V. notre Alfred Binet et non œuvre, chap. I. (Alcan
après. En résumé, cette troisième partie du test précise l'origine du sens quantitatif qui est presque toujours renforcé par l'effort perceptif visuel conscient, surtout vers les huitième et neuvième années. Ces constatations importent pour la méthodologie arithmétique ainsi que pour l'éveil de la conscience psychologique. On n'a pas oublié l'indication frappante des diagrammes d'après Lasoursky à ce sujet. Nous en avons ici un recoupement.
Il nous reste à examiner les résultats de la dernière partie du test : celle qui a trait au sens du relief, à cette stéréognomie sur laquelle, depuis Wundt surtout qui s'y est longuement attaché, les psychologues de l'enfance ont tant réfléchi. Nos observations actuelles peuvent aider à la solution de ce problème. Voici nos moyennes :
Sans vision :
GARÇONS
PILLES
Avec vision :
GARÇON
VILLES
Avouons que ces résultats sont en partie contradictoires, ce qui indique la nécessité d'un recoupement ultérieur. On peut constater néanmoins, pour les garçons, que l'apport visuel a été favorable : légèrement à l'école maternelle et très sensiblement au cours moyen. Pour les fillettes, la même intervention, défavorable à l'école maternelle et au cours élémentaire, — encore ici est-ce peu sensible, — est favorable au cours préparatoire et, nettement alors, au cours moyen. Ce gain visuel commun aux deux sexes, de 9 à 12 ans, peut donc être considéré comme provisoirement acquis. C'est un nouveau caractère intéressant de la période prépubertaire.
Nous sommes d'accord avec Wundt si nous considérons la stéréognomie comme résultant d'une activité synergique VKD. Nous venons de voir que cette synergie n'est pas homogène, encore moins innée puisque l'un de ses facteurs (V) est très variable. On saisit là l'utilité de la méthode analytique en psychogénie. Des courbes, construites d'après des expériences semblables ou analogues répétées, permettront certainement d'évaluer la valeur propre et synergique — ce sont deux choses différentes — des facteurs physio-psy chiques.
Il semble bien, dès maintenant, qu'à une première forme, subconsciente, élémentaire de la stéréognomie, correspondant à ce qu'elle doit rester chez l'aveugle-né, se substitue, peu à peu, mais non d'une manière régulièrement progressive, une deuxième forme, à coefficient visuel de plus en plus important et qui peut, grâce à un nouveau facteur, l'esthétique, se perfectionner jusqu'à un optimum qui serait l'art plastique. Dans certains cas, nous l'avons vu pour quelques jeunes élèves remarquablement doués, cette évolution est très rapide et paraît faite de très bonne heure. Ceci prouve encore qu'elle est indépendante de l'âge chronologique. La remarque est d'importance.
En revanche, elle semble conditionnée favorablement par le sexe masculin et ceci correspond à nos observations scolaires habituelles.
Si nous voulons comparer les totaux de moyennes pour avoir l'impression d'ensemble, nous avons :
Pour la dactylésie seule :
Dactylésie et vision :
GARÇONS
FILLES
GARÇONS
•FILLES
En résumé, gain général et considérable par la vision et pendant toute la période scolaire, avec un fléchissement, pour les garçons, après 9 ans. Cet âge semble être pour eux, encore une fois, l'optimum de la dactylésie, puisque l'intervention de la vision, dans le deuxième test, ne compense pas les pertes. Même âge, chez les fillettes, pour cet optimum qui n'est plus cependant que relatif, puisque la synergie visuelle le fait croître de 21 points et progressivement jusqu'à 12 ans. Après 6 ans, les garçons paraissent nettement supérieurs à tous les âges. Cette supériorité masculine est surtout frappante pour la dactylésie seule. Encore ici, malgré le conditionnement négatif de la vision chez elles, de 4 à 6 ans, les filles semblent plus visuelles, plus perceptives et moins réflexives que les garçons, au même âge, en général. Or, cette infériorité dans le rappel de l'image visuelle, pourrait avoir, semble-t-il logiquement, une influence sur le développement du schématisme conceptuel. Encore une question à étudier plus tard.
La confrontation méthodique des résultats du test François Sarrieu n'est pas aisée, du moins d'après les tableaux qui précèdent. Si l'on commence par les résultats globaux du dernier, il est intéressant de noter un « seuil » caractéristique vers la septième année. A' cette époque, les deux sexes paraissent s'équilibrer, se correspondre et marquer un curieux renversement de valeur du percept visuel dans la synergie VD. D'abord positif chez les garçons de 6 ans et négatif chez les fillettes du même âge, il devient, vers 9 ans, négatif pour les premiers et positif pour les secondes. Enfin, après cet âge, sa valeur positive s'affirme dans les deux sexes. On constate donc deux époques d'intervention de la vision dans la synergie multisensorielle : à 7 ans et 9 ans pour les deux sexes. Nous avons caractérisé déjà la nature de cette intervention.
L'éducation ne consisterait donc pas toujours, comme l'affirme un peu trop vite le docteur Gustave Le Bon, dans le passage de faits du conscient dans l'inconscient. Il semble, au contraire, qu'une sorte de transmutation du subconscient vers le conscient se révèle, sous l'action synergique du percept visuel. Ceci confirmerait plutôt l'opinion de Binet qui croyait que la pensée évolue d'un état vague vers la clarté.
Dans l'élaboration du concept de forme (ou du schème formel si l'on préfère) on a vu la courbe masculine généralement
croissante, grâce à la vision, marquer cependant un affaissement vers la neuvième année. La courbe féminine croît régulièrement sans cette anomalie. L'égalité des sexes s'affirme encore vers 7 ans. Ceci, de nouveau, marque l'évolution ontogénique de l'image visuelle simple, ainsi que d'un schématisme de base (images de Galton) essentiellement visuel.
Pour les dimensions et rapports, l'égalité des deux sexes se manifeste dès 6 ans; après quoi, les garçons perdent à la vision alors que les fillettes y gagnent. Le gain des premiers, quant au schématisme subconscient d'association et de comparaison d'images spatiales, forme élémentaire et indispensable du jugement, paraît en résulter, sous réserve comme toujours, de recoupements ultérieurs.
Le sens quantitatif ou du nombre évolue harmonieusement dans les deux sexes et marque encore un seuil vers la sixième année.
La stéréognomie, plus précoce chez les garçons, reste subconsciente chez eux de 7 à 9 ans, tandis qu'elle évolue logiquement chez les filles, dès 7 ans, sous l'influence heureuse des percepts visuels.
Il résulte de tout ceci que l'époque de 6 à 7 ans est une frontière psychogénique et scolaire, qui marque le passage de l'activité physio-psychique du cycle subconscient de la première enfance, au cycle conscient de la deuxième. L'importance du facteur perceptif visuel, non seulement en soi mais comme élément synergique, ressort nettement de tout ceci malgré quelques éclipses et contradictions partielles. Ne retenons que cela d'à peu près sûr pour l'instant.
Afin de permettre au lecteur de juger par lui-même de ces tests, nous avons fait reproduire très exactement, en photogravure (v. planche I), quelques spécimens choisis parmi les plus typiques des travaux de modelage. Ceux-ci ont été exécutés avec la plastiline Paillard. On a photographié le modèle dont il vient d'être question en haut et au centre. Il est encadré par le travail d'un garçon de l'école maternelle inscrit avec le numéro 3 sur la liste d'inscription; ceci afin de permettre une identification, le cas échéant.
L'absence du plan de base est frappante dans le premier modelage à l'aveugle (à gauche), qui donne cinq boulettes encadrées seulement. Après vision (à droite), au contraire, l'enfant
a schématiquement reproduit l'essentiel avec la planchette et sans encadrement inutile cette fois. Dactylésie et vision paraissent encore peu expertes puisque, dans les deux objets réalisés, disques et boules sont confondus.
Les autres reproductions de la même planche sont l'œuvre de fillettes qui, au C.P., au CE. et CM., ont donné les reproductions les plus intéressantes. Leur dactylésie est déjà suffisamment experte puisqu'elle leur a permis de déceler, à l'aveugle, les principales particularités de la planchette modèle. Pour ce sexe, l'évolution psychogénique paraît déjà marquée dès le C.P., car il n'existe pas une différence bien appréciable entre les trois modelages de gauche.
A droite, au contraire, les heureux effets de la synergie VD se manifestent de nouveau. L'effort s'est porté sur la reproduction des objets mal discernés dans la première épreuve : poire, pomme, poisson, oiseau surtout. Celui-ci déborde même le cadre dans le CE. La vision, si elle complète la perception des détails d'une manière évidente, a nui, en revanche, nettement au schématisme fondamental. Tel est, à notre avis, la conséquence la plus curieuse de l'examen attentif de cette planche. Les modelages de gauche, à tout âge, révèlent une perception spatiale plus nette et juste, des proportions plus heureusement perçues et rendues. L'effort conscient de reproduction perceptive visuelle reste, somme toute, inférieur en résultats à l'effort de reproduction perceptive dactylésique.
Examinons enfin le graphique des résultats (n° i5). Le parallélisme psychogénique des courbes est général dans la première épreuve, après un recoupement initial. Mais les progrès dactylésiques des garçons paraissent beaucoup plus rapides jusque vers 7 ans, âge après lequel ils déclinent un peu chez les filles et rapidement chez les garçons.
Les courbes de synergie visuelles sont intéressantes également. Leur parallélisme est frappant, sauf de la sixième à la septième année. A cette époque, les différences qui résultent du sexe s'amoindrissent. C'est un nouveau parallélisme plus étroit ensuite. Grâce à l'apport du facteur visuel, les filles atteignent la première courbe masculine, qui est spécifiquement dactylésique au point de vue perceptif. C'est la confirmation de ce qui a été dit à la page précédente.
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2° Test dactylésique dit « du cadenas ».
Ces premiers résultats acquis, selon notre méthode de vérification et recoupements, nous avons jugé utile de faire varier quelques conditions de l' expérience. Il sembla qu'il y aurait avantage à faire palper et reproduire un objet plus simple que celui du test précédent, à cause surtout des plus jeunes sujets.
Pour ce deuxième test, l'objet proposé fut un cadenas de forme peu usuelle (v. pi. II), afin de ne pas provoquer de simples effets réflexes et subconscients de mémoire visuelle.
Participèrent à cette épreuve, deux groupes d'enfants composés de 5 garçonnets et de 5 fillettes; le premier appartenait à l'école maternelle (5 à 6 ans), le second, au cours préparatoire (6 à 7 ans environ). On voulait analyser spécialement la synergie VD chez les plus jeunes élèves et autour du « seuil » de 6 à 7 ans. Le cadenas fut reproduit chaque fois avec les yeux ouverts, mais d'abord après palpation à l'aveugle, et ensuite seulement après observation complète et à vue. Les détails à noter furent bien moins nombreux que dans le test précédent et les résultats se résumèrent dans des tableaux beaucoup plus simples. Les voici :
Pour la première épreuve :
GARÇONS
FILLES
Les fillettes du C.P. ont un âge moyen légèrement supérieur (5 mois) : c'est à considérer.
Pour la deuxième épreuve :
GARÇONS FILLES
La synergie visuelle immédiate et consciente joue, encore ici, un rôle négatif pour les garçonnets de 5 à 6 ans et n'exerce
qu'une influence heureuse et infinitésimale chez ceux de 7 ans. C'est un recoupement précieux cependant que l'on obtient ainsi puisque l'on serre de très près l'âge du seuil qui nous préoccupe. La septième année masculine marque, de nouveau, d'une manière plus précise que jamais, le renversement des valeurs synergiques qui décèlent les passages de l'activité subconsciente à peu près exclusive, à l'aube encore incertaine du conscient qui le déterminera, de plus en plus désormais, grâce à la prééminence croissante de la vision.
Les fillettes ne paraissent pas suivre la même évolution. Pour elles, la synergie VD est conditionnée favorablement par le premier facteur, dès l'école maternelle, d'une manière très sensible, puisque le gain alors dépasse 100 pour 100. Il se maintient jusqu'à 7 ans dans une proportion moindre : environ 25 pour 100. Cette chute, dans des conditions toutes différentes, souligne encore l'importance de la septième année au point de vue du dynamisme spécial dactylo-visuel. Il marque bien l'aube de la conscience psychologique, semble-t-il.
La différence des comportements au point de vue du sexe réapparaît ici. Elle est surtout curieuse vers la septième année, dont l'importance est encore soulignée ainsi.
Comme nous l'avons fait pour le test François Sarrieu, il est bon d'examiner maintenant les reproductions de modelage du cadenas (planche 11). Une erreur de mise en place a été commise par le photographe pour les deux derniers clichés. Ils ont été intervertis. En réalité, le modelage de gauche devrait être à droite et réciproquement. Le photographe a fait subconsciemment un arrangement analogue avec les deux objets précédents. 11 nous fournit ainsi une contribution à son étude psychologique, et l'on ne s'étonnera pas de trouver, chez lui, des prédominances de logique visuelle subconsciente ou instinctive.
Et cette logique élémentaire n'est pas toujours sûre. La planche II le prouve. Si les deux premiers sujets, fillettes d'école maternelle, ont mieux vu que palpé la forme un peu spéciale de
notre cadenas, on remarque, en revanche, qu'un détail (celui de la serrure) a été mieux perçu par la dactylésie seule par le numéro 2. Les deux garçons du même âge ont agi tout différemment. Leur modelage dactylésique est meilleur que celui qu'ils ont fait après l'observation visuelle. C'est surtout frappant au numéro 4. La prédominance visuelle s'affirme, par contre, de nouveau, chez la fillette du cours préparatoire. Son deuxième modelage est bien supérieur au premier, à peu près informe.
En résumé, la synergie VD, vers la sixième année (école maternelle), est plutôt visuelle chez les filles et surtout dactylésique chez les garçons. On pourrait entrevoir, par ces premiers résultats, mais avec toute la prudence qui s'impose, l'évolution des éléments primitifs et subconscients de l'intelligence humaine.
La dactylésie semble fournir un premier substrat de caractère spatial et tridimensionnel déjà curieusement précis et dont il faudrait, encore une fois, étudier l'évolution chez les aveugles-nés. Ceux-ci fourniraient des recoupements très précieux d'activité dactylésique pure, sans intervention possible de synergie visuelle quelconque.
A la forme perceptive et subjective correspond, par dynamisme réactionnel plus ou moins finement adapté, l'activité motrice ou réalisatrice : par gestes, actes ou paroles. Ainsi, voyons-nous, dans le modelage, la réponse dactylésique à une perception homogène. C'est là ce qui rend de telles expériences doublement utiles et probantes. Quand nous rencontrons, par exemple, à Saint-Thomas (Haute-Garonne), en 1929. un enfant de 5 ans capable de modeler spontanément, et d'une manière remarquable, un chat en colère ou un lévrier accroupi, chaîne au cou, près de son écuelle, nous pouvons juger d'une synergie subconsciente exceptionnelle qui révèle un surnormal à cet égard et probablement un futur artiste. Notre méthode analytique permet l'investigation progressive qui suit les effets comme les causes, et la recherche inductive qui remonte, par les constantes évidences, de ceux-là à celles-ci.
Les applications pédagogiques seront étudiées dans la conclusion.
3° Test dit « F.-L. Bertrand ».
Afin d'éliminer encore davantage l'influence des images antérieures, tout en permettant aux plus jeunes sujets, une observation et une réalisation plus faciles, un nouvel objet fut imaginé pour une troisième épreuve. Il est représenté au début de la planche III. C'est un parallélépipède en bois de 8 centimètres de long et de 3 en hauteur comme en largeur, semblable, dans sa forme générale, au fragment d'un carrelet, mais sensiblement plus gros. En outre, pour dépister l'analogie, ses deux bases sont perforées au milieu. Enfin, deux des faces latérales présentent des clous, à tête hémisphérique, plantés symétriquement. Cet objet parut à la fois assez simple et suffisant pour permettre une investigation nouvelle parmi les élèves d'âge très différent.
Pas de changement dans les modalités du test. Il y eut encore des épreuves de modelage : la première après palpation seule, les yeux bandés; la seconde, ordinaire.
Le tableau du relevé des notes, rédigé par M. Ab?*die, comprend quatre paragraphes comme pour le test François Sarrieu :
i° Forme; 2° dimensions et rapports; 3° nombre des particularités; 4° relief.
Le premier prévoit trois percepts visuels ou dactylésiques ensemble, trous et clous; ainsi que le deuxième. Le troisième comprend seulement les trous et les clous. Le quatrième, deux également : épaisseur de l'objet et saillie des clous. On aurait pu le compléter utilement.
Quoi qu'il en soit, ce nouveau test est plus compliqué que le précédent, mais plus simple que celui de François Sarrieu.
Celui-ci prévoyait 22 rubriques perceptives, alors que l'épreuve actuelle n'en permet que 10. Les notations relevées dans les tableaux ci-après, sont donc moins simples que dans le deuxième test, mais beaucoup moins compliquées et élevées que celles du premier. On a toujours noté d'après le
même barème (de o à i, par quart de point pour chaque percept) afin de permettre une comparaison logique entre les ré sultats des six épreuves successives.