Journ. de Psyeh., 1924 (avril
parallélisme fréquent, montrent que le comportement général du garçon et de la fillette d'âge scolaire évolue d'une manière semblable sinon identique.
Que Von veuille bien tenir compte, à ce sujet, des observations et interrogations quotidiennes qui, depuis 1909 (date de la nomination de l'auteur comme inspecteur des écoles primautés) ont porté sur près de mille classes de garçons, de filles, mixtes, enfantines et maternelles, c' est-à-dire sur des milliers d'enfants qu'il a parfois suivis pendant toute leur scolarité. C'est là son seul mérite. S'il se permet de l'invoquer, c'est pour donner simplement les références complètes indispensables à un pareil ouvrage. Placé depuis vingt ans à un excellent poste d'observation, il l'a transformé souvent, comme on le verra, en modeste laboratoire, pour suivre de près, et d'après nature, l'évolution psychogénique de l'enfant ainsi que l'influence des particularités sexuelles. Disciple de Binet qu'il étudie ailleurs2, il a donc longuement observé la vie enfantine avant de tâcher d'en induire quelques normes.
Celles-ci sont proposées à l'attention et aux critiques de tous les psychologues scientifiques. Leur seule ambition est d'être le point de départ d'un progrès nouveau des méthodes éducatives.
Afin d'éviter toute confusion, nous croyons devoir préciser le sens que nous donnons à quelques termes fréquemment employés dans cet ouvrage :
Cénesthésie. — Nous désignons ainsi, conformément au vocabulaire de Lalande, le sens interne de plusieurs philosophes, et plus scientifiquement, la sensibilité organique diffuse qui évolue ontogéniquement, de l'émotion viscérale à l'affectivité et au sentiment. On trouvera, comme réponse à une question de M. Roubakine, d'autres précisions dans la Conclusion.
Synergie. — Après de longues réflexions, nous avons préféré ce terme, employé déjà par Alfred Binet (Les altération!
2. V. F.-L. Bertrand. Alfred Binet et son œuvre. (Alcan, Paris.)
de la personnalité, p. Ihb), à celui de synesthésie, dont Titchener et M. H. Delacroix notamment font souvent emploi, parce qu'il s'adapte mieux à notre conception psychogénique, c'està-dire évolutive et dynamique. La synergie désigne bien une association aussi, mais une association créatrice et qui ne reste pas cantonnée dans le domaine sensoriel, ni dans le plan physiologique, comme la synesthésie qui n'en est qu'une modalité primitive ou élémentaire1. Nous concevons des synergies sensorielles et organiques dans la formation des percepts et des images, ainsi que Titchener le voit dans la synesthésie. Mais nous concevons encore des synergies évoluées, supérieures, d'images et de concepts, dans la schématisation idéale. La synergie, pour nous, explique et conditionne toute schématisation. Elle se crée dans l'inconscient organique grâce au rythme vital, tisse le canevas du subconscient et se révèle dans les opérations conscientes les plus élevées, comme nous le verrons dans la suite et à la lumière de l'expérience. Elle correspond d'assez près à ce que Wundt nommait « synthèse » ou « complexus » (op. cit., //, 18U). Mais cet auteur a méconnu son rôle essentiellement créateur (H, 199).
Schème. — Ce mot a été très employé par Kant, qui désigne ainsi une figure, une forme plus ou moins symbolique qui rend applicables aux phénomènes les concepts purs de l'entendement. C'est une sorte d'image générale qui s'applique aux objets, homogène à la fois à la conception pure, et d'autre part à la perception empirique. Ainsi défini comme le point de contact entre le nouménal et le phénoménal, la connaissance et l'expérience, nous avons employé ce terme depuis longtemps, en le précisant au point de vue psychologique.
Wundt l'entrevoit à plusieurs reprises avec la kinesthésie comme facteur essentiel2.
Pour Binet, il a servi à expliquer le schéma de la pensée chez le calculateur Diamandi, du type visuel, comme le jeu d'échecs à l'aveugle : c'est une sorte de fusion galtonienne d'images.
1. John Stuart Mill, associationniste célèbre, a bien distingué, à propos de la notion d'espace, en plus de l'association ordinaire des représentations visuelles, une synthèse créatrice qu'il nomme « chimie psychique ». (Wundt, II, 197.)