‹ L'Anacrouse dans la musique moderneChapitre 13 sur 15 · ENTRE LA MESURE ET LE. RYTHME · texte numérisé non relu

ENTRE LA MESURE ET LE. RYTHME

c( Le rythme est l'agent, le véhicule au moyen duquel la musique pénètre dans notre entendement. C'est le rythme qui transforme une suite de sons sans lien logique, en une eiitilé esthétique et en fait une idée musicale, un élément intelligible, transportant ainsi cette succession de notes du domaine « purement sensorial dans celui de l'intelligence : c'est lui qui spirUiialise la « musique. »

Voilà les affirmations qu'on attribue aux Grecs, nos maîtres dans les Beaux- Arts. Que les Grecs aient tenu ce langage, le fait nous importe peu : nous l'acceptons pour vrai. A nous de le prouver. A notre tour, nous affirmons que c'est V accentuation rythmique qui rend la musique intelligible et jette la lumière intellectuelle sur une suite de sons. Sans accentuation, rythmique rationnelle, conforme au sens spontané résultant des attractions qu'exercent les son^ d'un groupe les uns sur les autres, sajis mise en relief, au moyen de sons plus forts, des éléments constitutifs de la musique, la succession des notes reste inintelligible, dépourvue de sens. Le tableau musical ressemble alors à une palette chargée de couleur, mais qui n'offre aux regards aucune composition, aucune idée. Une telle musique peut chatouiller les oreilles, mais ne peut rien dire ni au cœur, ni à l'esprit. C'est l'air, entendons-nous, c'est V accent qui fait la chanson ! Oui, c'est l'accentuation qui met en relief le sens d'une série de sons, comme elle fixe le sens des mots, des propositions, des phrases grammaticales. Plus celte accentuation est naturelle, calquée sur l'attraction, l'action et la réaction mutuelles des notes, sur le sentiment qu'elles sont susceptibles d'exprimer, plus le sens devient lumineux, accessible à l'intelligence. Plus l'accentuation s'éloigne de cette pensée, plus le sens devient obscur, inaccessible à l'esprit. Or, là où l'esprit ne règne pas, domine un principe purement sensuel.

L'accentuation musicale a pour mission, au moyen de som forts, de révéler à l'intelligence de l'auditeur, qui alors compare, juge et comprend, les trois entités, les trois bases sur lesquelles repose tout le système musical moderne. Ces bases sont : la tonalité dans son double mode, la mesure et le rythme. Ici nous ne nous occuperons que des deux dernières de ces bases. Nous savons que les mesures sont engendrées et délimitées par des accents ou sons forts arrivant de 2 en 2, de 3 en 3, ou de 4 en 4 coups ou teinps, régu-

licremeal frappés. Ces sons forts tonibeut toujours sur le premier temps de cliaque mesure, et sont appelés thésis ', accents métriques ou temps forts. Quand on parle de la mesure en général, c'est cette division, cette fragmentation, binaire ou ternaire, d'une régularité absolue qui est sous-entendue. Quand on parle ù'ime mesure, c'est un tronçon de cette fragmentation, c'est un groupe de sons entre deux thêsis ou temps forts, entre deux barres de mesure, qu'on a en vue.

Mais dans la musique, les mesures et les temps ne représentent que des mots, mono-, bis-, tri-syllabiques. Pas plus que les mots dans le discours ils ne constituent des propositions, des phrases. Par eux seuls, mesures et te7nps n'ont pas de sens musical proprement dit. Pour les rendre aptes à exprimer une pensée musicale complète, il faut grouper en une entité deux, trois ou quatre mesures et les soumettre à un autre principe, à une discipline plus élevée : le rythme* !

Le rijtlwie exerce une force attractive, logique ; c'est le Saint-Esprit de la musique, dit Hans de Bulow ; c'est le médiateur entre les virtualités expressives des sons, notre entendement et notre sentiment. 11 a la puissance de coordonner une suite de sons, une suite de mesures et d'imprimer à cet ensemble je caractère d'entité, d'individualité, et de l'imprégner d'un élément intellectuel. A chacun de ces groupes, ou rythme, appelé A;o/rtpar les Grecs, notre entendement se plaît à attribuer un sens, une %v^\\\(\cd.\\0'ix psychique; car chacun est susceptible de provoquer tel ou tel sentiment, telle ou telle émotion dans notre âme ! Comme les mesures, les rythmes sont caractérisés et délimités par des accents, des sons forts arrivant périodiquement de 2 en % de 3 en 3, de 4 en 4 mesures, etc. Ces sons forts sont appelés ictus ou accents rythmiques ! Les rythmes peuvent avoir leur note initiale et finale sur chaque temps et sur cliaque partie du temps de la mesure ; les ictus, ou notes de support des arceaux rythmiques doivent tomber sur le i" temps d'une mesure.

Grâce à l'attraction, à l'appellation que les sons, vivifiés par le rythme, exercent les uns sur les autres, le dernier de chaque groupe procure à l'oreille la sensation d'une fin à'idée musicale plus ou moins complète, c'est-à-dire d'un arrétj d'un repos, suivi d'un silence.

Le mot rythîne, comme le mot mesure, a deux significations : une générale ettune spéciale. On parle du rythme en général et d'un, deux, trois rythmes, etc.,

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