'on rêve et qu'on ne touche pas. Tout ce qui tremble et fuit et flotte sous des voiles, Tout ce qui fait lever les yeux vers les étoiles, Tout le songe divin épars dans le ciel bleu...

{Violent.) Eh bien I chasse-la donc, celle qui vient de Dieu I Danse! danse, Hilda, ma bacchante, ma belle, Et sous ton pied vainqueur écrase l'éternelle!...

L'AN MILLE l5l

(// se laisse tomber sur un siège, à droite. — Musique, — Hilda s'élance, en brandissant son tambour de basque, et attaque une danse passionnée. L'expression est d'abord langoureuse et le pas ondoyant. Mais bientôt le rythme s'accélère, se précipite, s'enfièvre. Dans une sorte d'ivresse sauvage, Hilda tourne sur elle-même, se tord comme une couleuvre, atteint au paroxysme de la frénésie, et vient enfin tomber, d'un dernier bond, éperdue et haletante, dans les bras de JNor.)

NOR

Ma vaillante!...

HILDA

Mon Prince!...

NOR

Oh oui ! je t'aime mieux Que l'autre!... Egorge-la ! Oh! tes yeux dans mes yeux!

{Ils demeurent enlacés.)

HILDA Dis, mon Prince, elle est morte?...

NOR

Elle respire encore...

l52 L'AN MILLE

O ma bacchante, reste ainsi jusqu'à l'aurore. Avec tes yeux brûlant sur moi, toujours, toujours l... (Coup de vent.)

WINFRID C'est un vent de folie et de fièvre !

LE SIRE DE DÎEKIRGH, levant sa coupe.

Aux amours Du comte 1

TOUS, choquant les coupes.

A ses amours !

HILDA Dis, mon Prince, elle râle?...

NOR Non, elle chante,..

HILDA Hélas! — Dis, mon Prince, elle est pâle?...

NOR, haletant.

Oui, comme le matin dans le verger en fleur...

LE SIRE DE REMICH, bas, à Sweno.

Je n'entends point finesse aux affaires de cœur,

L'AN MILLE l55

Mais, soit dit entre nous, mon cher, {Désignant Nor d'un signe de tête.)

il m'inquiète.

Je préfère l'amour à la bonne franquette, Sans tous ces hurlements, ces larmes et ces cris. Foin de la femme, si la femme est à ce prix !

SWENO, bas, d'un air pensif .

Oui, le comte est brutal et doux, féroce et tendre. C'est un homme étonnant, que l'on suit sans comprendre Pourquoi.

Tue, tue ! A mort ! . . . — O ma belle, brandis Ton regard comme un glaive...

HILDA

Oh! saigne-t-elle, dis?...

NOR

Elle saigne de la lumière dans mon âme!... (// s'affaisse avec découragement,)

LE SIRE DE BIEDBOURG, bas, au sire de Remich.

Que cherche-t-il en fin de compte dans la femme ? {Entre Brant, par la porte du fond, à droite.)

l54 L'AN MILLE

BRANT

Trois courriers, arrivés à fond de train ce soir, Veulent parler au comte.

NOR

On peut les recevoir

{Exit Brant. Nor va se rasseoir à la place d* honneur, dans la cathèdre, et installe Hilda à sa droite.)

Buvons ! Le vin est l'élixir du sage.

(Tous entrechoquent les coupes. Entrent le sire d'Arlon^ le sire de Thionville et le comte de Ringelheim.)

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