BULOW
KUBLNSÏEIN.
Bûlow jouait comme l'indiquent les coulés supérieurs, Rubinstein accentuait conformément aux coulés inférieurs. Lequel de ces deux incomparables artistes avait raison ? Tous les deux suivaient le précepte de Liszt : « 11 ne faut pas Jouer, il faut chanter du piano, plus que cela, il faut déclamer!» Nous nous souvenons de l'enthousiasme avec lequel cette délicieuse Mazurka de Chopin, interprétée par Bûlow, dans un concert donné par lui à la salle Pleyel, a été accueillie, bissée, trissée ; on l'aurait entendue toute la nuit; la salle était électrisée, et cela à la fin du concert dans lequel il avait joué, entre autres, les Sonates de Beethoven, op. 34, n° 3, et op. 53, avec cette impeccabililé qui le
caractérisait. Nous étions à côté du professeur Delaborde, qui était aussi enfiévré que nous.
Cela prouve que les artistes ont tort de se produire exclusivcraenl avec des œuvres de longue haleine et de grande difficulté. Des perles mélodiques, comme les Mazurkas, les Préludes de Chopin, une foule de pages de Schumann, etc., interprétées par des artistes dignes de ce nom, produisent infiniment plus d'cfiét, même sur un public raffiné.
Ces deux grands artistes ditl'éraient dans d'autres œuvres, par exemple dans l'interprétation de V Alleijrcllo de la Sonate, op. iO, n" 2, de Beethoven; l'un laissait sentir l'anacrouse de deux en deux mesures, l'autre laissait dominer l'accent métrique.
A QUOI PEUT-ON rsECONNAÎTRE ET DISTINGUER si u)i groupe de sons à la fin d'un rythme forme une onucrouse, ou si c'est une soudure d'exclamation, ou si ce son des notes de remplissage ?
Généralement, les anacrouses ont une tendance plus forte à s'incorporer dans le rgthme suivant que les soudures déclamatoires, dont le rôle est surtout ÛQ jeter un dernier cri de l'dme,-de servir de moyen de cohésion, de lien, pour enchaîner deux périodes, deux phrases, et pour donner aux différents membres d'une construction musicale toute l'unité désirable.
Ciioi'i-x. Soclurne. op. 37, n" i.