PREMIÈRE PARTIE
Méthode générale danalyse.
§ 1. Vérification de réchaniilkm, — Prendre note, à l'arrivée (les échantillons, de tous les renseignements qui peuvent servir à constater leur identité, les contrôler par ceux consignés dans le bulletin ou dans la lettre d'envoi (1).
§ 2. Poids total de réchantillon séché à l'air. — Étendre réchantilion total en couche mince sur un plateau en zinc et laisser séjourner dans une place sèche, à Tabri de la poussière et des émanations du laboratoire, jusqu'au moment où. la terre se laisse facilement émietter sous la pression des doigts (2).
§ 3. Poids d*un litre de terre séchée à l'air. — Émietter, éventuellement écraser sous une légère pression du pilon, sans broyer les pierres et débris minéraux, découper aux ciseaux les débris organiques, racines, paille, etc., et remplir une mesure d'un litre en étain, en tassant légèrement par de petites secousses (3).
§ 4. Pouvoir absorbant pour l'eau de la terre séchée à l'air. — Remplir un cylindre (4) en verre, taré, de 20 à 2ô centimètres de hauteur et de 6 à 8 centimètres de diamètre, aivec 800 à 1,000 grammes de terre du § 3, en tassant par de légères secousses fréquemment répétées. L'ouverture = du . cylindre étirée au bout est fermée au moyen d'un bouchon en caoutchouc troué, sur l'ouverture duquel on place une petite rondelle en toile, préalablement mouillée. Peser le cylindre plus la terre, plonger dans un vase rempli d'eau distillée de façon que le niveau extérieur de l'eau dépasse d'environ 2 centimètres
le niveau inférieur de la terre. Rétablir ce niveau au fur et à mesure que Teau selève par capillarité. Maintenir le contact pendant cinq à six heures après l'imbibition complète apparente, retirer le cylindre, le couvrir pour éviter Tévaporation à la couche supérieure, laisser égoutter quelques heures, essuyer, peser.
Replonger le cylindre dans Teau, etc., etc., faire une seconde pesée pour s'assurer s'il n'y a plus eu d'absorption.
Le poids de la terre et celui de l'eau retenue étant ainsi connus, on peut établir en pour cent le pouvoir absorbant pour Veau.
§ 5. Réaction de la terre, — Délayer une vingtaine de grammes avec de l'eau distillée pour en faire une pâte liquide, laisser déposer quelques minutes et plonger dans l'eau surnageante deux papiers de tournesol, l'un rouge, l'autre bleu (^.
§ 6. Préparation et poids de la terre fine pour femalyse. Poids des débris organiques et des débris minéraux. — Peser 2,500 grammes (6) de la terre obtenue par la préparation décrite au i^ 3, passer au tamis à mailles de 1 millimètre (7).
Séparer à la pince les débris organiques, laver s'il adhère de la terre, sécher à ioO", peser : Débris organiques (8).
Caractériser la nature de ces débris : paille, racines, feuilles, tourbe, etc.
Laver les cailloux et débris minéraux à grande eau par décantation, sécher à 150^, peser : Cailloux et débris minéraux.
Faire la détermination minéralogique (9) de ce résidu et, si cela est jugé nécessaire, le séparer en cailloux ou gravier restant sur le tamis de o millimètres, et en débris minéraux (10).
§ 7. Titre en eau de la terre séchée à Vair. — Peser 100 grammes de terre du § 3, sécher à 150^ (11) jusqu'à poids constant.
Lorsqu'il est difficile de mélanger la terre telle quelle pour
en constituer un échantillon moyen bien homogène, doser l'eau séparément dans le résidu du tamis et dans la terre fine, reconstituer par le calcul Teau totale contenue dans la terre séchée à Tair.
Analyse physico-chimique de la terre fine.
§ 8. Dosage du sable et de r argile, d*après Schloesing (12). — Délayer sous la pression du <loigt 10^ grammes de la terre fine avei* un peu d eau dans une capsule en porcelaine ou dans un mortier en vcTre, décanter dans un verre d'environ 7 centimètres de diamètre jaugé à 2oO e. c, répéter le délayage cinq à six fois et laver finalement le résidu dans le verre, conduire l'opération de manière à utiliser en tout environ 2O0 c. c. d'eau.
Rendre le liquide légèrement acide par l'acide chlorhydrique ajouté par petites portions, en agitant fréquemment pendant une heure environ, afin de dissoudre le calcaire et de dégager les acides organiques des bases auxquelles ils sont combinés, laisser déposer cinq à six heures, décanter s'il y a lieu une partie du liquide pour enlever les débris organiques surnageants ayant passé au tamis.
Filtrer sur un filtre uni d'environ 12 centimètres de diamètre, laver jusqu'à disparition du chlore (13), jeter le filtrat. Percer le filtre au-dessus du verre qui a servi à l'attaque par l'acide, laver tout le contenu du filtre dans le verre à l'aide du moins d'eau possible (100 c. c. au plus), ajouter o c. c d'ammoniaque concentrée, laisser réagir 3 heures, en agitant de temps à autre et refaire au moyen d'eau distillée le volume de 250 c. c. Agiter fortement, retirer et laver l'agitateur. Laisser reposer 24 heures, siphonner le liquide trouble dans un vase de deux litres, porter de nouveau à 250 c. c, agiter, laisser déposer 24 heures et siphonner. Répéter l'opération
jusqu'à limpidité. Huit ou dix décantations suffisent ordinairement.
Laver dans une capsule tarée, au moyen de la pissette, le sable restant dans le verre, évaporer à sec au bain-marie, incinérer après avoir divisé la croûte formée et peser : Sable,
Séparer, par un tamisage, la totalité du sable on sable gros, sable fiiiy sable pomsiéreiix (14).
Ajouter au liquide ammoniacal du grand vase du chlorure potassique en poudre (15) à raison de 5 grammes par litre de liquide décanté pour amener la coagulation et le dépôt rapide et complet de Targile.
Siphonner au bout de 24 heures le liquide surnageant, introduire Targile dans un verre plus petit, laisser déposer à nouveau, décanter le plus de liquide possible. Filtrer sur un filtre uni de 9 centimètres taré, laver (16), sécher à 180^, peser : Argile (17).
Analyse chimique de la terre fine.
§ 9. Eau. — Peser 10 grammes de terre fine et sécher jusqu'à poids constant à 150** C. (Vo\r note 11.)
§ 10. Matières combustibles et volatiles. — Incinérer à douce chaleur sans dépasser le rouge sombre au fond de la capsule, laisser refroidir, mouiller légèrement d'eau distillée, sécher à nouveau à ISO** jusqu'à poids constant (18).
§ 11. Dosage de Vazote ammoniacal, — Distiller lentement, dans un appareil Boussingault suffisamment grand, 100 grammes de terre avec o grammes de magnésie en présence de 500 c. c. d'eau distillée; recueillir la moitié du liquide, contrôler la fin de l'opération par le réactif de Nessler. Reprendre le titre de l'acide avec de la baryte titrée, indicateur acide rosolique : Azote ammoniacal (19).
§ 12. Dosage de Vazote nitrique et du chlore. — Mettre en
digestion, dans une grande éprouvette, 1,000 grammes de terre fine avec 2 litres d'eau distillée. Remuer fréquemment pendant 36 heures, laisser déposer 12 heures, faciliter le dépôt par l'addition d'environ 1 gramme de sulfate magnésique en poudre, siphonner un litre, concentrer dans une capsule en platine avec quelques gouttes de carbonate potassique exempt de chlore et d'acide nitrique, filtrer, laver et porter à 2o0 c. c. Prélever 100 c. c. Rendre acide par l'acide nitrique, précipiter par le nitrate d'argent, etc. : Chlore,
Saturer les 150 c. c. restants par l'acide chlorhydrique, chauffer quelques instants pour chasser l'acide carbonique, opérer le dosage d'après la méthode de M. Schlœsing : Azote nitrique {^20).
§ 13. Dosage de Vazote organique, — Rrûler d'après le procédé de Will et Varentrapp 10 grammes de terre (21) mélangée intimement avec un gramme de sucre. L'azote total, moins l'azote ammoniacal et l'azote nitrique = Azote organique,
§ 14. Préparation de l'extrait chlorhydrique (22) de la terre fine. — Peser une quantité de terre fine (23) telle qu'en tenant cpmpte de sa teneur en eau, on ait exactement 300 grammes de terre fine sèche. Dessécher à 150" pendant au moins 6 heures. (La dessiccation est nécessaire pour obtenir un extrait de 300 grammes de terre sèche exactement dans un litre d'acide chlorhydrique de densité 1.18.) Introduire dans un ballon de 2 à 3 litres; ajouter 1 litre d'acide chlorhydrique à 1.18 de densité en prenant les précautions d'usage pour éviter tout débord<3ment, si la terre est riche en calcaire. Laisser en digestion pendant deux fois 24 heures en remuant fréquemment les premières 24 heures. Laisser déposer, décanter et filtrer sur un filtre Laurent double dont la pointe repose
sur un petit entonnoir recouvert d'un filtre uni en papier fort. Recueillir SOO c. c.
Dosage de Vadde silidque, de Vadde phosphoriquCy de radde sulfurique, de Vadde carbonique, de la potasse, de la soude, de Voxyde de fer, de r alumine, de la chaux et de la magnésie.
Évaporer à siccité dans une capsule en porcelaine les oOO c. c. décantés, en ajoutant fréquemment quelques gouttes d'acide nitrique et en agitant le liquide (24). Après une première opération, faire suivre d'une seconde et, s'il y a lieu, d'une troisième en reprenant par l'eau.
L'opération est réussie, c'est-à-dire les matières organiques sont détruites et le fer oxydé, lorsque la liqueur est claire et jaune or à jaune rougeâtre. Si, au contraire, elle est encore trouble et mousseuse, il faut répéter l'évaporation et ajouter de nouveau de petites quantités d'acide nitrique.
Lorsque, après une dernière évaporation, la matière n'est plus que faiblement acide, sécher dans l'étuve Wiesnegg pendant une heure à HO".
§ IS. Reprendre par l'eau et quelques gouttes d'acide chlorhydrique (25) ; chauffer quelques instants au bain-marie pour faciliter la dissolution, filtrer sur filtre quantitatif, laver, sécher, calciner, peser : Silice,
§ 16. Chauffer le filtrat pendant une demi -heure avec quelques gouttes d'acide nitrique et porter à 500 c. c.
§ 17. Précipiter par le chlorure de baryum 100 c. c. étendus au double du volume, chauffer longtemps, etc. : Adde sulfurique,
§ 18. Étendre d'eau le filtrat du sulfate de baryum. Précipiter à chaud par l'ammoniaque, l'oxalate et le carbonate ammonique. Laisser digérer 6 heures à douce chaleur et déposer jusqu'au lendemain, filtrer, laver (26), évaporer le filtrat à
siccité dans une grande capsule en platine, chasser les sels ammoniacaux à douce chaleur, chauffer un peu plus fort à la fin de Topération sans atteindre même le rouge sombre. Reprendre par l'eau distillée, filtrer dans une capsule en platine tarée, ajouter quelques gouttes d'acide chlorhydrique, évaporer, sécher, flamber avec précaution, peser (27) : Cklorures alcalins.
Reprendre les chlorures alcalins par le chlorure de platine, évaporer au bain-maric jusqu'à consistance sirupeuse, reprendre par l'alcool à 8o« G. L., filtrer sur filtre taré, laver, sécher à HO**, peser le chloroplatinatc ; Potasse,
Transformer par le calcul la potasse en chlorure potassique et retrancher celui-ci du poids des chlorures alcalins. On obtient le chlorure sodique : Soude.
§ 19. Ajouter à 25 c. c. de la solution primitive du carbonate ammoniquè jusqu'à neutralisation presque complète, c'està-dire jusqu'à ce que le précipité formé ne se redissolve que difficilement et lentement dans le faible excès d'acide chlorhydrique resté et que la liqueur, tout en étant redevenue claire, ait passé du rouge clair au rouge sang. Étendre d'eau distillée, précipiter par un léger excès d'acétate ammoniquè (28), faire bouillir jusqu'au moment oii, interrompant l'ébullition, l'acétate basique de fer et d'alumine et la faible proportion de phosphate de fer et d'alumine se déposent facilement, et que la liqueur surnageante soit tout à fait limpide et incolore. Laver par décantation en faisant bouillir chaque fois, filtrer, laver à l'eau bouillante additionnée d'un peu d'acétate ammoniquè. Sécher, calciner et peser : Oxyde de fer, alumine et acide jyfiosphorique.
En retranchant l'acide phosphorique déterminé au § 22, on obtient la somme de l'oxyde de fer et de l'alumine.
§ 20. Précipiter à chaud par Toxalate ammoniquè le fil-
|aKIVEE5IT'
trat (29) de l'oxyde de fer et de Talumine, qui possède une très faible réaction d'acide acétique. Laisser dépose? à douce chaleur au moins pendant 12 heures, filtrer, laver à l'eau chaude, sécher, calciner au chalumeau jusqu'à poids constant : Chaux.
§ 21. Évaporer le filtrat dans une capsule en platine (30), chasser les sels ammoniacaux, reprendre le résidu par l'eau légèrement additionnée d'acide chlorhydrique, filtrer, sursaturer d'ammoniaque, chauft'er quelque temps à l'ébullition pour précipiter les traces de fer et d'alumine qui auraient pu rester en dissolution, filtrer éventuellement, laver, laisser refroidir, ajouter du phosphate sodique en agitant, laisser déposer pendant 12 heures, etc. : Magnésie,
§ 22. Évaporer au bain-marie 100 c. c. de la solution primitive du § 14, reprendre par l'eau et quelques gouttes d'acide nitrique; précipiter par le nitromolybdate d'ammoniaque, etc. : Acide phosphorique totaL
§ 23. Peser 25 grammes (50 grammes, si la terre est sablonneuse) , triturer avec 100 c. c. de citrate d'ammoniaque ammoniacal (31) et introduire dans un ballon de 250 c. c. Laisser digérer pendant une heure à 35-40'' C. Refroidir, porter à la marque, filtrer, mesurer 200 c. c, évaporer à siccité au bain-marie dans une grande capsule en platine, chauffer sur le bec à couronne d'abord, plus fort ensuite. Reprendre le résidu de l'incinération par l'eau et environ 2 c. c. d'acide nitrique, chauffer quelques minutes à douce chaleur, filtrer dans un verre de Rohéme, précipiter par 50 c. c. de nitromolybdate, etc. : A cille phosphorique soluble dans le citrate d'ammoniaque alcalin (32).
§ 24. Peser, suivant la richesse en calcaire, 5 à 50 grammes de terre fine, les délayer dans une capsule en porcelaine avec
de Teau distillée pour en faire une pâte liquide. Travailler la masse pour chasser Tair, laver le tout dans un ballon de 300 c. c. et opérer d après la méthode de Liebig (Frésénius, édition française) : Acide carbonique (33).
Analyse de la partie minérale insoluble dans lacide chlorhydrique.
Continuer la tiltration de l'extrait chlorhydrique dont on a décanté 500 c. c. (§ li), laver par décantation à Teau distillée jusqu'à disparition de la réaction acide.
Amener le contenu du ballon et du filtre dans une cuvette en porcelaine et sécher.
Prélever, après mélange intime de toute la masse, environ 50 grammes, laver sur un filtre jusqu'à disparition de la réaction du chlore, sécher, détacher la masse du filtre, incinérer. On obtient ainsi le résidu insoluble constitué par du sable et des silicates.
Peser dans une capsule en platine 2 grammes du résidu porphyrisé et flambé, les mélanger au moyen d'un agitateur en platine avec 12 grammes v de fluorure àmmonique (34), chauffer lentement au bec Bunsen dans une cage à bon tirage, régler la flamme de façon que l'opération dure environ une heure.
Ajouter, après décomposition complète, environ 2 c. c. d'acide sulfurique de manière à imprégner complètement le résidu, chasser l'acide sulfurique avec précaution au rouge sombre, reprendre par l'eau faiblement acidulée d'acide chlorhydrique, laver le tout dans un ballon de 500 c. c, oxyder en chauffant pendant une heure avec quelques gouttes d'acide nitrique, porter au volume et filtrer.
§ 2S. Dosage de la potasse, de la chaux, de la magnésie, des silicates décomposés par Vacide fluorhydrique, — Opérer absolument comme dans l'analyse de l'extrait chlorhydrique (3S).
200 c. c. pour la potasse (voir § 18).
200 c. c. pour la chaux et la magnésie (voir §§ 20 et 21).
§ 26. Dosage de l'acide phosphorique contenu dans le résidu insoluble (36). — Attaquer 10 grammes de l'insoluble comme dans l'analyse des phosphates, porter à 250 c. c, précipiter 200 c. c. par le nitromolybdate, etc.
DEUXIÈiME PARTIE.
Recherches spéciales.
Dans les pages précédentes, nous avons exposé les méthodes que nous considérons comme les plus appropriées pour doser les éléments et pour établir les propriétés physiques dont la connaissance nous paraît indispensable pour l'appréciation agronomique d'une terre donnée.
Dans ce chapitre, nous signalerons plusieurs recherches spéciales permettant souvent d'approfondir la connaissance acquise par l'analyse générale.
§ 27. La matière organique, — Le dosage de la perte par incinération de la terre fine fournit la somme totale de la matière organique encore organisée (restes et débris de la végétation) et de la matière organique sous ses divers états de décomposition (acides humique, ulmique, etc., etc.). Au point de vue des relations de la terre avec l'eau, la lumière et la chaleur; au point de vue de la mise en circulation de l'azote organique accumulé; au point de vue de l'état de combinaison des bases, la connaissance du degré de décomposition de la matière organique est importante, et cola d'autant plus que la vieille théorie de «l'humus», éclipsée pendant un certain temps par la théorie minérale, a, depuis des années déjà, épurée au creuset de l'expérimentation scientifique, repris à côté de sa rivale la place qui lui revient incontestablement parmi les doctrines agronomiques.
L'étude de la matière organique des terres peut être conduite d'après deux ordres d'idées distincts :
L Séparation de la substance encore organisée de ses pro-
duits de décomposition ; ces derniers pouvant être déterminés :
a) par Tépuisement des terres au moyen des alcalis;
b) par leur oxydation à Taide des oxydants à action lente. II. Détermination du carbone total dans le but d'établir le
rapport entre le carbone organique et l'azote organique.
Nous recommandons parmi les procédés qui ont vu le jour, pour la détermination de I^, celui de M. Grandeau (voir son traité, 2® édit., p. 167). A cette fin, on reprend le filtrat ammoniacal de l'argile (§ 8), on réduit son volume par évaporation, on le rend acide par l'acide acétique et Ton ajoute de l'acétate de plomb jusqu'à décoloration complète du liquide. On laisse déposer le précipité, on décante l'excès du liquide, on filtre sur filtre taré, lave, sèche, pèse, incinère et déduit le poids des cendres.
L'évaporation directe du filtrat ammoniacal ne peut être faite, car elle fournirait la matière organique à l'état de sel ammonique.
Cette méthode tient non seulement compte des acides humique, etc., libres, des humâtes décomposables par les alcalis, mais aussi de ceux dont la mise en liberté de leur acide organique exige un traitement préalable par un acide minéral (37).
Le dosage de la « matière noire » de Grandeau donne une juste idée du degré d'avancement de la décomposition de la « matière organique » du sol ; c'est à ce titre que nous l'employons et que nous le recoiiimandons, mais non comme moyen d'extraire de la terre une combinaison « organo-minérale » dont l'existence restera problématique, tant que pour la préparer, Ton devra traiter la terre par un acide minéral, traitement altérant profondément sa composition, ou bien tant qu'elle n'aura pas été obtenue par synthèse.
Il ne faut donc [las perdre d(* vue que la « matière noire » est un terme de pure convention.
Il va (le soi aussi que l'on ne procédera à son dosage que lorsque la coloration du filtrat ammoniacal de Targile (§ 8) permettra de supposer la présence d'une proportion dosable.
Pour l'essai I^, la méthode des stations agronomiques allemandes est à recommander* (Loges, Landwirthschaflliche Versuchsstationen, Bd. 38.)
Quant à lï, la méthode générale de l'analyse élémentaire, en tenant compte des carbonates du sol, permet d'établir le taux en carbone organique.
Pour l'utilisation de ce chiffre et sa comparaisoi) avec l'azote organique, on lira avec avantage les considérations dues à M. VsloXiï {Les engrais, traduction de M. Damseaux, p. 88).
M. Berthelot vient de reprendre et de développer les idées de M. Wolff sur l'utilité d'établir la proportion relative du carbone et de l'azote organique (Comptes rendus de l'Académie, 189d, n^ i).
§ 28. Les extraits du sol, — 11 est souvent intéressant de faire, outre les extraits chlorhydrique et fluorhydrique, que nous considérons comme indispensables, des extraits par des agents dissolvants d'énergie différente : eau distillée chargée d'acide carbonique, acide chlorhydrique très faible (à 1 p. c), acide acétique, etc.
On peut aussi, d'après M. Wolff, traiter par l'acide sulfurique le résidu insoluble de l'attaque par l'acide chlorhydrique avant de le soumettre à sa complète décomposition par l'acide fluorhydrique. Cette opération présente l'avantage de pouvoir mettre en dissolution les éléments constituant l'argile séparément de ceux constituant les silicates, tels que le feldspath, etc.
Il est impossible de donner une indication précise des cas où il est nécessaire de procéder à la confection de ces divers extraits. La réflexion de l'analyste doit le guider, il doit apprécier si les données que lui fournit la méthode générale sont
suffisantes pour résoudre le problème posé, ou s'il doit pousser plus loin ses recherches. Quant à l'analyse de ces extraits, la marche décrite peut leur être appliquée intégralement.
§ 29. La dialyse des terres, proposée par nous en i872, constitue souvent une méthode précieuse d'investigation pour dissiper des doutes, pour compléter et contrôler les chiffres obtenus par l'analyse chimique. Nous renvoyons, pour la disposition- à adopter, à notre travail inséré dans le Bulletin de r Académie royale de Belgique, 3® série, t. III, et aux Recherches de chimie et de physiologie appliquées à r agriculture, S** édit., p. 5. Voir aussi : Sestini, Gionarle di Farmacia e Chemica, Turin, août 1861.
§ 30. Les coefficients d*absorption de la terre, d'après Knop, particulièrement pour l'ammoniaque et la potasse, s'établissent en constatant la quantité de bases soustraites par 100 grammes de terre fine à des dissolutions à 1/2 p. c. de chlorure ammonique, de chlorure potassique, etc., pendant un contact de 48 heures. (Voir pour l'interprétation des chiffres obtenus : Knop, Die Bonitirung der Ackererde, Leipzig).
§ 31. Les propriétés physiques méritent souvent une plus grande attention que celle que leur consacre la marche ordinaire de l'analyse. La détermination de la capacité pour l'eau liquide (voir § 4), est utilement complétée par celle de la faculté de' condenser l'eau à l'état de vapeur (pouvoir hygrométrique).
L'appareil connu de M. Schloesing, pour le dosage de l'ammoniaque par dégagement à froid, convient fort bien à cet essai. 50 grammes de terre fine sont étendus dans un cristallisoir plat, en couche mince, et placés sous la cloche; une capsule remplie d'eau en maintient l'atmosphère toujours saturée. On répète les pesées toutes les 24 heures jusqu'à poids constant.
Pour être comparatifs, les essais de condensation doivent toujours être faits dans les mêmes conditions de température (15àl8«C).
Quant à rétude des propriétés calorifiques de la terre, de sa ténacité et de son adhérence au bois et au fer, questions intéressant la mécanique agricole, nous devons renvoyer au traité deM.WoliFet aux travaux de Schùbeler et de M. Hervé-Mangon. (Une analyse de ces travaux se trouve dans le dictionnaire de Wûrtz.)
§ 32. Micro-organismes du soi. — L'étude des micro-organismes de la terre qui interviennent dans beaucoup de réactions, mérite aussi d'attirer l'attention (nitrification, dénitrification, désagrégation des roches, etc.).
La constatation de la présence des microbes par l'inoculation de tubes de gélatine ou de bouillon directement par un extrait de la terre à l'eau stérilisée, opération aussi simple qu'une réaction chimique qualitative délicate, n'apprend pas grand'chose. En effet, toutes les terres arables et probablement tous les sols sont richement peuplés de micro-organismes ; par conséquent, la constatation de la présence ou de l'absence de telle ou telle espèce dont la vie est liée à tel ou tel phénomène, présente seule un intérêt agronomique.
Malheureusement, cette constatation ne peut être réalisée que par « des cultures pures », opération lente, difficile, exigeant des connaissances spéciales et un matériel ad hoc. A moins de posséder exceptionnellement la science et la pratique microbiennes, la compétence du chimiste cesse, et il doit avoir recours à la collaboration d'un microbiste expérimenté, comme nous avons déjà reconnu plus haut la nécessité du concours du minéralogiste.
§ 33. Sels de fer. — Voelcker et M. Grandeau ont déjà insisté sur le danger que présente une proportion sensible de sels ferreux. Plusieurs de nos observations confirment cette manière de voir.
Des terres ferrugineuses, pyriteuses et en même temps riches en matières organiques, niai aérées ou humides, ou des
terres simplement baignées par des eaux ferrugineuses renferment souvent une proportion assez forte de sels de fer solubles (carbonate, humate, sulfate), pour causer une stérilité absolue ou au moins un abaissement notable de la productivité, malgré un approvisionnement suffisant du sol en principes utiles et malgré des soins culturaux intelligents.
Mettre, au moment de l'arrivée, une trentaine de grammes de terre en digestion avec de Teau distillée dans un ballon bouché, filtrer rapidement sur un filtre double plié, constater le fer par le ferrocyanure et le sulfocyanure de potassium. Si l'extrait aqueux est coloré, on Tévapore d'abord, incinère et cherche le fer dans les cendres (38).
§ 34. Rexherche de certains corps rares, — L'étude chimique complète d'une terre, des expériences spéciales de physiologie, la détermination de la cause d'une stérilité manifeste, etc., etc., peuvent exceptionnellement nécessiter la recherche de certains corps rares non compris habituellement dans le cadre de l'analyse des terres. On peut citer, dans cet ordre d'idées : Le bore (tourmaline) (39) ; le fluor (fluorure de calcium, apatite, mica); ]q soufre (pyrite, tourbe); Varsenic (pyrite, superphosphates fabriqués avec de l'acide sulfurique arsenical) ; Viode (à proximité de la mer, emploi répété du nitrate de soude et de certains phosphates) ; le titane (argiles, scories de hauts fourneaux) et le vanadium (sœries et certains silicates, particulièrement des argiles, certains grès schisteux).
La recherche et le dosage des corps précédents sont du domaine de l'analyse générale; nous n'avons pas à nous en occuper ici. Les traités usités renseigneront le chimiste, le cas échéant.