I. — Formes de la distraction
La forme passive proprement dite (paresse intellectuelle, insouciance, inertie psychique) est relativement rare et ne comprend qu'un vingtième des cas observés. Il est vrai qu'un certain nombre de notices ne fournissaient pas, à ce point de vue, toutes les précisions demandées. Une discrimination absolument rigoureuse n'était donc pas encore possible. On peut
affirmer néanmoins que, pour la plus grande part, les distractions signalées sont d'une forme active plus ou moins accusée. La nonchalance et la tenue affaissée de l'élève sont loin de suffire — quoique intéressantes — à caractériser une distraction passive. L'expérience a montré que ces attitudes dissimulent souvent, au contraire, des préoccupations très vives et un effort intellectuel intense. L'avis précédent de M. François Sarrieu se trouvait donc vérifié avec nos propres observations occasionnelles. Cela prouve combien évolue le processus attentionnel chez l'enfant à l'école. La part kinesthésique de l'attitude de base n'est vraiment visible, comme les manifestations pupillaires et lacrymales dont nous avons parlé ci-dessus, que pendant la période d'adaptation. Elle s'atténue ensuite et devient vite invisible.
Les distractions à forme active se présentent, du reste, sous des aspects si nombreux et variés qu'il a paru nécessaire de les subdiviser en plusieurs catégories :
i° Les instables qui, par suite d'un fléchissement momentané ou d'une déficience physiologique durable, cessent, tôt ou tard, de suivre la leçon pour s'occuper de choses plus faciles ou agréables, ainsi qu'on l'a vérifié par l'interrogation d'introspection ultérieure.
'2° Les timides ou émotifs, chez lesquels une crainte, une appréhension, une émotion parasitaire quelconque conditionnent fâcheusement et brusquement le comportement.
3° Les impatients que tourmente l'idée du jeu, de la récréation ou d'une satisfaction espérée (assez fréquent chez l'imaginatif-émotif).
f\° Les indisciplinés, qu'une sorte de révolte intime contre l'étude imposée, éloigne de l'exercice en cours et pousse à agir selon leurs goûts personnels. Ce sont parfois, tout simplement, des inéduqués ou des inaptes attentionnels.
Disons en passant que, en dehors des écoles maternelles, ou ne se préoccupe guère, dans les écoles françaises, de cette partie essentielle de toute éducation intellectuelle et morale. C'est pourquoi, dans cette étude modestement utilitaire, nous nous permettons d'insister sur ce point qui nous tient à cœur.
5° Les impulsifs, qui sont les jouets des impressions successives et qu'une excitation étrangère quelconque détourne de la leçon.
6° Enfin les positifs ou personnels qui, frappés par une idée émise, s'absorbent en elle au lieu de suivre les explications ultérieures, se plaisent à considérer cette idée de leur point de vue personnel, s'attardent à lui trouver des interprétations ou des applications, et à devancer même parfois les explications du maître.
Des différences considérables séparent, comme on le voit, ces nombreuses catégories de distraits actifs. Au surplus, ces types eux-mêmes sont loin d'être homogènes : toute distraction, au fond, possède son caractère individuel propre.