INTRODUCTION
L'auteur, instituteur rural puis urbain, tout d'abord, ensuite professeur d'école primaire supérieure et d'école normale avant d'être inspecteur, a été bien placé pour observer, dans des milieux très différents, enfants et adolescents pendant plus d'un quart de siècle. Ses observations, menées parallèlement avec des études à la Faculté des Lettres de Toulouse, des lectures persévérantes de psychologie classique et nouvelle, des contacts fréquents avec des groupements actifs comme la Société Alfred Binet ou l'Institut J.-J. Rousseau de Genève, Vont amené à croire qu'il restait une lacune à combler. C'est ce qu'il essaie modestement de faire aujourd'hui.
En 1912, chargé de l'inspection des écoles de la région luchonnaise (où il a tenu à rester pendant dix-huit ans afin de pouvoir faire œuvre utile), il fondait, à Luchon, un Cercle de psychologie expérimentale qui longtemps est resté filiale de la Société Binet. Jusqu'en 1920, l'étude des travaux de ce maître absorba toute l'activité du Cercle. La guerre, d'ailleurs, avait interrompu ces observations qui, non seulement vérifiaient, mais osaient compléter parfois les tests de Binet. L'admiration sincère ne doit-elle pas être active? C'est ainsi que l'auteur a été amené, peu à peu, grâce à la collaboration intelligente et dévouée de nombreux instituteurs et institutrices, parmi lesquels nous devons citer : Mme Coret, MM. Abadie et surtout François Sarrieu, — excellent secrétaire, plein d'initiative et doué d'un jugement très sûr, — à tenter une œuvre nouvelle.
Cette œuvre, née d'un amour commun de l'enfant, a pour but de le mieux connaître afin de pouvoir l'éduquer mieux.
Les ouvrages sur l'enfant abondent, en France et à V étranger. Nous avons la quantité et la qualité. On peut les classer en deux groupes principaux : les descriptifs, fruit d'observations sagaces, patientes, mais trop exclusivement bornés à quelques rares sujets généralement; les études scientifiques, souvent un peu trop spéciales, absconses par leur langage ésotérique néo-grec, mêlées de métaphysique classique ou rénovée de scientisme. Rares encore sont les ouvrages à la fois solidement basés, charpentés et clairs, pratiques enfin. Ceux-ci seulement peuvent être lus et suivis des éducateurs auxquels il est temps de songer.
L'auteur voudrait faire acte d'utilité, mais non d'érudition. Il ne s'attardera point dans la contemplation des systèmes philosophiques ou scientifiques. A l'exemple de Descartes, il fait — au moins dans la première partie de ce travail — table rase de ce qui a été appris dans les livres comme de ses opinions personnelles, pour observer librement des esprits puérils, des âmes d'enfant.
Après les conseils de Binet, celui-ci, du modeste et savant professeur montpelliérain, M. Foucault, mérite l'attention des maîtres de l'enfance : « La moitié des arriérés et le tiers des retardés doivent leur arriération ou leur retard à une faiblesse sensorielle1. » Voilà pourquoi, sans être sensualiste, l'auteur a tenté l'analyse psycho-sensorielle. Si Vesprit est une lumière, si l'âme est un foyer, nous ne pouvons observer, directement, humainement, que ce qui fait cette lumière, que ce qui forme et alimente ce foyer. L'analyse doit s'attacher, avec un égal respect, à tout ce qui est ou devient un élément intellectuel. Binet l'a dit très nettement : pour le psychologue moderne, la matière et l'esprit ont des droits égaux.
L'auteur accepte pour vrai (et provisoirement bien entendu) ce qui ressort nettement de plusieurs observations ou expériences faites par des maîtres différents, dans des classes distinctes, avec des enfants d'origine diverse et des deux sexes. On pourra constater que l'influence profonde du sexe s'est ainsi révélée avec une constance, une ampleur dignes de remarque, et dont les expérimentateurs ont été les premiers surpris. Malgré cela, les courbes de tous les graphiques, par leur