‹ L'an mille; drame en cinq actes, en versChapitre 53 sur 58 · SCENE V NOR, ODILE, RADBOD, immobile · texte numérisé non relu

SCENE V NOR, ODILE, RADBOD, immobile

ODILE, sanglotant.

Ma pauvre mère, hélas ! . . .

NOR, froidement.

Je sais. Cela me navre.

ODILE, saisie.

De quel ton le dis- tu?

Nous la retrouverons Sans peine. J'ai donné des ordres.

ODILE, agitée.

Viens I courons,

Au nom du ciel I

NOR

Attends.

ODILE

Non, non! l'orage approche.

NOR

Elle trouvera bien l'abri de quelque roche.

ODILE

Quoi ! seule sous la pluie et la foudre et le vent, Tu songes à cela sans frissonner ?

NOR, haussant les épaules.

Enfant!

ODILE, le regardant attentivement et frappée de l'étrange surexcitation que voile son apparente froideur.

Tu me fais peur.

Moi?

ODILE, reculant d'un pas.

Oui.

NOR, glacial.

Pourquoi ? Je t'aime encore,

ODILE, avec amertume.

Encore?... En vérité, comte, cela t'honore. Il est beau que ton cœur garde un reste d'amour Pour une enfant qui pleure et la nuit et le jour. {Elle fond en larmes.)

NOR, agacé.

Des pleurs, toujours des pleurs !

ODILE

Que ne puis-je sourire, Puisqu'il faut à ce prix conserver quelque empire Sur un cœur que je sens languissant et glacé !

NOR, suppliant,

Odile!...

ODILE La douleur me défigure...

NOR, d'une voix tonnante.

Assez !

{Surexcité,)

Que sais-tu donc, enfant, pour parler de la sorte, A l'heure où mon amour, comme une trombe, emporte Dans les gouffres de l'ombre et de l'éternité Tout ce qui jusqu'ici lui avait résisté?...

ODILE Que veux-tu dire?

NOR Rien.

ODILE Que veux-tu dire, comte?.

NOR, avec une exaltation terrible.

Mon esprit libéré de toute entrave monte,

D'un coup d'aile héroïque et peut-être divin,

Où ne le suivrait pas le vol du séraphin,

Au delà de l'azur où les astres palpitent.

Dans l'espace sans lois, sans nombre, sans limites,

Et lance, comme l'aigle ouvrant son bec bruni,

Un cri d'indépendance à travers Tinfini!

ODILE, épouvantée.

Qu'as-tu fait?...

NOR

J'ai vaincu.

ODILE Ciel! que deviens-tu?...

V Libre.

■ ODILE

VTes mots me sont obscurs, mais je sens que tu vibres D'un étrange frisson... Quelque chose a changé Dans ton cœur...

NOR

J'ai vaincu!

ODILE

Ton regard est chargé D'orage, et je crains plus ces foudres inconnues

{Un éclair,) Que l'éclair aveuglant qui sillonne les nues.

{Un/risselis de feuilles mortes remuées.)

{Le doigt sur la bouche.) Chut!

NOR Les couleuvres.

ODILE

Oh ! . . . ma pauvre mère ! . . .

{Elle veut s élancer dans le bois.)

NOR, la retenant.

Non!

Demeure.

{Montrant le chemin du château.)

Elle pourrait regagner le donjon Par ici. — Je m'en vais explorer les broussailles. Je connais les rumeurs dont les branches tressaillent.

Sois tranquille ! Je la ramènerai sous peu

(// s'éloigne, marchant vers le bois. Odile le suit jusqu'à r extrême gauche de la scène, au premier plan.) (Se retournant pour montrer à Odile la caverne,) Cette caverne offre un abri.

(// s'enfonce dans le bois.)

ODILE, le suivant de l'œil avec épouvante. Mon Dieu!.,.

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